‹ Choix de poésies de P. de RonsardChapitre 55 sur 85 · ÉPITHALAME · texte numérisé non relu

ÉPITHALAME

ne TRÈS-ILLUSTRE PRlIfGB ANTODIB DE BOURBON (*)y ET DE JEANHE DE NAVARRE (**)•

Quand Antoine épousa Jeanne , divine race , Que le ciel composa^ Plus belle qu'une Grâce , Les princesses de France Ceintes de lauriers verts :

Toutes d'une cadence Lui chantèrent cesTers :

O Hymen , Hyménéer Hymen , d Hyménée f

Prince, plein de bonheur.

L'arrêt du ciel commande^ Qu'on te donne l'honneur De notre belle bande :

D'autant qu'une déesse, La passe en majesté ,

(*) Aotoioe de Bourbon, dac de YeaddoM, cpii devint roi de Navarre ; par son mariage avec Jeanne d*Albret.

(**) Fille de Henri d'Albret, roi de Navarre et mère de Henri IV, ma* fiée avec Antoine de Koarbon en 1548, reine de Navarre en 1555.

346 UTRE QUATJBlklil

D^autant elle princesse Nous surpasse en beauté :

0 Hymen, Hyménée!

Hymen 4 6 Hyménée !

Plus qu'à nulle autre aussi f Parfaite est son attente , Jointe à ce prince ici Qui notre âge contente* Comme Tanneau décore ' Le diamant de choix , Ainsi la gloire honore Les princes et les rois.

O Hymen, Hyménée!

Hymen , ô Hyménée!

Il n'eût pas mieux trouvé Que toi , vierge excellente ^ Voire eût-il éprouvé La course d'Atalante ; Ni la Grecque amoureuse ' N'eût pas voulu changer Telle alliance heureuse ^ Au pasteur étranger *.

O Hymen, Hyménée!

Bymen, ô Hyménée!

Le ciel fera beaucoup Pour tout le monde ensemble Si tu conçois un eoup^ Un fils qui te ressemble , Où l*honneur de ta face 4

♦ 1\ê1èntt 1 Un coup i une f«i»,

* Pftri». < Ta face : ta figurer.

DSS 0DB8. 347

Soit peint et de tes yeux, £t ta céleste grâce Qui tenterait les dieux.

0 Hymen, Hyménée!

Hymen, ô Hyménée!

rïymphes y de vos couleurs Ornez leur couche sainte Des plus vermeilles fleurs Dont la terre soit peinte ; Que même Ton y jette Ce précieux butin Que le marchand achète Bien lom sous le matin '.

0 Hymen, Hyménée!

Hymen! ô Hyménée!

£t vous , divin troupeau , Qui les eaux de Pégase Tenez, et le coupeau* Du chevelu Pamase , Venez , divine race , Offrir vos lauriers verts :

En prenant notre place , Chantez vos meilleurs vers.

0 Hymen , Hyménée !

Hymen, ô Hyménée!

Le doux soin qui nous tient , !(^ous guide par les plaines Que le Loir entretient De verdeur toujours pleines :

Lti pol-fums d'Orient. J Couptau : cotea««

?48 LIVBB QUATBlÈlfB

Là nous ne Tenons prée Sans leur faire un autel, I<reau' qui ne soit sacrée * A leur nom immortel ?

O Hymen /Hyménée !

Hymen , ô Hyménée !

Consommez peu à peu Vos noces ordonnées , Sans éteindre le feu De vos amours bien nées :

La chaste Cyprienne ^ Ayant son demi-ceint 4, Avec les Grâces vienne Compagne à Tœuvre saint.

O hymen , Hyménée!

Hymen, ô Hyménée!

Afin que le nœud blanc De foi loyale assemble De Navarre le sang Et de Bourbon ensemble.

Plus étroit que ne serre La vigne les ormeaux , Ou rimportun lierre Les appuyants rameaux.

O Hymen / Hyménée !

Hymen, ô Hyménée!

Adieu y prince, adieu soir ^, Adieu,pucelie encore y

< Ifeau; ni eau. * Ceint : Ceintare; demi-cHnt

'^Sucrée : eonMcrée. Certe, ceiotare de Vénaf.

f Cfpris : Venu. ^Soir.' pour ce soir.

DBS ODES. 349

Nous vous reviendrons voir Demain avec Faurore , Pour prier Hyménée I>e vouloir prendre à gré Notre chanson sonnée Sur votre lit sacré.

O Hymen , Hyménée !

Hymen, ô Hyménée !

DE l'élection de SON SEPULCRE.

Antres, et vous fontaines De ces roches hautaines , Qui tombez contre-bas D'un glissant pas :

Et vous, forêts et ondes.

Par ces prés vagabondes.

Et vous rives et bois.

Oyez ma voix !

Quand le ciel et mon heure Jugeront que je meure , Ravi 'du beau séjour Du commun jour;

Je défends qu'on me rompe Le marbre , pour la pompe De vouloir mon tombeau Bâtir plus beau.

' ravi : tnleyi; do latin raptus.

350 LIVRE QUATHIBltB

Mais bien je veux qu*iin arbre M'ombrage au lieu d'un marbre , Arbre qui soit couvert Toujours de vert.

De moi puisse la terre Engendrer un lierre , M'embrassant en maint tour Tout à Tentour :

Et la. vigne tortisse' Mon sépulcre embellisse , Faisant de toutes parts Un ombre épars ' !

Là viendront chaque année , A ma fête ordonnée ^ Avecque leurs taureaux , Les pastoureaux ;

Puis ayant fait l'offiee Du dévot sacrifice.

Parlant à l'Ile ainsi , Diront ceci :

Que tu es renommée D'être tombe nommée D'un de qui l'univers Chante les vers !

Qui onques'en sa vie Pïe fut brûlé d'envie D'acquérir les honneurs Des grands seigneurs.

Ni n'enseigna l'usage

* Toriitte : aux rameaux tortueux, maigri l'étymologie latine umbr»* ' Ombre: employé comme masculin ' On^ue^.- jamais* du latin unqva»^

DBS ODES. 951

De Tamoureux breuvage, Ni l'art des anciens Magiciens.

Mais bien à nos campagnes , Fit voir les Sœurs compagnes ' Foulantea l'herbe aux sons De ses chansons.

Car il fit à sa Lyre Si bons accords élire, Qu'il orna de ses chants Nous et nos champs.

La douce manne tombe A jamais sur sa tombe , Et l'humeur que produit En mai la nuit * !

Tout à Tentour l'emmure ^ L'herbe et l'eau qui murmure , L'un toujours verdoyant, L'autre ondoyant !

Et nous, ayant mémoire De sa fameuse gloire , Lui ferons comme à Pan, Honneur chaque an.

Ainsi dira la troupe , Versant de mainte coupe Le sang d'un agnelet Avec du lait.

Dessus moi qui à Theure^ Serai par la demeure

' Les MasM. • ' L'emmure ! l'entoure.

' U rbaée. * A l'heure : en ce moment, ftlori.

252 LIVBS <{UAXBIBMB

OÙ les heureu;i esprits Ont leurs pourpris'.

La grêle ni la neige PTont tels lieux pour leur sîége , Ki la foudre onques là Ne dévala *.

Mais bien constante y dure L*immortelle verdure , Et constant en tout temps Le beau printemps.

Le soin qui sollicite Les rois , ne les incite Leurs voisins ruiner Pour dominer.

Ains comme frères vivent Et morts encore suivent

Les métiers ' qu'ils avaient Quand ils vivaient.

Là , là j'oirai d'Alcée 4, La lyre courroucée , Et Sapho ^ qui sur tous Sonne^lus doux.

Combien ceux qui entendent , Les diansons qu'ils répandent , Se doivent réjouir

* Pourprii : séjoar, demenre : dani l'Ile de Lesbot (604 &▼. h-C-i

Tout brille en ce pourpris. U attaque dans set veri les tyrans de

( Lk FoHT., PhU. tt J?MM. ) Mitylène.

3 Dévala : tomba. ^ Sapho, contemporaine d'Aleéc, aie

3 iléUers : occapations. à Lesbos.

* Aleée, po€te lyrique né à Uitylène tChanteen s'accompagnantdelalyre.

DBS 0DB8* 253

De les ouïr.

Quand la peine reçue Du rocher est déçue ' , Et quand le vieux Tantal Ifendure mal .

La seule lyre douce L'ennui des cœurs repousse , Et va Tesprit flattant De l'écoutant.

'AUmIoii aa chfttiment de Sisyphe*

lU.

Mon d'Aurat (*), nos ans coulent Comme les ans qui roulent D'un cours sempiternel :

La mort pour sa séquelle < Nous amène avec elle Un exil étemel.

Nulle humaine prière Ne repousse en arrière Le bateau de Gharon , Quand l'âme nue arrive Vagabonde en la rive De Styx et d'Achéron.

Toutes choses mondaines Qui vêtent * nerfs et veines,

* séquelle ; suite. » Fêtent : revêtent.

(*) D'Aurat. Voy. Amoun, II, 6.

ROMSARA. — T. I. 22

264 LIVBB QOATBlèMB

La mort égale prend , Soit pauvres ou soit princes :

Dessus toutes provinces Sa main large s'étend.

La jeunesse très-forte Du grand Achille est morte, Et Thersite odieux Aux Grecs, est mort encore , £t Minos qui est ore Le conseiller des dieux.

Jupiter ne demande Que des bœufs pour offrande :

Mais son frère Pluton Tïous demande nous hommes, Qui la victime sommes De son enfer glouton.

Celui dont le Pô baigne Le tombeau « , nous enseigne N'espérer rien de haut ; Ni celui que Pégase,

Qui fit sourcer Pamase », Culbuta d'un grand saut'.

Las! on ne peut connaître Le destin qui doit naître , Et l'homme en vain poursuit Conjecturer la chose.

Que Dieu seule tient close , Sous une obscure nuit.

Je pensais que la trope Que guide Calliope,

r phaéton. ^ •»"*« d'Hypocrfne.

a PégftM fit jaillir d'an coap de pied » Bellérophon.

Troupe mon seul confort , * Soutiendrait ma querelle , Et qu'indompté par elle Je dompterais la mort.

Mais une fièvre grosse Creuse déjà ma fosse Pour me bannir là bas; Et sa flamme cruelle Se paît de ma moelle , Misérable repas.

Que peu s'en faut, ma vie, Que tu ne m'es ravie, -^

Close sous le tombeau , ^

Et que mort je ne voie

Où Mercure convoie » * '

Le débile troupeau !

Qu'à bon droit Prométhée Pour la fraude inventée Souffre un tourment cruel!

Qu'un aigle sur la roche , Lui ronge d'un bec croche Son cœur perpétuel.

Depuis qu'il eut robée »

La flamme prohibée , Pour les Dieux dépiter.

Les bandes inconnues Des fièvres sont venues Notre terre habitera.

Et la mort dépiteuse. Auparavant boiteuse,

' convoie .-conduit. Mcrcare coodalt » Bcbée : dérobée. Wâ««.uxeofer.. 3 IniHéd Uorac.

2A6 UVBE QUATBIÈMB

Fut légère d'aller ; D'ailes mal ordonnées, Kvx hommes non données , Dédale coupa Tair.

La maudite Pandore Fut forgée , et encore Astrée s'envola , Et la tasse féconde * Peupla le pauvre monde De tant de maux qu'il a«

Ah! le méchant courage Des hommes de notre âge N'endure par ses faits , Que Jupiter estuie,* Sa foudre qui s'ennuie De voir tant de méfaits.

> Ut boite de Pandore. ' Ettuie : renferme, éteiKoe.

Quand je suis vingt ou trente mois Sans retourner en Yendômois , Plein de pensées vagabondes , Plein d'un remords et d'un souci , Aux rochers je me plains ainsi , Aux bois, aux antres et aux ondes :

Rochers, bien que soye» âgés De trois mille ans , vous ne changes Jamais ni d'éclat ni de forme :

Mais toujours ma jeunesse fuit , Et la vieillesse qui me suit, De jeune en vieillard me transforme.

DBS ODBS. 257

Bois, bien que perdiez tous les ans.

En rhiver,vos dieveux mouvants , L'an d'après qui se renouvelle , Renouvelle aussi votre chef :

Mais le mien ne peut derechef Ravoir sa perruque nouvelle.

Antres , je me suis vu chez vous Avoir jadis verts les genoux, Le corps habite et la main bonne :

Mais ores j'ai le corps plus dur Et les genoux que n'est le nrar Qui froidement vous environne.

Ondes, sans fin vous promenez Et vous menez et ramenez Vos flots d'un cours qui ne séjourne : Et moi , sans faire long séjour.

Je m'en vais de nuit et de jour Au lieu d'où plus on ne retourne.

Ma douce jouvence est passée , Ma première force est cassée , J'ai la dent noire et le chef blanc , Mes nerfs sont dissous, et mes veines.

Tant j'ai le corps froid , ne sont pleines Que d'une eau rousse au lieu de sang.

Adieu ma lyre , adieu fillettes , Jadis mes douces amourettes , Adieu, je sens venir ma fin :

Nul passe-temps de ma jeunesse

268 LIYBB QUATBIÈHB

Ne m'accompagne en ma vieillesse, Que le feu, le Kt et le vin.

J'ai la tête tout étourdie De trop d'ans et de maladie, De tous côtés le soin * me mord ; Et soit que j'aille ou que je tarde Toujours après moi je regarde Si je verrai venir la mort ,

Qui doit, ce me semble, à toute heure Me mener là bas où demeure Je ne sais quel Piuton qui tient Ouvert à tous venants un antre , Où bien facilement on entre , Mais d'où jamais on ne revient

* Aom ; aoaci , peine.

Pourquoi , chétif laboureur.

As-tu peur d*un empereur Qui doit bientôt, légère ombre.

Des morts aocrottre le nombre?

Ne sais-tu qu'à tout chacun , Le port d'enfer est commun , Et qu'une âme impériale Aussi tôt là-bas dévale Dans le bateau de Charon Que Pâme d'un bûcheron?

Courage^ coupeur de terre !

Ces grands foudres de la guerre Non plus que toi n'iront pas

DBS ODES. 259

Armés d'un plastroA là bas, i

Comme Us allaient aux batailles : ;

Autant leur vaudront leurs mailles, j

Leurs lances et leur estoc> , ?

Gomme à toi vaudra ton soc. \

Le bon juge Rhadamante Assuré ne s'épouvante Non plus de voir un hamois Là bas qu'un levier de bois , Ou voir une souquenie * Qu'une robe bien garnie.

Ou qu'un riche accoutrem^C D'un roi mort pompeusement.

* Bttoe s épéc ) Souquenie : MOf ucaUte.

Les épis sont à Gérés , Aux dieux bouquins ' les forêts, A Ghiore * l'herbe nouvelle , A Phébus le vert laurier, A Minerve l'olivier, Et le beau pin à Gybèle :

Aux Zéphyres le doux bruit, A Pomone le doux fruit , L'onde aux Nymphes est sacrée', ' A Flore les belles fleurs :

Mais les soucis et les pleurs Sont sacrés à Gythérée.

' fjCi dieux bouquins ht» Faune:! d'irc ni dm ffii«nn«. «>« pied» d« bouc. 3 Sacrés : eonMcrés.

' CA/ort : Chinrif, dcf«»e dt> la ver-

360 LIVRE QUATRIÈMB

VIII (*j.

Le petit enfant Amour Cueillait des fleurs à Tentour D'une ruche, où les avettes' Font leurs petites logettes ;

Conune il les allait cueillant ^ Une avette sommeillant Dans le fond d'une fleurette, Lui piqua la main douillette.

Sitôt que piqué se vit , Ah ! je suis perdu , ce dit , Et , s'encourant vers sa mère , Lui montra sa plaie amère :

Ma mère , voyez n^a main , Ce disait Amour, tout plein De pleurs, voyez quelle enflure M'a faite une égratignure !

Alors Vâaus se sourit , £t en le baisant le prit , Puis sa main lui a soufflée Pour guérir sa plaie eùË^.

Qui t'a, dis-moi, faux garçon, Blessé de telle façon ?

Sont-ce mes Grâces riantes De leurs aiguilles poignantes?

Nenny, c'est un serpenteau ,

' Jvettes : abeilles; da latin apes, {*] IfflilaUoii cl'Anacréon.

IIES ODES. 261

Qui vole au printemps nouveau Avecque deux ailerettes Çà et là sur les fleurettes.

Ah! vraiment je le connois.

Dit Vénus , les villageois De la montagne d'Hymette Le surnomment Mélissette >.

Si donques un animal Si petit , fait tant de mal , Quand son alêne époinçonne' La main de quelque personne ,

Combien fais-tu de douleur , Au prix de lui , dans le cœur De celui en qui tu jettes Tes venimeuses sagettes ^ ?

« En grec : {Ukiaca, abeille. comme an poinçon.

^AUne ipoinçonn» : aigniUun pique 3 sogeties .- flèehM ; da latin iagUia,

r^aguère chanter je voulois Gomme Francus au bord Gaulois Avec sa troupe vint descendre ; Mais mon luth, pincé de mon doigt.

Ne voulait, en dépit de moi.

Que chanter Amour et Cassandre.

Je pensais, d*autant que toujours Pavais dit sur lui mes amours.

Que ses cordes par long usage Chantaient d'amour, et qu'il fallait En mettre d'autres, s'on voulait

2C2 LIYBE QUATRIÈME

Lui apprendre un autre langage.

Dès la même heure il n'y eut fût Kl archet changé qui ne fût , Ni chevilles, ni chanterelles ; Mais après qu'il fut remonté , Plus fort que devant a chanté D'autres amours toutes nouvelles.

Or adieu donc^ prince Francus, Ta gloire sous tes murs vaincus Se cachera toujours pressée , Si à ton neveu, notre roi, Tu ne dis qu'en l'honneur de toi 11 fasse ma lyre crossée*.

( Fût : bois du luth.

' 11 récompense mon traTail par une abbaye.

Xw

Dieu TOUS gard' , messagers fidèles Du printemps , vites arondelles , Huppes, cocus, rossignolets, Tourtres > , et vous, oiseaux sauvages, Qui de cent sortes de ramages Animez les bois verdelets.

Dieu vous gard', belles pâquerettes, Belles roses , belles fleurettes, Et vous,boutons jadis connus Du sang d'Ajax et de Narcisse :

Et vous,thym, anis et mélisse , Vous soyez les bien revenus.

' Towrire» : toartereaui.

DBS ODES. 363

Dieu vous gard' ^ troupe diaprée Des papillons qui par la prée Les douces herbes suçotez :

Et vous, nouvel essaim d'abeilles , Qui les fleurs jaunes et vermeilles De votre boudie baisotez :

Cent mille fois je resalue Votre belle et douce venue :

Oh ! que j'aime cette saison , Et ce doux caquet des rivages, Au prix ' des vents et des orages Qui m'enfermaient en la maison !

' ^k prix : en comparaison.

Bel Aubépin fleurissant.

Verdissant , Le long de ce beau rivage , Tu es vêtu jusqu'au bas

Des longs bras D'une lambrunche ' sauvage.

Deux camps de rouges fourmis

Se sont toiis En garnison sur ta souche -.

Dans les pertuis de son tronc,

Tout du long, Les avettes ont leur couche.

Le chantre rossignolet Nouvelet ,

,* Lawtbrunehe : vigne; da latin la^ruica , TÎgne aanvage.

964 UYBB QUATBiàME

CSourtisant sa bîen-aimée , Pour ses amours alléger.

Vient loger Tous les ans en ta ramée.

Sur ta cime il fait son nid

Tout uni De mousse et de fine soie, Où les petits écloront ,

Qui feront De mes mains la douce proie.

Or, vis , gentil aubépin , Vis sans fin ,

Vis sans que jamais tonnerre.

Ou la cognée, ou les vents , Ou les temps,

Te puissent ruer < par terre.

' Buer : jeter, renvener; du latin ruere»

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