‹ Choix de poésies de P. de RonsardChapitre 76 sur 85 · BB LA FRAN61ADB. 38S · texte numérisé non relu

BB LA FRAN61ADB. 38S

Ces corps sortis de longMe pâmoison Baisent la terre et la rive venteuse.

a Quiconque sois, terre , sois-nous heureuse ( Ce disaient-ils), et loin de tous dangers Sauve en ton sein nous pauvres étrangers , Qui ont souffert mainte dure fortune Par le courroux des vents et de Neptune. »

Comme ils priaient , le dormir oeicux Chasse-souci , leur vint siller les yeux, Et Tune et l'autre attachant la paupière ' Leur déroba le soin et la lumière.

Tandis Cybèle en son courage ardait ' De qnoi Neptun son Francus retardait :

Car elle aimait (comme étant Phrygienne) L'enfant d'Hector et la race troyeune : Pource soudain son char elle attela , Bat ses lions et vers le Sonune alla.

Le Dieu vieillard qui au songe préside , Morne habitait en une grotte humide :

Devant son huis maint pavot fleurissait, Mainte herbe à lait que la nuit choisissait Pour en verser le jus dessus la terre, Quand de ses bras tout le monde elle enserre. Du haut d'un roc un ruisseau s'écoulait, Rempli d'oubli, qui rompu se roulait Par les cailloux, dont le rauque murmure D'un doux rempart les yeux de Thomme emmure.'

<t Somme ^ dit-ell' , le doux sorcier des yeux , Le cher mignon des hommes et des Dieux, Par qui le mal tant soit mordant s'oublie ,

1 Jrdait : brftlait de colère.

386 LS SBCOTfD LITXB

Par qui l'esprit loin du corps se dâie. Va (je le veux) en cette tle où soûlaient Jadis sauter les hommes qui ballaient Au son du cistre et de cliquantes aimes S'entre-choquant, aventureux gendarmes, £t d*odl veillant, en l'antre Dictée»

Gardaient le bers< du grand Saturnien , Terre fertile, anciennes retraites Des Corybans , Dactyles et Curetés.

Là de leur race est encore aujourd'hui Un Corjban, le soutien et l'appui De tout honneur, de science semblable Au vieux Chiron, Centaure vénérable.

Quand il avait le sang plus généreux , En sa jeunesse il devint amoureux :

Si qu'en pressant à sa chère poitrine , Dedans un antre ime Nymphe marine.

D'elle conçut deux filles et un fils.

Les filles sont ainsi que deux beaux lis , En la maison de leur père croissantes , En âge , en grâce , en beauté florissantes : Le fils captif languit depuis un an En la prison d'un barbajoe géant Qui les mortels à son dieu sacrifie , Et ^un maillet leur dérobe la vie :

Puis sur la porte où distille le sang Du tét * des morts , les attache de rang. Ce roi, rempli d'honneur et de liclicsse, Tient sa maison ouverte de largesse Aux étrangers , tant il a grand désir.

Entre un millier, d'en pouvoir un choisir

■ Bert : berceao. ' Tét: tète-

DE LA FBAlilCIADS. 387

Qui le revanche , et son fib lui redonne

Seul héritier de sa noble couronne. ^

• Va-t'en vers lui , et en ce transformant ^ Présente-lui, quand il sera donnant, Autour du lit cent formes épandues , Piqueurs, veneurs, trompes au col pendues, Lesses et chiens, bocages et forêts.

Larges épieux , cordages et filets , Limiers ardents, cerfs suivis à la trace., Et tout le meuble ordonné pour la chasse : Présente-lui des hommes inconnus, En longs habits à la rive venus , Sous qui son fils les armes doit apprendre , Et par leurs mains sa liberté reprendre.

« D'un même vol, affublé de la nuit, Fantôme vain, porte-toi sur le lit Où va dormant l'une et l'autre pucelle : Faiis-leur sembler qu'une étoile nouvelle, Vive d'éclairs , d'un voyage lointain Passant la mer, vient loger en son sein, Et rayonnée en flammes bien éprises Baise leur chair sans ardre leurs chemises. Va-t'en après au bord où les Troyens Dorment recrus des flots neptuniens :

Dessus leur tête arrête ta volée , Leur âme soit en songeant consolée Sans avoir peur des habitants du lieu : Car jà Mercure envoyé du grand Dieu , Des citoyens a fléclii le courage Pour en bonheur convertir leur dommage. »

A-tant se tut, et le roi du sommeil,

* FaiMBt cetie métamorphose.

888 Li SECono liyhb

Tout chassieiix , eimeroi du réveil , D*un chef penché que lentement il cline'. Et du menton refrappant sa poitrine, Se ressecoue , et, sorti de son lit, Le mandement de C^'bele accomplit.

Incontinent que FAube aux doigts de roses Eut du grand del les barrières décloses , Le roi Dicé (de tel'nom se nonmiait Ce Coryban qui la justice aimait), Riche d'honneur, de terres et de race , Dresse Fapprét d'une aboyante chasse : Son palefroi à gros bouillons fumeux Remâchant l'or de son fpein écumeux Est à la porte , où à foule se rendent Jeunes piqueurs qui devisant l'attendent : Maint chien courant couple à couple les suit : De tous côtés la meute fait un bruit!

V Par fois feuillus, par monts et par vallée, Pleine de cris cette ehasse est. allée. Maint gros sanglier de dents croches aimé^ Maint cerf craintif au large front ramé Était jà morty quand au gré de Cybèle Un cerf poussé par embûche nouvelle De la déesse, haletant et mourant De soif, pantois, alla vite courant Vers le rivage : et le père Dicée Suivant ses pas par la poudre tracée , Comme le cerf à la rive aborda.

Où oes grands corps inconnus regarda.

Lors les Troyensen sursaut s'éveillèrent. Qui de le voir au cœur s'émerveillèrent :

*CUm: îaclioe.

DE L4 FBÂNCfADB. 389

Lui plein d'effroi en pâmoison devint , Et de son songe à l'heure lui souTÎnt.

« D*où êtes- vous ( dit-il ) de quelle place ? Quels sont vos noms, et quelle est votre race? Quelle fortune , ou quelle mer sans foi Vous a trahis? hôtes, répondez-moi.

Car, à vous voir (bien que pleins de misères), Pi'êtes méchants , ni fils de méchants pères. »

Alors Francus, baignant ses yeux de pleurs,' Et soupirant aigrement ses douleurs , Lui répondit : « Si jamais les merveilles Des Phrygiens ont frappé tes oreilles, La longue guerre et les dix an& d'assauts. Le fier Achille, auteur de tant de maux. Le sac , la prise et la flamme funeste Du brasier grec, nous en sommes le reste. Là, pour sauver maison , temples et Dieux , Femmes , enfants, moururent nos aïeux , L'un sur le mur, l'autre au milieu des armes > Hector, l'honneur des yaleureux gendarmes , Qui m'engendra , ayant cent mille fois Trempé le sable au meurtre des Grégeois , Gardant son père , et sa mère , et sa ville , Y fut tué par la traison d'Achille.

J'ai du vainqueur fléchi dessous la loi , Nourri sans nom, bien que germe de roi '•

« Ceux que tu vois d'un visage si blême , Couchés ici ont eu fortune même , De même ville , issus de même part , Mes alliés de sang et de hasard >.

' €0rm« de ru¥ : de race royale* ' De hasard .* de fortune.

9i)0 LB SECOND LTTBE

« Quand sans honneur, sans grandeur, sans envie D*être connu, j's^lais traînant ma vie.

En Qiaonie , aux pieds de mes parents , Voici d'en haut les signes apparents , Voici Mercure envoyé du grand Père Tancer mon oncle et menacer ma mère, De quoi forçant le ciel et la saison , Ils enfermaient ma gloire en la maison , Et que des Dieux les hautes destinées Avaient pour moi les Gaules ordonnées , Jà dans le ciel père des rois reçu ; Mais le destin et les dieux m'ont déçu.

« Croyant en vain leur promesse menteuse. Prompt je me donne à la vague venteuse. Armant en mer quatonte grands v»sseaux , De vivres pleins et de fort» jouvenceau^ , Dont j'espérais d'une brave entreprise Dompter sous rmî cette Gaule promise.

Malheureux est qui dédaigne le sien Pour l'étranger : en lieu de tant de bien . Couronne, sceptre et royal mariage ,.

J'ai la mer seule et les vents en partage , Qui d'espérance et de biens m'ont cassé. Et de quatorze un vaisseau nf ont laissé, Qui près ce bord sans mât et sans antenne Demi-rompu s'embourbe sous Farène, Où tout mon bien j'avais fait enfermer, Si c'est du bien ce qui flotte en la mer. Du havre sûr on doit voir la marine

« Après avoir trois jours entiers erré D'astres certains et de voie égaré, Toujours pendu sur la vague meurtrière , Un bon démon, ému de ma prière.

DB LA FBANCIADE. 391

Me secourant de toutes choses uu , ' M'a fait grimper à ce bord incomiu, • Proie des loups et des bétes sauvages.

Nous ignorons les mœurs et les courages > Des habitants, si après les dangers S'ils ont le cœur piteux aux étrangers, S'ils craignent Dieu , s'ils aiment la justice, Ou s'ils sont pleins de sang et de malice : Pource , bénin , aye pitié de nous , Soit homme ou Dieu , j'embrasse tes genoux '. Si tu es Dieu , tu sais bien notre peine : Si tues homme, une douceur humaine Doit émouvoir ton coeur à passion , Ayant horreur de notre afiliction. »

Il dit ainsi : le vertueux Dicée Contre-répond : « Cette terre embrassée Des flots marins, comme tu vois ici, Porte un bon peuple et un mauvais aussi : Mais à ce coup ta fortune meilleure T'a fait surgir où la bonté demeure :

Pource tu sois , hôte , le bien-venu.

Qui est celui qui par bruit n'a connu Troie et Friam, et pour garder sa terre Le nom d'Hector, un foudre de la guerre ? Il me souvient qu'un jour idoméné Me discourait de nouveau retourné (Il retournait tout fraîchement de Tioie , Chargé d'honneur, de renom, et de proie) Qu'après qu'Hector les grecques nauz » brûla , Que vers Priam ambassadeur alla Traiter la paix, mais il ne la put faire , Ayant Paris capital adversaire.

> Courages : dispositivHis.

' JVans / aavires, viiiaseauxi du latin nuve»^

892 LR LITRE SECOND

« Par courtoisie il logea chez Uoetor^ Qui l'honora d'une grand* coupe d'or, lliche présent, où vivait entaillée Sous le burin la baleine écaillée A gueule ouverte , et maîtresse des bords , Faisant semblant de dévorer le corps De la pucellc Hésioue,attachée Contre un rocher : la mer était eoudiée Au pied du roc, qui des flcits repliés De la captive allait baignant les pieds : Persée était sur le haut de la rodie , Ayant au poing son cimeterre croche.

Pendu en Fair, qui TOurque menaçait , Et des tiens Tinfante délaçait.

« Idoméné me donna cette coupe, Que je tiens chère entre une riche troupe D'autres vaisseaux > dont j'égaye mes yeux Quand je banquette aux fêtes de nos dieux : Il estimait d'Hector la courtoisie, Les vaillants faits , les vertus et la vie , Et ennemi son honneur n'abaissait , Ains jusqu'au ciel ses louanges poussait.

« Pource je crois que votre bien venue Est par le veuil * des bons Dieux avenue , Et que le ciel, qui de nous a souci.

Pour mou support le permettait ainsi.

Vous ne pressez une terre étrangère :

C'est, ô lroy«ns, votre ancienne mère Crète , dont Teucre autrefois est issu.

De qui le nom pour titre avez reçu :

Une autre Ida que la vôtre troyenue

* Faitttaux t vaies. ' Le veuil : te vovloir.

]>B LA FBANCIADB. 393

S'élève ici , la demeure aneieniie De vos aïeux , et pource ôtez du cœur Comme assurés le soupçon et la peur, Et désormais rappelez respérance, Surgis > au lieu qui fut votre naissance. »

De peu de gens ce prince environné En son palais pensif est retourné :

D'où libéral il envoie au rivage Douze moutons, un bœuf de grand corsage , Gras, bien cbamu^ et six barraults * de vin. Coupes, habits, et chemises de lin.

Pour festoyer et couvrir cette bande, A qui la faim outrageuse commande.

Kien n'est meilleur pour Tbomme soulager. Après le mal, que le boire et manger!

Eux, affamés, ces viandes ravirent.

Qui d'une autre âme au besoin leur servirent Havigorant ^ la force de leurs corps.

Car le manger rend les hommes plus forts !

(Apparition des fantômes des naufragés, qai réclament les boooeart delà sépallore. — FrAocas leur élève des cénotaplies )

« Ken que vos corps (disait Francus aux âmes) Ne soient endos sous ces herbeuses lames. En attendant un tombeau plus certain, Contentez-vous de cet office vain.

Et fréquentez en longue patience Ces logis pleins de nuit et de silence. »

( Sa prière à Vénin. )

Priant ainsi, Yénuâ la marinière

' Surgit : Team par hasard. ' Ravtgorant : rendant la Tig«e«r«

* BmtrmUU : toimeaax , Iwrriqvci* ranimant.

i94 L£ SECOND Ll^ AE.

D'oreille prompte entendit sa prière :

Elle vêtit ses somptueux habîts,

Orna son dief flamboyant de rubis.

Prit SCS anneaux de subtile engravuie.

Haussa le frwxt, composa son allure ,

Se parfuma, s'oignit et se lava,

Puis vers Amour, son cher mignon, s'en va.

L'enfant Amour, écarté de la presse Des autres Dieux, sous une treiHe épaisse Dans le jardin de Jupiter était.

Où Ganymède aux échecs combattait.

Véuus de loin commence à lui souiire.

Flatta sa joue, et ainsi loi va dire :

« Mon fils, mon cœur, ma puissance , mon bkm> Tu es mon tout; sans toi je ne puis rien : Mais^ quand nos traits sont alliés ensemble Il n'^ a Dieu si paissant qui ne tremble : Laisse tout seul jouer ton compagnon , Embrasse-moi , baise-moi, mon mignon , Pends à mon col : mon iils, je te pardonne Tous les tourments que ta flèche me donne , Et de nouveau tous les maux infinis , Que j'ai reçus pour Pamour d'Adonis, Si de ton trait tu blesses la pensée.

L'âme et le coeur des filles de Dicéc Pour Waucion, Troyeu digne d'avoir, Tant il est beau, faveur de ton pouvoir : Je te don'rai pour te servir de page Le Jeu mignard, qui te ressemble d'âge. Fin Gonmie toi, de qui les petits doigts Tout enfantins porteront ton carquois , Et ton bel arc ^ qui le monde conquête : 11 sera tien si tu fois ma requête. »

BE LA FBAnCIADS. 395

Adonc Vénus le mit en son giron , Roses et lis épanche à Tenviron.

De sa peiTuque , et l'endort en sa robe ; Puis finement de son fils se dérobe.

S'envole en Gypre , où d'encens sabéens Fument toujours ses autels paphéens'.

! (L*Amoar se rend au palais de Dicée , soss la forme d*un taon. )

Quand au palais Francion arriva, Loin de leurs corps l'air épais se creva , Et leur figure est propre revenue.

Gomme astres clairs revêtus d'une nue.

Ge jour Francus à merveille était beau , Son jeune cœur semblait un renouveau , Lequel étend sa robe bien pourprée Dessus les fleurs d'une gemmeuse* prée : La grâce était à l'entour de ses yeux , De front', de taille, égal aux demi-dieux.

Devant la porte était un long espace D'une carrée et spacieuse place , Où la jeunesse aux armes s'ébattait , Piquait chevaux , voltigeait et luttait , Sautait , courait, défendait la barrière -, Haut dans le del envolait la poussière ; Les prochains bords à leurs cris répondaient ; Sur le portail d'un long ordre pendaient De ses aïeux les hardis témoignages :

Lances, plastrons , morions et plumages.

Butins gagnés des ennemis vaincus, Naus^, gallicans et leurs éprons bécus^ ,

' ^a^liitKt^ de Papbos, où véuas est {femma. Une prairie émailiée de fleurt. "^GtmmtvLtt: brillaitte; du latin, * J«cus : crocka*.

396 LE SECOND LIVIIB

Et des cités les portes arradiées A grands crochets dans le mur attachées. En cependant que d'ceil prompt et ardent Francus allait le palais regardant, Frises , festons , guillocbis et ovales, Dicée, orné de dignités royales.

Accompagné de deux cents jouvenceaux D*âge pareil, aux mentons damoiseaux % Au doux accueil, d*une courtoise sorte Vint caresser Francus oudre la porte, Le bien-venant >, et d'un visage humain Le tient , Tembrasse , et lui serre la main.

Près de ce prince, en robes solennelles, Étaient sa femme et ses Glles pucelles, A qui fuseaux et fil tout à la fois Étaient de hâte écoulés de leurs doigts, Tant eir avaient un chaud désir en Tâme f Devoir Francus : mainte amoureuse flamme, Qui de leurs yeux à passades volait , Gagnant le cœur, dans le sang dévalait.

Tandis le Dieu qui les cœurs nous dérobe . Laissa la porte, et se mit sous la robe De Francion ; puis, décochant deux traits. L'un plein d'amours , de grâces et d*attraits , Qui doucement gagnent la fantaisie , £t l'autre plem d'ardente jalousie.

Tirés des yeux du Troyen, les poussa.

Et leur raison à demi renversa , Les tourmentant de pensers et d*augures , Avant-coureurs do leurs peines futures : Puis, en tirant et sautelant, de là

I Mentmu demoi$eaux : mentoas «ans ' Lt bien-vtnani ' lai «ooliiitut li iMurbe , Yintê comme tent des femmes, bienvenue.

DE LA FAANCIADE. 397

Ce faux garçon dans le ciel revola Gomme un larron qui, subtil en finesse , Son larcin fait, s^écoule de la presse, Puis quand il est par la troupe ' édiappé ^ Se rit joyeux du sot qu'il a trompé.

Tout prêt encore de faire autre entreprise. S'il trouve ailleurs une aussi belle prise.

( Description des richesses de Dicée et d'aoe merveillease aiguière )

Quand tout fut prêt , ce prince, pour mieux voir Son étranger, à table le fit seoir Droit devant lui , à côté de ses filles Aux veux armés d'amoureuses scintilles * : Puis, selon Tordre et l'âge et les honneurs. Qui haut, qui bas , s'assirent les seigneurs. D'un cœur joyeux cette gaillarde bande Mit promptement les mains à la viande , Et, festoyant le Troyen étranger, Le conviaient doucement à manger.

Incontinent que la soif fut éteinte , Et de la faim l'avidité restreinte , Ayant le roi pour office divin A Jupiter versé le dernier vin, Dieu Xénien ^^ qui aux hôtes préside; La bande alors, laissant la table vide. Se tint debout, envieuse d'aller Après souper deviser etballer.

Un bruit se fait : la gaillarde jeunesse Prenant chacun la main de sa maîtresse , S'offre à danser : maint flambeau qui reluit Du plancher d'or, vainc l'ombre de la nuit ! Le vieux Terpin, qui de fleurs se couronne,

» La troHpe : la foule. ^ Xénien : surnom de Jnpher, dieu

' Scintilles : ctinoelles; dn latin de l'hospimlitc. seintilla.

S98 LB SECOND LIVRB

Son dos appuie au flanc d'une colonne, La lyre au iM>ing, et joignant à la voix Les nerfs frappés par l'accord de ses doigts^ D'uo plaisant son les invite à la danse : Le pied certain trépigne à la cadence.

« Dieu (disait-il ) qui tiens Tare en la main , Fils de Vénus, hôte du sang humain , Qui dans nos coeurs, tes royaumes, habites , Qui çà , qui là , de tes ailes petites Voles partout jusqu'au fond de la mer.

Faisant d'amour les dauphins allumer.

Dont l'âpre trait a féru > la poitrine Des Dieux là haut , là bas de Proserpine ; Père germeux , génial * , et qui fais Comme il te platt tes guerres et la paix. Démon et Dieu nourricier de ce monde.

Qui du chaos la caverne profonde Ouvris premier, et paraissant armé De traits de feu , Phanète ^ fus nommé : Double , jumeau, emplumé de vitesse.

Porte-brandon, archer que la jeunesse Au sang bouillant courtise pour son roi, O grand démon, grand prince, écoute-moi. Soit que tu sois au milieu de la bande Des plus grands Dieux ou ta flèche commande, Soit qu'il te plaise habiter ton Paphos, Soit que ton chef tu laves dans les flots Pela fontaine Érycine : ou que, vide Dq tout souci , de tes vergers de Guide Couvert de fleurs tu aimes la verdeur.

Viens allumer nos cœurs de ton ardeur :

» lF(*ni .• frappé : du Utin /erlr«, Au Iniin geniali t. I^pp„^ î Phanèt€ : tclataat; do §J^

^ Qhiol : qui donne la saiManee ; çaîvx*.

DE LA FBANCtADfi. 399

De cette danse échauffe le eourage , Brassant sous main quelque bon mariage. » Ainsi chantait Terpin le bon vieillard - Les baladins , haussant io cri gaillard, Les derniers vers du chantre recoupèrent , Et de leurs voix les soliveaux frappèrent : Rien ne peut tant les soucis enchanter Qu'im ménétrier appris à bien chanter !

De ces deux sœurs Tune avait nom Hyanle , L'autre Glymène : Hyante était savante En Fart magique ; mais amour le plus fort, Qui n'a souci de charme ni de sort., De toutes deux tenait Tâme échauffée , Et de leats cœurs avait fait son trophée , Tantôt leur joue en tremblant rougissait, Pâle tantôt, tantôt se blanchissait, Et, s'imprimaiit de mainte étrange tache, Montrait an front le mal que le cœur cache. Jamais le front ne cèle le souci De triste cœur que l'amour a transi.

Seul à l'écart appuyé contre un coin , Veuf de plaisir, plein d'angoisse et de soin , A sourcil bas , à poitrine poussée De longs sanglots, était le roi Dicée : Un fleuve épais de ses yeux s'écoula. ^

Francus l'avise, et ainsi lui parla :

« C'est à moi, prince, à pleurer et à traire* Tant de sanglots, à qui tout est contraire , A qui la mer, l'air, la terre et les oieux Sont obstinés, ennemis, envieux, Qui m'ont trompé dessous belle apparence : Il n'est rien pire aux mortels qu'espérance.

' Traire : tirer; du I«(in irahcre.

Mais toi, seigneur, si sage et si prudent ^ . £d biens, cités et peuples abondant , Riche d'honneur et de terre fertile , Riche.de femme et de belle famille , Pfe devrais être en ce point langouieux, Ains les soupirs laisser aux malheureux. »

Dicé répond •* « Las ! si je n'étais père , Hôte Troyen , je serais sans misère :

Un mien seul fils a causé mon tourment , Et, s'il te plaît, je te dirai comment.

« Dedans cette ile habite de fortune Un fier tyran , engeance de Neptune, Horrible et grand ; mais homme en cruauté. Tant soit cruel, ne l'a point surmonté : 11 fait meurtrir tous ceux qu'il prend en guerre. Ceux que la mer jette contre la terre y Dessus l'autel de son père, et de sang Honnit ' le temple : il attache de rang ( Piteux > regard l> pour parades aux faîtes De ses poteaux, leurs misérables têtes.

« Le fer ne peut endommager sa peau : 11 rebondit comme fait un marteau Dessus l'enclume , en une seule place , Près le talon, la Parque le menace.

« Mille étaient morts par sa cruelle main. Quand moi , touché d'un naturel humain , Lui fis savoir que les bêtes sauvages , Tigres, lions envenimés de rages , Qui sans raison vivent parmi les bois.

Gros animaux sans pitié ni sans lois

> nonnU : déëhoaore. ' Piteux : d4gne de piti*.

DE LA FKAnciADE. 401

•S'entre-tuaieat et maugcaieDt leur senibfôble : Mais Thomme né d*un esprit raisonnable, Enfant du ciel, ne doit faire mourir L^homme son frère, ainçois le secourir.

« Ce grand géant, oyant cette nouvelle. Enfla son fiel de colère cruelle , Et bouillonnant , écumant et grondant , Sans m'avertir de son courroux ardent.

Vint de furie au pied de ma muraille Me défier en plein champ de bataille.

En telle peur soudain armer je fis Mon jeune Orée (ainsi a nom mon fils ) L'accompagnant de bien peu de gendarmes Mieux équipés de courage que d'armes.

Ce jolivencel à qui te blond coton.

Première fleur, sort encor du menton, Fort et hardi,fit avancer sa trope, Et le premier assaillit le Cyclope , Le grand Phovère' (hélas! on nomme ainsi Ce fier tyran aux plaies endurci ).

Mais pour-néant ee jeune enfant s'efforce : Car du géant la monstrueuse force Le prit captif au beau milieu des siens, Puis, attachant de vergogneux liens.

Sa troupe et lui de son bâton les mène , Comme un pasteur ses moutons en la plaine. Depuis ce temps par un meurtre cruel, De jour en jour, a tué sur Faute!

L'un des captifs pour offrande funeste : Ils sont tous morts : ah, je meurs ! et ne reste Sinon mou fils qui sentira demain L'assassinat de sa bngande main. »

* Phovère , aom lire du grec : coôspô;, effrayant, terrible*

402 bB SBCOND LIVRE

Ainsi disait, versant sous sa paupière ' De tièdes pleurs une large rivière , A gros sanglots cntre-rompant sa voix, Lorsque Francus, la lige de nos rois, Mu de pitié, le console et le flatte, Et lui répond : « J'aurais mon Âme ingrate , Fils d*un rocher, ou d^un tigre conçu , Si , mesurant le bien que j*ai reçu De toi f seigneur, à ma douleur extrême , Pour te sauver, je ne t'offrais moi-même Et cette dextre , et ce glaive tranchant Assez pointu pour punir un méchant.

Fais-moi , grand prince, apprêter sur la place Armes, chevaux : ains que ' demain se passe, Il connaîtra qu'un père valeureux, A son malheur, m'engendra vigoureux.

Pour ne souffrir régner une malice Sans que mon bras vengeur de la punisse. »

( AppréU du combat. )

Lui *, tout armé, d'un saut brusque et dispos. En la flattant sauta dessus son dos.

Elle sentit la charge de son maître.

« Kisse^ , je crois que tu ne voudrais être Sous autre main ni ne voudrais changer Ton vrai seigneur pour suivre un étranger.

« Longtemps y a que ta race sans vice Fait généreuse à la mienne service, Mes bisaîeux ont nourri tes aïeux :

Pource jourd'hui rends-moi victorieux * Va, vole, cours, la campagne poudroie 4,

I Mns que ihiuni que. pie.

* PhoTère. * Poudroie : fais Toler U p««ért

* âisêe , nom tiré do grec : xi<7ff« , dans la campagne.

DS LA FRANCIADE. 40

Que ce mignon devienne notre proie, Pour attacher son moriou cloué, Au haut du temple à mon père voué.

« Je doublerai pour telle recompense, En tes vieui ans, ton loin et ta dépense : Seule au haut bout je te ferai loger De mon étable, et par honneur manger Toujours de fleurs la tête couronnée , Si ton pied prompt gagne cette journée. >»

Parlant ainsi, la cavale Touit :

Mais pour néant son cœur s'en réjouit, Ëntrebattu du désir de la gloire Et de l'espoir d'emporter la victoire.

{ Jupiter envoie uoe orfraie , présage de mort pour Phovère/|af hrav« Francus et DIcée. )

« Pour champion ta sottise m'apprête , Vieux radoté, la phrygienne tête D'un jouvenceau qui saurait mieux ramer, Comme un format, qu'aux batailles s'armer. Pour le loyer d'une telle entreprise Tu as ta fille à ce Troyen promise, A ce muguet qui fait chez toi du beau, Dont le douaire est voisin du tombeau, Ëncor dit-on que ce banni se vante Que le destin les Gaules lai présente.

Voire, et qu'il erre où le ciel le conduit : Le pauvre fut des oracles séduit , Qui ne sait pas que sur k^s choses nées ^e peuvent rien les vaines destinées !

Crète est sa Gaule, et mes braves fureurs Seront le but de ses longues erreurs '.

* Erreur* ; voyagea \ (In latin, ertorfs.

40 1 VE S£COND LIVmB

« £n moi ne soit la mort renouvelée De mon aïeul le superbe Talée, Qu'^une Médée , en sauvant des dangers Je ne sais quels pirates étrangers , Ensorcela d'un magique murmure.

Des vains destins de Francus je n'ai cure ; Tels sots abus ne me viennent piper :

Le fer tranchant ne me saurait couper, Kî Jupiter tuer de son tonnerre :

S'il règne au ciel, je règne en cette terre, v

De tels propos comme il s'allait bravant y A large pas Fraucus vint au-devant :

« Je suis celui que ton orgueil méprise, Jeune Troyen, auteur de l'entreprise , Qw te veux faire avant le soir sentir, A ton malheur, que peut un repentir.

Approche donc, viens essayer la dextre De ce Troyen destiné pour ton maistre : Quoique tu sois au combat dangereux.

Si seras-tu, Phovère, bienheureux D'aller victime à l'onde Achéroutide Tué des mams d'un si jeune Hectoride. »

Il dit ainsi . Le géant, d'autre part, Le mesurait d'un terrible regard.

Le dédaignant, comme fait eu sa voie Un grand lion d'une petite proie, Ne le voyant de corps massif ni fort^ Ki de visage ou d'effroyable port, ^'i d'un semblant qui brave se fait craindre, Ains d'im poil blond qui commençait à poindre, De gi^le taille et d'œil serein et beau. De main douillette et de mignonne peau , Etd'un regard qui les Grâces surmonte ;

J>E LA. FBULIfCIADE. 405

Il eut le front tout allumé de honte , Retint la bride et le tançait ainsi :

« Jeune garçon , on ne combat ici Pour remporter à sa mère la gloire D'un vert laurier : le prix de la victoire N*est ni trépied , ni cheval , ni écu , Mais bien* la vie et le sang du vaincu ^ Et la cervelle en la place étendue , Les os semés et la tête pendue , Pour étonner par si horrible efTroi Ceux qui voudraient combattre contre moi. Puisqu'il te plaît d'une brave écriture Et d*un beau titre orner ta sépulture , Tiens au combat, tu n'auras à dédain , Quand tu mourras d'une si forte main. » Tandis Francus, qui le combat désire, Soigneux , dès Faube avait de son navire Fait apporter le hamois que vêtait Troile à Troye, alors qu'il combattait Contre Pélide, imitant la vaillance Bu bon.Hector et non pas la puissance, Que pour présent Héléniu lui donna , Le jour qu'au vent sa voile abandonna , Et le pria, pour éteme mémoire , De le garder bien cher en son armoire,

(Conseils de Dicée à Fraucus.)

Ces champions, enflammés de colère , Ici Francus, de fautre part Phovère , Tous deux de garbe ' et de courage grands , Donnant l'esprit * aux chevaux par les flancs ,

* ^ar&p.* orgueil.

a I*'e$prit, le co«rage , comme le latin animut.

406 LE SECOND LIVBE

D*im mâle cœur au combat s'élaocèrent , Et leurs hamois rudement eofoncèrent.

Du coup donné le rivage trembla , La mer frémit, l'arène se troubla ; £t par éclats les lances acérées Furent toucher les voûtes étbérées.

Tant fut leur bras vigoureux et nerveux , Que sur la croupe, en arrière, tous deux Comme arcs voûtés longuement se courbèrent. Et leurs chevaux sur les genoux tombèrent Gomme béliers qui vont s'entre-choquant : Puis jusqu*au sang leurs destriers repiquant, Haussant la bride, enfin les relevèrent, Et de la main leurs coutelas trouvèrent , Bien aiguisés, qui de Farçon pendaient , Et de leur tranche un acier pourfendaient.

Dessous le fer sifflant comme tempête.

Ores leur joue, ores sonnait leur tête. Ores la tempe : un coup qui Tautre suit. Grêle, menu, descendait d'un grand bruit. Gomme les fléaux ' qui résonnent en Faire Erappant les dons de notre antique mère 2.

Du bon Troyen le cheval fut adroit.

Qui sans frayeur tournait en tout endroit. Et la cavale eu crainte était frappée , Oyaut Teffroi du sifflant de Fépée , L'un ressemblait à ce flot dizenier^.

Bouffi de vents, horreur du marinier.

Qui d'un grand branle , en menaçant se vire. Impétueux , sur le bord du navire ;

t PUaHX : flèanx. Le poëte le fait > Lt flot dizeuier : la iixième n-

d'onetyllabe. gve, triuia demmaiia, la piM daB|«-

' fjB* dont de noire antique nère : reoM d« tonte*, le* 4ou de Cérèi, le blé.

DE LA FBAISCIADE. 407

L'autre semblait au bon pilote expert , Qui plus d'esprit que de force se sert ; Ores la proue , ores la poupe il tourne , Et, Tîgilant, en un lieu ue séjourne , Ains ajoutant rexpérience à l'art , D'un œil prudent évite le hasard.

Ce fier tyran, enorgueilli d'audace.

Qui de Francus la jeunesse menace, Se roidissant sur les étriers, frappa Le fin armet du Troyen, qu'il coupa Deux doigts avant , et Tétonna de sorte Que le tomber d'une enclume bien forte Serait léger au prix de ce coup-là.

Qui des arçons chancelant l'ébranla.

Car il fut tel que la grand' coutelace. Fendant l'armet, alla dessus la place En maint éclat de flammes allumé.

Laissant le poing du tyran désarmé :

Qui, maugréant, tournait au ciel la vue , De voir sa main au besoin dépourvue Et toutefois Fiancus H regardait , Et, sans bouger, riante le brocardait.

Lors la pâleur qui s'enfante de crainte , Des regardants avait la face peinte , Et le sang froid qui au cœur s'assembla , Fit que Dicée en soupirant trembla.

Mais, tout ainsi qu'on voit deux colombelles Frémir d'horreur et trembloter des ailes Sous l'épervier aux ongles bien tranchants , Qui loin du nid s'envolaient par les champs , Trouver de l'orge et des graines , pour paître Leurs doux enfants qui ne font que de naître ; Ainsi tremblait en l'estomac le cœur

40S LE SECOND LIVfiB

Dos jeunes sœurs, tout effrayé de peur. Qu'amour brûlait dVne ardente flammèche , Et en leur sang tenait teinte sa flèche. En ce pendant Francus eut le loisir De se résoudre , et de savoir choisir L*endroit certain, pour avoir sa 'revandie.

Ore il se hausse et ores il se penche , De toutes parts, d'un œil prompt et ardent Le corps massif du géant regardant, Pour à son hôte en remporter la tête , Et se braver d'une telle conquête :

Pourôe au combat promptement retourna Et de la pointe en poussant lui donna Contre la gorge, où la boucle ferrée Du gorgerin lâchement fut serrée , Et mi-pâmé sur Tarçon Tabattit.

Le sang caillé de sa gorge sortit, Mêlé d'écume et de bave gluante , Infectant Tair d'une haleine puante.

De mille coups martelés sur l'armet Le pommeau chut , le coutelas se met En cent morceaux, reluisant sur la place , Comme au soleil les morceaux d'une glace.

Lors de cheval s'empoignent corps à corps. Et s'embrassant à bras courbes et tors Se sont tirés d'une si forte serre.

Que l'un sur l'antre à bas trébuche à terre, Entre-accrochés : une fureur les suit : Dessus le dos leurs hamois font un bruit, Aussi soudain que la terre pressèrent , Fiers au combat tous deux se redressèrent , Front contre front, si bien qu'à toutes mains,

DE L4 FfiANCIADE. 400

A vides coups > , à coups fennes et pleins. De pointe , taille, et du revers ruèrent, Et en cent lieux leurs mailles déclouèrent.

Jamais Mavors% dispenseur des lauriers, Ne vit le pair de si vaillants guerriers, Enfin matés de sueur et de peine , En haletant, vont ramassant l'haleine De Festomac que les poumons poussaient : Et toutefois ils se remeuaçaieut Chauds de colère , et d'une ardeur férine Qui bouillonnait au creux de leur poitrine. O gloire humaine ! est-il rien qu'un bon cœur N'endure afin de se faire vainqueur î

Lors, dédaignant leurs flambantes épées Qui descendaient à ceintures houppées Le long des flancs et des fourreaux brodés, Se sont encore au combat hasardés , Gomme taureaux (quand la saison nouvelle Les appétits de Vénus renouvelle) Se vont tuant et navrant pour l'amour.

La jeune troupe est muette à l'entour.

Qui les regarde , ignorant qui doit être D'un tel duel le vainqueur et le maître. Francus, voyant que le jour lui faillait Et que sa main pour néant travaillait.

Comme un gerfaut qui de roideur se laisse Caler à bas ^, ouvrant la nue épaisse. Dessus un cygne amusé sur le bord.

Ainsi doublant effort dessus effort.

D'un corps ployé s'élança de rudesse ,

* A vides coups : à eoups sans effet. ' Férijie : saayage ; du latin ferinus. - iMax'ors, un des noms de Mars« dieu < Caler à bas : tomber, de la guerre.

Ajoutant Fart avecques b prouesse.

Sous lui se rue et de près rapprocha , La gauche mam à son col accrocha , Et de la dextre en-contre bas le tire ; U le soulève, il le tourne , il le vire « Le dioque, heurte, et d'un bras étendu Le tient en Tair longuement suspendu ; Puis du genou les jambes lui traverse , Et de biais le vire à la renverse.

Phovère imprime ■ , en tombant de son long. Le mol sablon, comme brondie le tronc D'un chêne , oracle es forêts de Dodone , Quand un torrent ou la gorge qui sonne Du vent l'abat de maint soufQe bravant : Quittant nids, leurs les oiseaux en criant Volent autour, oounrouoés qu'on leur ôte Le vert logis de leur anden hôte.

Ainsi tomba Phovère tout à plat.

Faisant un bruit aussi haut que l'éclat Qui rompt la nue , et du son des tempêtes Fait peur aux cœurs des hommes et des bétes.

De bras nerveux et d'ongles bien crochus , Cent fois essaye à se remettre sus.

Se débattant, mais en vain il s'efToree : Car du Troyen la vigoureuse force Tient le genou , comme victorieux.

Sur l'estomac, le poignard sur les yeux. Trois, quatre fois de toute sa puissance L*avait frappé, quant il eut souvenance Que le trépas de ce crael félon Etait enclos aux veines du talon :

Pource il tourne et promptement assène

* Imprime : narqve.

DS LA FRANCIADE.. 411

L'endroit certain où tressaillait la veine ; Du fer poignant coup sur coup la chercha, Et veine et vie ensemble lui tranclia.

Le sang qui sort d'une rouge secousse , Bien loin du corps , rendit la terre rousse. À longs filets, ainsi que d'un conduit S'édiappe Teau qui jaillissant se suit, Et d'une longue et filante rosée Baigne la terre à l'entour arrosée ; Ainsi le sang bouillonnant s'en alla, Et par le sang son âme s'écoula , D'horreur, de rage, et de chagrin suivie , De perdre ainsi la jeunesse et la vie.

Ce corps tout troid et affreux se roidit; Comme un glaçon l'estomac lui froidit, Et de ses yeux Tune et l'autre prunelle Ferma son jour d'une nuit étemelle , N'étant plus rien de Phovère, sinon Qu*un tronc bronché ' sans face ni sans nom.

A tant Dicé, d'une face joyeuse , Vint saluer la main victorieuse , Baisa Francus, le couronna de fleurs.

Tu as (disait) effacé mes douleurs, Vrai héritier de la gloire Hectorée , Tuant Phovère et sauvant mou Orée , Le bon démon qui de nous a souci.

Pour mon support t'avait conduit ici.

Noble Troyen, de prouesse l'exemple.

En corps mortel digne d'avoir un temple. Et comme Hercule adoré des humains, Tant a d'honneur la fbrce de tes mains!

* Bnmehè : abatta.

412 LE SECOND LIVBE DE LA FBANCIADE.

Comme il chantait cet Hymne de victoire , Voici la nuit à la courtine ' noire Qui vint aux yeux le sommeil épancher : Le bal fini chacun s'alla coucher.

' Courtine : manteau*

ARGUMENT

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