XVI
Ah! si l'or pouvait allonger
D'un quart d'heure la vie aux hommes ,
De soin on devrait se ronger
Pour l'entasser à grandes sommes,
Afin qu'il pût servir de prix Et de rançon à notre vie , Et que la mort, en l'ayant pris.
Remit au corps l'âme ravie.
Mais puisqu'on ne la peut tarder ■ Pour don ni pour or qu'on lui offre.
Que me servirait de garder Un trésor moisi dans mon coffre ?
Il vaut mieux , Jamin , s'adonner A feuilleter toujours un livre , Qui plutôt que l'or peut donner Malgré la mort un second vivre^
* Tarder : retarder. I« poète entend par U rimmortaliti
> Un second vivre: une seconde vie. des écrivains célèbres.
(*) Imit^ d^ÂoacréoD.
Jeanne , en te baisant tu me dis Que j'ai le chef à demi gris , Et toujours me baisant tu veux
De Fongle ôter mes blancs cheveux , , Gomme si le poil blanc ou noir Sur le baiser avait pouvoir;
Mais, Jeanne, tu te trompes fort :
Un cheveu blanc est assez fort Pour te baiser, pourvu que point Tu ne veuilles de l'autre point
XVIII (*)
Versons ces roses en ce vin , En ce bon vin versons ces roses Et buvons l'un à l'autre , afin Qu'au cœur nos tristesses encloses Prennent en buvant quelque fin.
La belle rose du printemps , Auberts admonète* les hommes Passer joyeusement le temps , Et pendant que jeunes nous sommes , Ébattre la fleur de nos ans.
Tout ainsi qu'elle défleurit Fanie ^ en une matinée , Ainsi notre âge se flétrit, Las! et en moins d'une journée Le printemps d'un homme périt.
Ne vis-tu pas hier, Brinon , Parlant et faisant bonne dière , Qui, las! aujourd'hui n'est sinon
• Aubert Brioon, coMciUcr da roi, ' Admonète : arertii protectear et ami de Ronsard. ' fanie : fanée.
{*} Imitée d'Anacréon.
270 UYBE QUATBIÈHE
Qu'un peu de poudre en une bière , Qui de lui n'a rien que le nom?
Nul ne dérobe son trépas : .
Charon serre tout en sa nasse , Rois et pauvres tombent là-bas :
Mais cependant le temps se passe, * Rose , et je ne te chante pas.
La rose est Thonneur d'un pourpris , La rose est des fleurs la plus belle , Et dessus toutes a le prix ; Cest pour cela que je l'appelle La violette de Cypris.
La rose est le bouquet d'Amour, La rose est le jeu des Charités , La rose blanchit tout autour, Au matin, de perles petites Qu'elle emprunte du point du jour.
La rose est le parfum des Dieux , La rose est l'honneur des pucelles , Qui leur sein beaucoup aiment mieux Enrichir de roses nouvelles Que d'un or tant soit précieux.
Est-il rien sans elle de beau? La rose embellit toutes choses , Vénus de roses a la peau , Et l'aurore a les doigt de roses , Et le front le Soleil nouveau.
Les Nymphes de rose ont le sein , Les coudes , les flancs et les hanches, Hébé de roses a la main , £t les Charités, tant soient blanches,
DES ODES. 27 f
Ont le front de roses tout plein.
Que le mien en soit couronné , Ce m'est un laurier de victoire :
Sus , appelons le deux fois né * , Le bon père , et le faisons boire , De cent roses environné.
Bacchus, épris de la beauté Des roses aux feuilles vermeilles , Sans elles n'a jamais été, Quand en chemise sous les treilles Il boit au plus chaud de l'été.
* SuDom de Bacchos, qai da sein de sa mèrepaasa dans la coiMede Jupiter.
LE