LE QDÀTBIfiUE LIYBE
Les âmes vont sur la rive guidées
Boire le fleuve à friandes ondées ;
Puis à l'instant perdent tout souvenir.
Après Teau bue, ils sentent revenir
Nouveaux désirs de revoir la lumière ,
Pour leur ' rejoindre à leur masse première. »
A-tant se tut : Francion tout soudain Prend un couteau au manche fait d'airain , Et d'une truie infertile et brehaigne * Ouvre la gorge : en tombant elle saigne A gros bouillons, dont le sang renversé , Tiède, fuma dans le creux du fossé , Priant Mercure et les sœurs Euménides, Noms craints là bas, vouloir servir de guides A ces esprits qui devaient quelquefois ^ Venir aux corps des monarques françois.
Conmie il disait, entre soufres et flammes Voici venir de l'abime les âmes Un tourbillon tournoyant et fumeux, Un peu de poix résineux et gommeux Allait devant, qui de puante baleine Infectait l'air, les taillis, et la plaine, Avec grand son , comme, un tonnerre bruit Qui rompt grondant ^épaisseur d'une nuit. Ce jour Hécate, aux enfers redoutée.
Les revêtit d'une force empruntée , D'un corps fantasque, éblouissant les yeux, Fait d'air épais, pour les connaître mieux .
AdoncFrancus, ayant l'âme frappée De froide peur, au poing saque^ l'épée.
* Pour leur rejoindre : pour se re* ' Qtêelquef ois : quéiqut ytnr.
Joindre. * Saque : agite,
' Brehaigne : stérile.
DE LA FRANC [AD£. 453
I.ies menaçant; puis se tirant à part, Sur un terreau ' qui pendait à Fécart, Pour 'mieux pouvoir leur visage connaître, Savoir leurs noms, leurs forces et leur âtre, Les contemplait , et comme tout transi Appelle Hyante, et lui demande ainsi :
a Quel est celui de royale apparence, Qui d'un grand pas tous les autres devance. Et d*olivier se couronne le front ? »
Elle lui dit : « C'est le bon Pharamond, Qui ralentant la hardiesse et Tire Des vieux Germains nourris sous Marcomire Et le bouillon' d'endosser le hamois.
Adoucira les armes par.les lois.
Et la fierté'sicambroise et scydque Prendra sous hii l'ordonnance salique , Pour refroidir du chaud métier de Mars Le coeur félon de ses braves soudars. »
« Quel est ce prince, appuyé d'une hache , Qui tout son chef ombrage d'un panache. Au front sévère , aux yeux gros et ardents, A longue barbe, à longs cheveux pendants. Qui rien qu'horreur ^ ne montre en son visage ? » « C'est Clodion, qui Tocieux courage Des peuples siens échauffera d'ardeur.
Les emplissant de force et de vigueur ; Donnant courage à leurs mâles poitrines. Pour surmonter les provinces voisines.
« Lui, tout bouillant du feu de guerroyer,' Enfant de Mars, doit un jour foudroyer
* Un terreau : on tertre. ' Horremr : effroi.
' Bouillon .' défir ardent, bouillant.
4&I LE QUATRIÈME LIYBE
I/orgueil Romain ' ; puis, d'une vertu vive, Du Rhin Gaulois outre-passer la rive , Et la forlt Charbonnière percer (*).
* A forte main doit un jour renverser Les Turingeois, et la muraille ancienne de Mons, Cambrai et de Yalencienne, Et de Toumay , et doit rougir les bords De Somme, chaude au carnage des morts ; Doit bien avant en Gaule faire entrée : Nulle puissance en arme rencontrée Lui ni son camp supporter ne pourra ; Comme une foudre en Bourgogne courra , Vaincra Tholoze, et les Goths d'Aquitaine (**) Comme sapins étendra sur la plaine :
Puis, en donnant exemple à ses neveux De liberté , portera longs cheveux , S'éjouissant, pour remarque immortelle, Que Chevelu toute Gaule rappelle. »
« Quel est celui qui marche le premier Après ces deux au visage guerrier^ Qui tient la face aux astres élevée?
C'est le vaillant et juste JNlérovée, Apre ennemi des Huns , qui descendront Plus dru que grêle , et par force prendront Pillant, brûlant, à flammes enfumées (Mars tout sanglant conduira leurs armées ), Trêves, Cologne et mille forts châteaux,
I Les Romains commandés parAétias.
(*) La forêt Carbonaria (Charbonnière), sUaée à l'ouest de la Meuse Joignait la Tongrie au territoire des Nervieos. Ciodion la traversa et vint s'emparer de Tournay (447?).
(**) Tous ces exploits août dus à l'imaginatioD du poète, ou du moios à des tFaUitioDs fabuleuses.
DE LA fbanciade. , 455
Que le grand Rhin abreuve de ses eaux^ Et rûront IMetz à l'égal de la terre ' : Cruelle engeance indomptable à la guerre. La mer ne jette aux bords tant de sablons , Que de Germains hideux eu chevçux blonds S'amasseront, trope venant sur trope , Pour mettre à sac i'occidentale Europe, Sous Attila cruel prince inhumain, Extrême fléau de l'empire romain.
Contre un tel peuple époinçonné de rage , Tout acharné de meurtre et de courage , Craint comme foudre à trois pointes tortu, Ce Mérovée opposant sa vertu , Auprès Châlons doit atterrer l'audace {*) De ces félons, menu dessus la place , L'un dessus l'autre adeutés tomberont , Les vieux corbeaux leurs corps entomberont * , Et des mâtins les gorges afîamées.
Qui vont flairant le meurtre des armées.
« Lui , le premier, servi de ses ïroyens, Regagnera les bords parisiens , Sens, Orléans et la côte de Loire.
« Puis de ton nom, Franeus, ayant mémoire, Le nom de Gaule en France changera :
Ton sang trahi par armes vengera.
Et nul des tiens chargé de tant de proie Ne doit pousser si haut le nom de Troie, Vaillant monarque, invincible, invaincu.
I Mronl à l'égal de la terre : ren- ' Entomberont : eogloutiront comme verseront au niveau da sol, raseront, dans an tombeaa*
(*) La bataille de Chàlons, dont ia tradition aUribue la gloire à Mérowig, chef des Francks, est de 4&i.
456 LE QUATHIÈME LIVER
Yictorienx, autour de son écu ( Frayeur, horreur des guerres échauffées) Naîtront lauriers et palmes et trophées, Et le premier fera voir aux François Que vaut Fhonneur acquis par le haroois'. Puis il mourra : car toute chose née Est en naissant à la mort destinée.
« De son grand nom les vieux Sicambriens Seront longtemps nommés Mérovcens , Et ses vertus auront tant de louanges , Qu'aimé des siens, redouté des étranges , Après sa mort, d'inviolable loi, Nul, tant soit preux, n'aura l'honneur de roi. Portant au chef la couronne élevée , S'il n'est issu de la gent Mérovée. »
« L'autre qui vient, baissant un peu les yeux, linsemble triste et ensemble joyeux, Kst-il des miens? dis-le-moi, je te prie. » « C'est Childéric, roi de mauvaise vie, Ord^ de luxure, infect de volupté.
Au cœur paillard des vices surmonté, Prince prodigue, exécrable en dépenses , Qui, pour fournir à ses folles bombances Dedans sa gorge engloutira les os De ses sujets, doublera les impôts, Tailles, tributs , et de si orde injure Faite aux Français nourrira sa luxure , Il ravira des pucelles la fleur (Honte aux parents, des pères la douleur ! ), Et sera plein de telle nonchalance Que, déniant aux peuples audience ,
' /.e hamois : les armes. ' Ord : sale, immonde.
DB LA FBANCIÀDE. 457
Perdra en vain les filles du Soleil > , Sans voir jamais ni palais ni conseil.
« Poorce la France, à Tenvi conjurée Contre sa vie ainsi démesurée , Le chassera de son trône royal ; Fuira banni vers son ami loyal, Roi d'Austrasie , où, suivant son usage, Sans révérer le saint droit d'hôtelage* De Jupiter, protecteur d'amitié, Opiniâtre en toute mauvaistié^, (Dieux, détournez un acte tant infime Du cœur des rois !), lui honnira sa femme. Pour le loyer de l'avoir bien reçu.
L'homme courtois msément est déea!
Il doit après, par entreprises hautes , Se corriger et amender ses fautes, Pour effacer de ses péchés le nom :
Brave au combat, ne tâchera sinon Que la vertu par les armes suivie, Perde le bruit 4 de sa première vie.
« Son bras armé du Rhin se saisira :
Les fiers Saxons en bataille occira, U tuera Paul, de nation romaine.
Et d'Orléans tirant jusqu^au domaine Du riche Anjou, hasardeux aux dangers, Se fera roi victorieux d'Angers , Et des Romains les armes étouffées Au Dieu de Loire appendra pour trophées.
« Yois-tu Clovis, grand honneur des Troyens ! Qui, le premier abhorrant les païens
* LesftUes du Soleil: le» Heures. ^ Mauvaistié : ptntniiè.
( RoNs. ) * Perée le bruit : efface la renommée,
3 syhûteUtqe : d'hospitalité.
458 LE QOÀTBIÈMB UVEE
Et des gentils les menteuses écoles.
Pour suivre Christ, laissera les idoles , Donnant baptême aux Français dévoyés ?
Et, lors, du ciel lui seront envoyés Une oriflamme , étendard pour la crainte De ses haineux>, et Tampcule trè^^sainte Huile sacrée , onction de ses rois.
Ses étendards, déshonorés des trois Crapauds >, prendront .pour marques honorées, En champ d'azur, des fleurs de lis dorées , Présent du ciel. Dieu, qui le choisira, De cœur, de force et d'honneur remplira.
a Lui, conduisant une gaillarde armée (Sans voir que peut la fortune eniplumée) ^ Outre le Rhin , contre les Allemands , Peuples hardis, aux guerres véhéments , ' Sera pressé d'une si longue suite Que, tout honteux dépenser en la fuite. En son péril aura recours à Dieu !
Lors, s'élançant furieux au milieu Du camp haineux , de sa française épée Rendra de sang la campagne trempée.
Tuera leur roi, et des peuples domptés Tributs, chaque an, lui seront apportés.
« Lors enrichi, des dépouilles conquises. Au nom du Christ bâtira des églises; Puis, se chargeant ( comme prince invaincu Le front de palme, et le bras de Técu , Ira de Vienne aborder le rivage.
Un cerf chassé montrera le passage Au camp français , grand miracle divin!
Près de Poitiers fera trembler le Clain*
* De ses haineux : de aes ennemis. ^ Emplumée : qui a des ailes, vo-
* Trois crapauds figuraient sur les lage.
étendards des anciens Francs. * Ctain : rivière qui coule à Foitiert»
DE LÀ FBANCIADE. ^159
Dessous ses pieds, aheurtant de ftirie Alaric, roi des peuples de Gothie.
• « Déjà le vent braule les étendards , Pied contre pied se fichent les soldars. Joyeux de sang : tout le cœur leur bouillonne , Une poussière en rond les environne , £t sans relâche, au milieu des travaux. Sont renversés chevaliers et chevaux.
Le roi Clovis, ardent à la conquête.
Perçant son camp, opposera sa tête Contre Alacic : là, d'un cœur hasardeux, Ces puissants rois s'affronteront tous deux ; Comme lions , ou plutôt comme foudres , Sous leurs chevaux deux tourbillons de poudres Noirciront l'air, et, sans avoir repos, Ici Clovis, ici le roi des Goths, Poussés , tournés de fortune diverse , Seront portés tous deux à la renverse : Le mol sablon imprimera leurs corps.
Haleine prise, et relevés plus forts, Se martelant, épaudront sur la place Grèves», cuissots, morions et cuirasse.
Suant tous deux de colère et de coups : Mais Clovis, plein d'un généreux couroux. Fera du Goth victime à Proserpine , D'une grand' plaie enfondrant sa poitrine ; Ainsi Clovis Alaric occira :
L'âme gothique aux enfers s'en ira.
Son corps tombé bruira sur la poussière , Comme uijl bélier qui, sur une rivière. Cogne des paux' le fondement d'un pont : Le fleuve en bruit, taut le ciel lui répond.
' Grèves : armure des jambes, jant- ' Paux : pieux, pilotis. rti.
barts.
4d0 LE QUATRIÈME LIVBE
« De ce grand roi Facquîse renommée Sera si large et si au loin semée , Que ses enfants ne seront maintenus En leur grandeur, que pour être venus D'un pore tel , lequel durant sa vie Ne vaincra pas tant seulement Fenvie Des rois vassaux à son glaive pointu , Mais si fameuse étendra sa vertu , Qu*enseveli dessous la terre sombre Fera trembler les princes de son ombre : Et plus pourront , en la tombe enfermés, Ses os f qu*un camp de grands princes armés.
« Vois Childebert et Clotaire son frère , Qui, tous ardant d^une juste colère Que Gondebaut, comme prince cruel, Aye meurdri leur oncle maternel , Dessus son fils Sigismond de Bourgogne De telle mort vengeront la vergogne.
Les Bois unis, et leurs camps compagnons Feront la guerre ensemble aux Bourguignons , Les accablant d'une serve misère.
Gratifiant' aux larmes de leur mère.
Qui soupirait de ne voir point vengé Le corps royal de son père outragé.
« Ce Childebert et Clotaire, grands princes. Pour augmenter les bords de leurs provinces , Rompant après la nature et la loi ( Entre les rois jamais ne vît la foi, Tant le désir de régner leur commande)^ Frères germains , suivis d'une grand' bande D'hommes armés, partiaux et méchants,
* Gratifiant : faisant chose agréable.
DE LA FBANCIADK. 461
Voudront, hélas ! de leurs glaives tranchants S'entre-tuer, et rougir les batailles Du sang tiré de leurs propres entrailles. Mais, sur le point qu'ils voudront s'assaillir, Voici du jour la lumière faillir :
Neiges et vents, et tourbillons et grêle , Du ciel crevé tomberont pêle-mêle , Entre-semés de foudres et d'éclairs Hommes, chevaux, morions et bouclairs Seront frappés d'un otageux tonnerre.
Un tel miracle apaisera la guerre De ces germains : le bon Dieu l'a permis. Puis, de haineux devenus bons amis.
Frères de sang, et de cœur sans rancune. Ramasseront leurs puissances en une , Fiers aux combats , invaincus chevaliers : Puis, en poussant milliers dessus milliers D'hommes armés , par hautes destinées, Iront gagner les cimes pyrénées ; Prfaices hardis, mépriseurs de travaux '. Les monts d'Espagne au bruit de leurs chevaux Retentiront, et le cours des rivières Sera humé de leurs troupes guerrières.
Lors Alaric, roi des Goths, qui tiendra Sous lui l'Espagne, ardent les assàudra (Nouveau fusil* de l'ancienne noise).
Mais , pour néant : car la vertu françoise, Se bandant toute et de veines et d'os. Fera broncher sur la poudre les Goths.
Leur roi, voyant sa puissance coupée Du fer Gaulois, saura que vaut l'épée De Childebert, qui, lui perçant la peau,
I Mépriseurs de travatuc : qui ne serTant à frapper le- caillou pear ea. craignent pas les travaux. faire jaiUir l'étioceUe. Allart<;raUa<-
' Fwil : briquet^ morceau d'acier raera l'ancieune querelle.
482 LE QUATBI£M£ LIVBB
Côtes et cœur, ira jusqu'au pommeau, D'une grand' plaie en la poitrine ouverte Avec le sang fuira l'âme déserte Du corps gothic, qui, grinçant, maudin», Dequoi sitôt son printemps s'en ira.
Eux, anoblis d'une gloire étemelle.
Viendront revoir leur terre patemelie ; Puis sans enfants, des vieillards le confort, Comme tous rois seront pris de la mort.
« L'autre d'après , qui , tout morne se fùche Qui tient sa gorge, et qui marchant remâche Mainte menace, et rêve tout à soi.
C'est Chilpéric, indigne d'être roi.
Mange-sujets, tout rouillé d'avarice.
Cruel tyran, serviteur de tout vice.
Lequel d'impôts son peuple détruira ; Ses citoyens en exil bannira, Affamé d'or, et par armes contraires Voudra ravir la terre de ses frères, "N'aimant personne et de personne aimé : Qui de putains un sérail diffamé Fera mener en quelque part qu'il aille , Soit temps de paix ou soit temps de bataille : En voluptés consommera le jour, Et n'aura Dieu que le ventre et l'amour. Tel prince semble au pourceau qui se vautre En un bourbier : un plaisir tire l'autre. Déjà le ciel par signes le prêchait Que d'un tel roi la vie le fâchait.
« Les écoliers n'auront les bénéflces , Les gens de bien ni honneurs ni ofGces , Tout se fera par flatteurs éhontés.
Et les vertus seront les voluptés.
DE LA FRANCIADE. 403
« Jamais les vents la terre ne creusèrent En plus de lieux : jamais ne s'élevèrent Plus longs cheveux de comètes aux cieux , De son malheur monstres ' présagieux.
« Et toutefois, pour ces menaces hautes, Ce méchant roi n'amendera ses fautes :
Mais tout superbe, en vices endurci , Contre le ciel élevant le sourci , ( O cœur brûlé d'infâme paillardise ! ) Étouffera contre sa foi promise , ( En honnissant le saint lit nuptial ) Sa propre épouse , époux très-déloyal.
« Ni lit , ni foi , ni la nuit amoureuse Ne défendront Galsonde* malheureuse, Qu'en lui pressant le gosier de sa main Ne la suffoque , homicide inhumain :
Acte d'un Scjrthe et non d'un roi de France , Lequel devait s'opposer en défehse Pour la sauver, et lui-même s'offrir Plutôt cent fois à la mort, que souffrir De voir sa femme ou captive ou touchée. Et toutefois, auprès de lui couchée , Jointe à son flanc, le baisant en son lit. Sûre en ses bras , l'étranglera la nuit. Cruel tyran ! à qui dessus la tête L'ire de Dieu pend déjà toute prête -/ Son propre sang son crime lavera , Et sa putain 3 sa femme vengera :
Ah ! apprenant aux termes de sa vie Que l'homme est fol qui aux putains se îLe,
* Monstres : prodiges. ^ Frédégonde,maitreue de Cbilpéric,
> Galeswinthe, filie d'AtbanagUde, et qu'il époosa après la mort de Gaitranglée par Chilp^ric son mari. leswinthe.
4C4 LE QUATfilÈUfi LIVAS
« Or, elle ayant assoté son mari , Pour mieux jouir de «on ribaud Landri, Qui du royaume avait toute la charge , Folie d*amour, à deux meurtriers encharge, A son retour de la chasse, bien tard, De lui percer la gorge d'un poignard.
Ainsi mourra par les mains de sa femme^ Ce Ghiipéric, des princes le diffame <
ft Elle , sans peur ni de Dieu ni des lois , Tout effrontée, ayant encore les doigts Rouges du sang de son mari , pour taire * Par un beau fadt le meurtre et l'adultère, Ira^ guerrière,- au milieu des combats , Tiendra son fils de trois mois en ses bras , Traître pitié ! pendant à sa mamelle , Dont son paillard aura pris la tutelle. Puis cette reine abominable , ainçois Cette furie exécrable aux François, De qui la tête attendait le supplice.
Comme si Dieu favorisait le vice , Vivra sept ans en p<Mnpes et honneur, Avec Landri, des Français gouverneur :
Et, qui pis est , morte on la fera sainte : Ainsi tout va par fraudes et par feinte !
« L'autre qui suit est Clotaire, son fils. Par qui seront les Saxons déconfits , Ne souffrant vivre en leur terre occupée. Mâle debout plus grand que son épée ; Sage guerrier, victorieux et fort. Qui, pour l'honneur, méprisera la mort.
« De Brunehaut, princesse misérable,
< Le diffame : la hente. ^ Pour taire : pour faire taire«
DE Lk FBANCIADE* 4(^
Doit diâtier la malice exécrable.
Jambes et bras à deux chevaux tirés ; Ses vieux cheveux, des ronces déchirés, Seront épars comme flocons de laine Que la brebis a laissés sur la plaine, Par les chardons aux poignants hameçons , Et de son sang rougiront les buissons.
Rien si malin qu'une femme peut naître, ]Ni rien si bon, quand bonne elle veut être.
« Ce gentil prince, entre ces nobles faits Voyant ses gens en bataille défaits , Et Dagobert, son fils, jusqu'à la taie. Couvre-cerveau, atteint d'une grand' plaie, Perdre le sang en longue pâmoison , Revêtira son chauve poil grison D'un morion , armes de la jeunesse.
Et tout son corps refroidi de vieillesse, Réchauffera d'un cœur jeune et gaillard ; Puis, en brossant les flancs de son bayard > Chaud de colère et de vengeance Gère , Passant à nou> le fil de la rivière.
Ira trouver le roi sur feutre bord Qui se moquait de son fils demi-mort.
Alors ces rois, d'un valeureux courage, Front contre front, sur le premier rivage^, S'acharneront comme loups au combat.
Le bon Clotaire à la renverse abat Son ennemi, et sa tête coupée Embroche droit au bout de son épée , Avec grands cris repassant vers les siens : Acte gaulois et digne des Troyens.
De siècle en siècle à jamais mémorable ,
' Son bayardt >on cheval bai. 3 i^ bord du rivage.
^ Â non : a la nage.
46€ LE QUATRIÈME LIVBE
Tant vaut un père à son fils pitoyable ! »
« L'autre, qui vient en magnifique airoi. Qui de maintien représente un grand roi , Est-il des miens? dis-le moi je te prie. » « C'est Dâgobert, fleur de chevalerie *. En sa jeunesse aura le cœur hautain , Revécheen mœurs, coupera de sa main (Acte impiteux ' ) la barbe de son maître; Puis par le temps venant son âge à croîtse. De prince fier deviendra gracieux, Tant seulement en deux points vicieux : L'un, de nourrir par trop de concubines, L'autre, de faire excessives rapines Sur mainte église , à fin d'enrichir un Moutier > à part du revenu commun :
Au reste grand , qui sera sans contrainte. L'amour des siens, de ses voisins la crainte : Qui les Lombards par guerre détruira :
Qui les Gascons rudement punira , Et qui rendra la nation servile Des Poitevins , à qui Poitiers leur ville Saccagera par glaives et par feux , Et la fera labourer par des bœufs, Semant du sel où furent ses murailles ; Qui détruira les Hongres par batailles.
Tranchant au fer tant de peuples armés. Des os des morts les champs seront semez , Et les chevaux nageront jusqu'au ventre , Souillés de sang : la rivière qui entre Dedans la mer, à peine par ses bords Pourra couler, tant elle aura de morts. Lui, tout enflé de gloire militaire,
* fmpitetuc : M0$ pitié. r tére de Saiot Omis , fondé et enricU
' M»utier i mooaAtèpc. (Le monas- par Dâgobert.)
DE LA FR4NGIADE. 467
Rendra sous lui Bretagne tributaire ,
Et leur royaume en duché changera.
Tout au contraire, ami, déchargera
( Aux uns hautain , aux autres débonnaire ) ,
Les fiers Saxons surmontes par son père ,
De trois cents bœuls qu'ils devaient tous les ans ;
Puis, déliant de ses membres pesants
L'âme légère , après mainte victoire.
Rendra son nom d'éternelle mémoire.
« L'autre qui suit, d'honneur environné. Qui a le front de palme couronné , Qui jà les Turcs menace de la guerre , Sera Clovis, lequel ira conquerre Jérusalem, et les sceptres voisins D'Egypte, jointe aux peuples Sarrasins : Puis, retourné victorieux en France , . De ses enfants punira l'arrogance.
Qui par flatteurs , par jeunes gens déçus, Vers celle, ingrats, qui les avait conçus. De tout honneur dégraderont leur mère.
Et donneront la bataille à leur père.
« Leur mère adonc , ah ! mère sans merci , Fera bouillir leurs jambes, et ainsi Tout méhaignés ' les doit jeter en Seine. Sans guide iront où le fleuve les mène, A l'abandon des vagues et des vents :
Grave supplice, afin que les enfants.
Par tel exemple, apprennent à ne faire Chose qui puisse à leurs patents déplaire. Bien que ce roi soit magnanime et fort , Soit aumônier* , des pauvres le support, Pourtant son âme, aux vices inclinée,
< Méhaignés . maltraités..
' Atanùmer : charitable , faisant raam6ne«
468 LE QUATBIBMB LIYBB
Dt trop de viu se verra dominée ; L'amour, la gueule et les plaisirs, qui font Rougir de lionte un prince, le feront Esclave roi de vilaine luxure , Trompant son nom , soi-même et sa nature.
« Vois-tu ceux-ci qui abaissent les yeux , Honteux de voir la lumière des cieux , Qui ne devraient au monde jamais naître, Ni moins avoir Hector pour leur ancêtre? Clotaîre est Fun , et l'autre Childéri, Theuderic l'autre, en délices nourri, Trois fainéants, grosses masses de terre. Ni bons en paix , ni bons en temps de guerre , La maudlsson ' du peuple dépité.
« L'un, pour souiller son corps d'oisiveté , Pour n'aller point au conseil , ni pour lEsdre Chose qui soit au prince nécessaire.
Pour ne donner audience à chacun.
Pour n'avoir sein de soi ni du commun. Pour n'avoir point ni palais ni justices , Mais pour rouiller sa vie entre les vices, Traître à son peuple et à soi déloyal. Sans plus monter en son trône royal , Ains le fraudant de son naturel guide, A Ebroïn en lâchera la bride , Et le fera, soit en guerre ou en paix Chef du conseil et maire du palais.
'( Cet Ebroïn aura soin des batailles, De la finance, et d'augmenter les tailles. Et de répondre à tous ambassadeurs ; En son état aura tant de grandeurs,
I MaitMiton ; malédiction.
DB LA FAANaADS. 4G9
Gomme chargé d'une peine honorable , Qa'il deviendra si craint et redoutable ( En ce pendant que les rois amusés A bouffonner, des femmes abusés , Sans nul conseil, trahis de leur plaisance ', Sont rois de nom , Ebroïn de puissance), Qu'en peu de jours ces maires approuvés De tout le peuple, aux honneurs élevés, Puissants de faits , de parole et d'audace , Des premiers rois aboliront la race.
Et se feront d'autorité pourveus Eux-mêmes rois, leurs fils et leurs neveux. Pource, Troyen , ne commets telle faute ; N'élève point en dignité trop haute Quelque vassal : ton dommage en dépend. Quand un roi faut, trop tard il s'en repent.
« L'autre second, de luxure tout pâle, Perdra longtemps sa dignité royale , Et sans égard à son sang descendu De tant de rois , sera moine tondu , Et renfermé dedans un monastère.
« Le tiers qui vient pensif et solitaire, De ses sujets comme peste haï , A contre-cœur des seigneurs obéi, Chaud de colère ^ à régner malhabile Fera fouetter le chevalier Bodille , En lieu public, lié contre un poteau.
Tout déchiré de veines et de peau.
« Bodille, plein d'un valeureux courage, Toujours pensif en si vilain outrage, Ne remâchant que vengeance en son cœur, Lerra * couler quelque temps en longueur :
■ Trahi* par lear «moar du plai- ' Urra t laissera. •Ira.
BONSARD. — T. I. 40
^470 LB QUATfiittfB LIVBE
Puis, sans respect de sceptre ou de couronne ( Tant le dépit furieux Tépoinçonne), Tout allumé de honte et de fureur.
Fera payer à ce roi son erreur Par son sang propre , enrougîssant sa dextre Dedans le cœur de son prince et son maistre, Et d'un tel fiel sa vengeance emplira.
Que le roi mort, la reine il occira.
Et son enfant enclos en ses entrailles. 11 faut qu'un jroi soit cruel aux bataOles Mais doux aux siens : il faut que la fierté Soit aux lions, aux princes la bonté.
Comme mieux nés, et qui ont la nature Plus près de Dieu que toute créature.
Ce roi doit être abusé par flatteurs , Peste des rois , courtisans et menteurs , Qui, des plus grands assiégeant les oreilles , Font les discrets , et leur content merveilles. Pource , Francus, si le ciel te fait roi , Sage, entretiens des vieillards près de toi , Qui te diront leur raison sans feintise , En longs cheveux, en longue barbe grise,
« Ne veuille point pour conseillers choisir Ces jeunes fous qui parlent à plaisir : Le plus souvent les princes s'abêtissent. De deux ou trois que mignons ils choisissent , Vrais ignorants, qui font les suffisants. Qui ne seraient entre les artisans Dignes d'honneur, grosses lames ferrées , Du peuple simple à grand tort honorées , Qui vivent gras des délits et des maux Que les rois font à leurs pauvres vassaux : Tant la faveur qui les fautes efface , Fait que le sot pour habile homme passe!
DE LA FAANCIADE. 471
« Quelle fureur qu'un roi, père commun. Doive chasser tous les autres pour un, Ou deux, ou trois? et blesser paraudacQ Un mâle cœur issu de noble race , Sans regarder si le flatteur dit vrai ! Ce Ghildéric doit connaître à j'essai I>e mal qui vient de croire à flatterie. Perdant d'un coup femme , enfant et la vie.
« Vois, Francion , ces autres rois captifs De vin , d'amour, des vices les outils ', Qui abêtis en un monceau se pressent , £t le regard contre la terre baissent.
Une gr^d' nue éparse sur leur front Les obscurcit : regarde comme ils vont Efféminés , et d*une allure lente Montrent au front une âme nonchalante.
Ah! malheureux ! ils seront fils des tiens, Germe maudit, ïroyennes ou Trpyens :
Qui, tant s'en faut qu'ils soient en France dignes D'avoir au chef les couronnes insignes.
Qu'ils ne sont pas, peste du genre humain. Dignes d'avoir l'aiguillon en la main.
Rois sans honneur, sans cœur, sans entreprise, Dont la vertu sera la paillardise.
Le beau royaume acquis par le hamoîs De tant d'aïeux très-invincibles rois , Par la sueur de tant de capitaines , Par sang, par fer, par discours et par peines, Tout en un jour par lâcheté de cœur Perdra puissance, accroissance et vigueur : Ne vois-tu pas comme Glovis en pleure ? Tais-toi, grand roi ; rien çà-bas ne demerfre En son entier : tant plus le sceptre est haut ,
* JLa» outils : les e«cIaTM.
472 LE QUATBiiHE LIVBB
Et plus il tombe à tenre d'un grand saut.
« Ces rois hideux , en longue barbe épaisse , En longs cheveux ornés presse sur presse De diatnes d*or et de carcans gravés , Hauts dans un char ea triomphe élevés, Une fois Fan se feront voir en pompe , Enflés d'un fard qui le vulgaire trompe , Quittant leurs sceptres aux maires du palais , Dont ils seront esclaves et valets , Masques des rois, idoles animées , Et non pasteurs , ni princes des armées , Qui se verront honnis de voluptés, De leurs vassaux à la fin surmontés.
Apprends , Troyen , comme un lâche courage Perd en un jour son sceptre et son lignage. Il ne faut être aux affaires rétif :
La royauté est un métier actif.
« Vois Chilpéric , le dernier de la race De Pharamond, comme il baisse la face; Moine rasé pour sa salubrité ' , Un fainéant moisi d'oisiveté ^ Qui jà , ce semble , aux plaisirs s'abandonne.
« Cestui perdra son sceptre et la couronne Du grand Clovis , et son maire Pépin S'en fera roi par ne sais* quel destin, En transférant Tancien diadème De la maison de son maître à soi-même. Bien qu'à grand'peine ait quatre pieds de corps, Bas de stature, et de membres peu forts, Il aura l'âme active et vigoureuse; Et de conseil et de prudence heureuse.
Pour qo'il ait la Tic saavc.
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Il domptera la force des plus grands, Pource , Francus , par tel exemple apprends Que tout royaume augmente en accroissance Par la vertu et non par la puissance , Et que Dieu seul qui toute chose peut. Perd et maintient les sceptres comme il veut : Pour les garder l'homme en vain se travaille, Car c'est lui seul qui les ôte et les baille. »
Qui sont ces deux qui vont marchant à part? Qui de la troupe éloignés , à l'écart , Discourent seuls de grands propos ensemble ? A voir leur port, Fun et l'autre me semble Sage guerrier, et nul ne s'est montré De tant d'honneur ni de gloire illustré.
* Celui , Troyen , qui fait bruire ses armes, Grand capitaine et pasteur de gens d'armes , Qui jà la main sur une lance met, 'Qui d'un panache ombrage son armet, Au fier maintien, au superbe courage, Qui rien que Mars ne montre en son visage. Sera Martel, gouverneur des François , Non roi de nom, mais le maître des rois. Jusques au ciel fera monter l'empire Du nom gaulois , et nul devant son ire N'opposera ni lance ni écu, Qu'il ne soit pris , ou fuitif ^ ou vaincu.
« Vois quels lauriers, marque de sa conquête, Vont, plis sur plis, environnant sa tête ! Vois son maintien, combien il est gaillard, Et de quels yeux il enfonce un regard 1 11 occira par bataille cruelle Des forts Saxons la nation rebelle;
■ Futt\f : mis en foite.
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Ceux de Bavière à mort déconiira ; Les Allemands tributaires fera Jusqu'au Danube, et la terre Frisonne Rendra sujette à la riche couronne ; Prendra d'assaut, invaincu chevalier, Nîmes, Marseille, Arles et Montpellier, Béziers, Narbonne, et toute la Provence Fera servile à son obéissance ; Prendra Bordeaux et Blaye , et tous les forts Que la Gironde arrose de ses bords.
<i Yoi-d conmie £ude, empereur d'Aquitaine, Les Sarrasins , peuple innombrable , amène Contre Martel , â la guerre conduits Par Abdirame, antique sang des Juifs, Qui d'Abraham et de Sara sa femme Se vantera : ce cruel Abdirame, Cruel de port, de moustache et de cœur, Des puissants Dieux et des hommes moqueur. Tout acharné de meurtre et de furie , Enflé d'orgueil , enflé de vantcrie , Doit amasser les siens de toutes parts, Femmes, enfants, vieux et jeunes soudars; Valets, bouviers, marchands, afin que Fonde D'un si grand ost* effraye tout le monde.
« Ces Sarrasins, au travail obstinés , Outrepassant les cloîtres ' Pyrénés, Et, file à file , épuisant toute Espagne , Se planteront au pied de la campagne, Avec grands cris, tel que les grues font. Quand, queue à queue, en ordre s'en revont . Hautes aux vents , et, débâchant^ lés nues,
' Ott : armée. dauttra.
' Clottret : barrières; du latin ^ Déhachant : tenûtiai.
DE LA. FBANCIADE. 475
Vont reloger en leur terres connues.
Fuyant l'hiver : un cri tranchant et haut Se fait en Tair, tout le ciel en tressant
« La mer ne pousse aux rives tant d'arènes , De tant de feux les voûtes ne sont pleines Au ciel , la nuit , que de peuples pressés Dessous ce roi se verront amassés.
Ils tariront le coulant des fontaines : Dessous leurs pieds feront trembler les plaines , Grands comme pins en hauteur élevés :
Prendront Bordeaux et les peuples lavés De la Gironde , et d'ardeur violente Viendront puiser les eaux de la Charente , Tïe pardonnant à temples ni moutiers; D'avares mains saccageront Poitiers , Rasant châteaux et villes enfermées , Et, près de Tours, camperont leurs armées.
« Là, l'invincible , indomptable Martel ,. Ne s'étonnant de voir un nombre tel , Mais d'autant plus ayant l'âme échauffée Qu'il verra grand le gain de son trophée , Chaud de louange, au péril hasardeux, Ira planter son camp au-devant d'eux, Les menaçant : la déesse Bellonne Courra devant, et Mars qui aiguillonne Le cœur des rois, pour sauver de méchef Ce vaillant duc , lui pendra sur le chef.
« Ce jour Martel aura tant de courage y Qu'apparaissant en hauteur davantage Que de coutume , on le dira vêtu D'un corps divin renforcé de vertu.
« Le sacre fait, l'hostie étant rompue, Et départie à la troupe repue
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Du ▼rai saint pain, diaean, armé de Dieu, S'arme de fer, et s'arrange en son lieu.
« Lui, tout horrible, en armes flamboyantes. Mêlant le fifre aux trompettes bruyantes , Et de tambours rompant le ciel vobin, Éveillerar le peuple sarrasin.
Qui Tair d'autour eniplira de hurlées ' .
« Ainsi Ton Toit les torrents aux vallées. Du haut des monts descendre d'un grand bruit : En écumant, la ravine se suit A gros bouillons , et maîtrisant la plaine , Gâte des boeufs et des bouvien la peine : Ainsi courra, de la fureur guidé , Avec grand bruit, ce peuple débridé.
« Or, comme on voit alors qu'une tempête D'un grand rocher vient arracher la tête, Puis, la poussant et lui pressant le pas La fait rouler du haut jusques à bas : Tour dessus tour, bond dessus bond , se roule Ce gros morceau qui rompt , fracasse et foule Les bois tronqués , et d'un bruit violent, Sans résistance, à val se va boulant >.
« Mais quand sa chute, en tournant, est roulée Jusqu'au profond de la creuse vallée.
S'arrête coi : bondissant, il ne peut Courir plus outre , et d'autant plus qu'il veut Rompre le bord , et, plus il se courrouce. Plus le rempart le chasse et le repousse : Ainsi leur camp, en bandes divisé , Ayant trouvé le peuple baptisé
Hurlées : bnrlements. 3 Uovlani : ronlant.
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Bien qu'adiamé de meurtre et de tûrie ), Sera contraint d*arréter sa furie.
« Chacun, de rang , en son ordre se met , Le pied le pied, l'armet touche Tannet, La main la main^ et la lance la lance , Contre un cheval l'autre cheval s'élance, Et le piéton l'autre piéton assaut.
Ici l'adresse, ici la force vaut, Sort et vertu péle-méle s'assemblent ; Dessous les coups les armures qui tremblent , Font un grand son : Victoire qui pendait , Douteuse au ciel , les combats regardait.
« Au mois d'été, quand la pauvre famille Du laboureur tient en main la faucille , Et, se courbant, abat de son seigneur Les épis mûrs, des campagnes l'honneur : Tant de moisson, tant de blonde javelle L'une sur l'autre épais ne s'amoncelle , De tous côtés éparse sur les champs , Que de corps morts par les glaives tranchants Seront meurtris de la gent sarrasine.
En moins d'un jour, hôtes de Proserpine , Iront là bas trois cent mille tués , L'un dessus l'autre en carnage rués.
« Mille ans après, les tourangelles plaines Seront encor de carcasses si pleines. D'or, de hamois, de vides menons , Que les bouviers, en traçant leurs sillons, N'oiront < sonner sous la terre férue , Que de grands os heurtés de la charrue. Tel au combat sera ce grand Martel : ^
* Ifoiront : u'rateadront.
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Qui, plein de (^oire, et dlMMineiir immortel ,
Perdra da tout par mille beaux trophées
Des Sarrasins les races étoufiees ,
Et des Français le nom victorieux.
Par sa prouesse, enverra jusqu'aux deux.
« L'autre est Pepîn, boîtier de son père. Tant en vertu qu'en fortune proq^ère , Qui maxira la justioe au hamois, £t régira les siens par bonnes lois.
Lui,bas de corps, de oœnr grand capitaine. Par neuf conflits assaillant l'Aquitaine De Gaîfer ocdra les soudards; n rendra serf le prince des Lombards, Domptant sous lui les forces d'Italie.
Rome , qui fut tant de fois assaillie, Sera remise en son premier honneur ; Par lui le pape en deviendra seigneur.
Et des Français prendra son accroissanoe : Tant le bon zèle aura lors de puissance!
« Par cent combats, par cent mille façons. Doit renverser le peuple des Saxons , Peuple guerrier, des François adversaire , Et sous sa main le rendra tributaire.
La loi pendra sur son glaive pointu.
Craint de chacun : tant vaudra sa vertu De la fortune heureuse accompagnée !
Sous lui faudra ' de Clovjs la lignée , Si , qu'en perdant le sang très-ancien Des premiers rois, fera naître le sien , Donnant lumière à sa race nouvelle , Par les hauts faits de sa dextre immortelle. lITespère rien au monde de certain :
' Faudra : fera déCtat.
DE LA FBANGIADfi. 479
Ainsi que vent tout coule de la main ;
Enfant d'Hector, tout se change et rechange :
Le temps nous fait, le temps même nous mange;
Princes et rois et leur race s^en vont,
De leurs trépas les autres se refont :
C3iose ne vit d'étemelle durée ,
La vertu seule au monde est assurée! »
tm DU QUATRIÈME UVRE DE LA FRANCIADC
L'AUtEUR PARLE
Si le roi Charles eût vécu , J'eusse achevé ce long ouvrage :
Sitôt que la mort Teut vaincu, Sa mort me vainquit le courage.