‹ Choix de poésiesChapitre 112 sur 130 · DUPLEIX · texte numérisé non relu

DUPLEIX

Lorsqu'il eut asservi les forêts et les tleuves, Dompté les siècles morts, bâti les cités neuves,

Dressé la splendeur des palais, Vaincu Madras, traîné Bengale sur Golconde, Entassé les trésors, ouvert l'Inde profonde,

Il dit à la France : « Prends-les I »

Alors, ce fut un rire énorme dans la foule, Et, triomphante, au Lruit d'un règne qui s'écroule, La France en belle humeur surchargea trois vaisseaux Du rire monstrueux des sots.

L'Invincible Armada de l'ineptie liumaine S'en alla dans le vent des rires, emportant Sa cargaison d'injure à pavillon de haine. Et la flotte des gueux disparut en chantant

222 l'espoir du monde

Klle allait en croisade étrangler une idée, Tuer Fesprit fécond sur l'œuvre fécondée, Détruire, et sa gaité proclamait à grands cris L'orgueil de n'avoir rien compris.

En guerre sainte, un nain conduisait ces Pygmces ! Sa vanité de pleutre épouvantait les cieux ; Ayant pour lui la France et sous lui les armées, Le gnome regarda le géant dans les yeux.

Il contempla la gloire et les travaux d'Hercule ; Puis il prit tout cela dans sa main minuscule. Et broya-lentement, avec un air distrait, L'œuvre du Titan qui pleurait...

Un traître ? Ce nain-là n'était pas même un traître I Il a vaincu. Les nains sont toujours les vainqueurs 1 Ils ont la voix du nombre et le geste du maître, Et leur petite main sait briser les grands cœurs 1

Ils sont la force auguste, unique, ce qu'on nomme La vérité, la loi, la justice, ils sont l'Homme I Ils sont riiorreur du Grand et le dégoût du Beau 1 Leur gratitude est un tombeau !

Il faut mourir d'avoir escaladé les faîtes. Grandi les horizons ou rompu les barreaux ! Nous avons nos gibets dressés pour nos prophètes, Et l'abattoir du monde est peuplé de héros!

LESPOin DU MONDE

Page 1