LE RETOUR
Le Croisé qui revient avec la barbe grise Aperçoit le manoir lointain, Et reconnaît aux parfums du matin Cette terre désapprise.
Un rayon de soleil gît sur l'iierbedu bois Toute verte et toute mouillée ; Les gouttes d'eau jasent dans la feuillée Avec de petites voix.
Les muguets souriants ont relevé leurs tètes, Et les fougères font du bruit; Le doux soleil va chercher dans leur nuit Les imperceptibles bêtes.
Il glisse, il saule, il fait un rond, il lait un bond, S'ouvre des fenêtres, des portes, Et se parfume avec les feuilles mortes, Car la mort des bois sent bon.
208 LESPOIR DU MONDE
Il chatouille la mousse, égratigne les branches, Se gritle aux ronces en rampant, Et dans l'air frais qu'il traverse, il répand Une odeur de fraises blanches.
Puis il se vautre et sent la cave à s'y griser. Trébuche aux fossés et se plaque, En se mirant au miroir d'une flaque Qu'il fait rire d'un baiser.
Il gravit le talus, trotte, et sent Tavelinc ; Il court la route et sent le miel ; 11 sent la vie, et d'un pas d'arc-en-ciel 11 enjambe la colline.
Pour remonter au ciel, il s'ouvre un chemin bleu Fait de voûtes et d'avenues :
Et le baron croit voir entre les nues La prunelle du Bon Dieu.
L ESPOIR DU MONDE