‹ Choix de poésies de P. de RonsardChapitre 52 sur 85 · A MESDAMES; FILLES DU ROI HENRI II · texte numérisé non relu

A MESDAMES; FILLES DU ROI HENRI II

Ma nourrice Galliope, Qui du luth musicien.

Dessus la jumelle croupe > D'Hélicon guides la troupe Du saint chœur Parnassien :

Et vous ses sœurs qui, recrues * D'avoir trop mené le bal , Toute nuit vous baignez nues Dessous les rives herbues De la fontaine au cheval ^ :

Puis tressant dans quelque prée Vos dieveux délicieux ,

> Double mont. ïHlppocréne, fontaine qai JailUt

» Recrue» : fatigaées. w»» le. pieds du chcTal Péiraw.

{*) £lisat)eCb, mariée an roi d'Espagne Philippe II; Claode , mariée ac duc de lorraine, et Hargaerite, depuis femme du roi Henri IV.

226 LIVRE TROISIEMK

Chantez d'une voix sacrée Une chanson qui récrée Et les hommes et les dieux,

Laissez vos antres sauvages , ( Doux séjour de vos ébats ) Vos forêts et vos rivages , Vos rochers et vos bocages , Et venez suivre mes pas.

Vous savez, pucelles chères, Que libre onques je n'appris De vous faire mercenaires , Ni chétives prisonnières , .Vous vendant pour quelque prix :

Mais sans être marchandées , Vous savez que librement Je vous ai toujours guidées , Aux maisons recommalidées Pour leurs vertus seulement.

Comme ores, nymphes très-belles, Je vous mène avecque moi En ces maisons immortelles, Pour célébrer trois pucelles, Comme vous filles de roi :

Qui dessous leur mère croissent Ainsi que trois arbrisseaux , Et jà grandes apparaissent Comme trois beaux lis qui naissent A la fraîcheur des ruisseaux ,

Quand quelque future épouse.

Aimant leur chef nouvelet, Soir et matin les arrouse ,

Et à ses noces propouse De s*en faire un chapelet '. •

Mais de quel vers plein de grâce Vous irai-je décorant ?

Ghanterai-je votre race , Ou l'honneur de votre face D*un teint brun se colorant?

Divin est votre lignage , Et le brun que vous voyez Rougir en votre visage , En ri^ ne vous endonunage Que trois Grâces ne soyez.

Les Charités sont brunettes, Bruns les Muses ont les yeux , Toutefois belles et nettes Reluisent comme planètes parmi la troupe des dieux.

Mais que sert d'être les filles D'un grand roi , si vous tenez Les Muses comme inutiles, Et leurs sciences gentilles J)ès le berceau n'apprenez?

Ne craignez pour mieux revivre , D'assembler d'égal compas ' Les aiguilles et le livre , Et de doublement ensuivre Les deux métiers de Pallas.

Peu de temps la beauté dure , Et le sang qui des rois sort,

' Chapelet ; gairlande. » Égalemeit,

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Si de Tesprit on n'a cure :

Autant vaut quelque peinture Qui n'est vive qu^en son mort.

Ces ridiesses orgueilleuses , Ces gros diamants luisams , Ces robes voluptueuses , Ces dorures somptueuses Périront avec les ans.

Mais le savoir de la Muse Plus que la richesse est fort :

Car, jamais rouillé, ne s'use , Et malgré les ans refuse De donner place à la mort.

Sitôt que serez apprises Ala danse des neuf sœurs, Et que vous aurez comprises Les doctrines plus exquises A former vos jeunes mœurs.

Tout aussitôt la déesse Qui trompette les, renoms , De sa bouche parleresse Partout épandra sans cesse Les louanges de vos noms.

Lorsqu'un roi pour sa défense A vos frères repoussés De sa terre avec sa lance :

Refroidissant la vaillance De ses peuples courroucés ,

Au bruit de la renommée, Epris de votre savoir,

DBS ODES. 229

Aura son âme enflammée , Et eu quittant son armée Pour mari vous viendra voir.

Voilà comment en deux sortes Tous rois seront combattus, Soit qu'il sentent les mains fortes De nos françaises cohortes , Soit qu'ils aiment vos vertus.

Là donc , princesses divines^ Race ancienne des Dieux , Ne souffirez que vos poitrines Des vertus soient orphelines :

C'est le vrai cheinin des deux .

Par tel chemin Polyxène ' D'un beau renom a joui :

Par tel métier la Romaine De chasteté toute pleine ' Vit encores aujourd'hui :

Qui de sa tranchante épée Sa vie aux ombres jeta , Et par soi-même frappée , Ayant la honte trompée, Un beau renom s'acheta.

I Polyxèae, fiUe de Priam , immolée ' Luerèoe (609 av. J.-C. ). V. TH»anr le tombeau d'AchiUe. (EURIF.,11^ LItc, I.

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A LA FONTAINE BELLERIB^

Écoute-moi, Fontaine vive, En qui j'ai rebu si souvent.

Couché tout plat dessus ta rive , Oisif à la firaicheur du vent :

Quand Tété ménager moissonne Le sein de Gérés dévêtu , Et l'aire par compas * résonne Gémissant sous le blé battu.

Ainsi toujours puisses-tu être En religion à tous ceux Qui të boiront, ou feront paître Tes verts rivages à leurs boeufs.

Ainsi toujours la lune claire Voie à minuit au fond d'un val Les nymphes près de ton repaire , A mille bonds men^ le bal ,

Comme je désire. Fontaine , De plus ne songer boire en toi L'été , lorsque la fièvre amène La mort dépite ^ contre moi.

1 Foy. Ode 6, Uv. 11 . dence.

=» Par compas : par meture , en ca- ^ Dépite : irritée.

Jeune beauté mais trop outrecuidée ' De présents de Vénus ,

< Outneuldie : orgneilleasc.

DBS ODKS. 281

Quand tu verras ta peau toute ridée Et tes cheveux cheuus ,

Contre le temps et contre toi rebelle

Diras j en te tançant *.

Que ne pensai-je, alors que j'étais belle.

Ce que je vais pensant?

Ou bien pourquoi à mon désir pareille

Ne suis-je maintenant ?

I^a beauté semble à la rose vermeille

Qui meurt incontinent.

Voilà les vers tragiques et la plainte

Qu*au ciel tu enverras , Tout aussitôt que ta face dépeinte ' Par le temps tu verras.

Tu sais combien ardemment je t'adore,

Indocile à pitié, £t tu me fuistCt tu ne veux encore Te joindre à ta moitié.

0 de Paphos et de Gypre régente,

Déesse aux noirs soureils ' !

Plus tôt encpr que le temps, sois vengeante

Mes dédaignés soucis;

Et du brandon dont les cœurs tu enflammes

Des juments tout autour , Brûle-la-moi, afin que de ses flammes

Je me rie à mon tour.

Dépeinte,: dieolorie. ' vénai.

232 UTAE TBOTSIÈMK

A LOUIS METGRET {*) .

Mon âme , il est temps que tu rendes Aux bons dieux les justes offrandes Dont tu as obligé' tes vœux :

Sus, qu'on dresse un autel de terre , Avec toi payer je le veux , Et qu'on le pare de lierre Et de verveine aux froids cheveux > !

Les dieux n'ont remis en arrière L'humble soupir de ma prière , Et Pluton, qui n'avait appris Se fléchir pour deuil qu'homme mène, N'a pas mis le mien à mépris , Rappelant la Parque inhumaine Qui jà Du BeUay ^ tenait pris.

Mortes sont les fièvres cruelles Qui rongeaient ses chères mouellesj Son œil est maintenant pareil Aux fleurs que trop les pluies baignent Envieuses de leur vermeil ^ , Qui plus gaillardes se repeignent Aux rayons du nouveau soleil.

Sus, Meygret,qu'on chante , qu'on sonne Cet heur que la santé lui donne !

Qu'on chasse ennuis, soucis et pleurs ;

' Obligé : lié. s roy . Ode 14, Ht . II.

* Cheveux : feuillage. * Fermeil : éclat.

(*) Meygret, grammairien né à Lyon en i5io, un des réformateon de l'orthographe française.

DES ODBS. 233

Qa'on sème la place de roses , D'œillets, de lis, de toates fleurs -, En ce beau mois d'ayril écloses , Riche de cent mille couleurs.

Mais quoi ! si faut-il bien qu'on meure : Rien çà-bas ferme ne demeure :

Le roi François vit bien la nuit.

Donc tandis qu'on ne te menace, Et ' la mort boiteuse te suit.

Il Êiut que ta docte main fasse Un œuvre digne de son bruit '.

VÇMcct fons-entendii. > ffniil : reaoïnjnie»

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