L'AUMONE
Pierre et Jésus, la gaule en main,
Ont cheminé le grand chemin,
Ktlas, ils frappent à la porte;
Ils entrent chez un paysan,
Mais on leur crie : — « Allez-vous-en,
Et que le Diable vous emporte I
— w On voudrait un bout de pain Lis, Du feu pour sécher nos habits,
Un coin pour dormir dans la crèche...
— « Gagnez du pain s'il vous en faut. Et sortez-moi d"ici bientôt,
Vous dormirez mieux à la fraîche I »
Alors un voleur apparaît,
Qui vient tout droit de la forêt,
L'œil mauvais et la barbe dure;
Il a le sabre et le manteau.
Le grand chapeau, le grand couteau,
Et trois couteaux à sa ceinture.
— « Oui, monsieur le voleur, entrez, Prenez tout ce que vous voudrez, Voici du bon lard;'i la poutre,
Du pain, du beurre et des œufs frais,
Kt du lait dans le pot en grès,
Kt voici du vin vieux dans l'outre...
— H Je veux voir tes écus, butor !
— « Vous en aurez d'argent et d'or.
Et mon lit pour y faire un somme...
— « Ah ! dit Pierre, je suis bien vieux, Et j'apprends bien tard qu'il vaut mieux Être un voleur qu'un honnête homme ! »
204 l'espoir du monde