‹ Choix de poésiesChapitre 3 sur 130 · CHANSON A BOIRE · texte numérisé non relu

CHANSON A BOIRE

Par Bacchus et Nné, jo crois que je suis ivre ! J'aurai donc, pour un soir, connu Tamour de vivre. Reconquis mes gaités, mes douceurs et ma foi, Et posé ma croix lourde aux rochers du calvaire... Or. pourquoi? Pour un peu de mousse dans du verre, Et je deviens meilleur que moi 1

0 ma pensée ! Orgueil unique de mon être ! Que vaux-tu donc, si tout te fait clianger ou naitre ? C'est toi qui rutilais dans l'éclat des cristaux Et scandais en chantant le hoquet des bouteilles ; C'est foi qui mûrissais dans les grappes vermeilles, Sur le flanc lointain des coteaux 1

Aux mois d'automne, aux moisrubiconds des vendanges, C'est mon cœur qu'on foulait dans les pressoirs des granges; Et quand la vie intime et chaude crépitait Sous la pulpe des fruits qui bout au fond des cuves, Quand l'air lourd des hangars se saturait d'effluves, C est mon rêve qui fermentait...

L*AME NUÉ là

Mon rêve ! Fils bâtard des forces que j'héberge ! Dieu les accouple en moi comme dans une auberge, Puis, né de la matière aveugle et du hasard. Un feu court dans mon sang comme un torrent de lave. Et libre, en moi, sans moi, sous mon crâne d'esclave. S'allume le brasier de l'art !

Ma volonté, néant, et mes cultes, fumée ! Je suis moyen ; je suis la brute désarmée ; .le suis le point fatal où s'accomplit la loi, Furtivc éclosion d'un germe involontaire, Alome, inconscience errant dans le mystère : Rien n'est à moi, pas même moi !

Semblable au bois qui brûle, au bruitvaindes tempêtes, Aux nuages, aux blés fauchés, semblable aux bêtes, Je tourne dans la roue immense du destin. Je vais sans voir : je suis le frère du brin d'herbe ; Et s'il plaît au zéphyr d'écraser ma superbe, C'est fini du soir au malin !

Mon corps se renouvelle avec le vent qui passe ; Je nais et meurs un peu chaque jour, et l'espace Me tient comme la mer tiendrait un grain de sel. Je suis la goutte d'eau dans le déluge énorme ; Je suis un des creusets sans nombre où se transforme L'être de l'Être universel.

Et j'ai beau m'épuiser à crier vers les mies :

— « Soleils des cieux profonds, planètes inconnues, « Jarrive, attendez-moi : car j'étouffe ici-bas;

« J'ai soumis la matière et ses lois à mon signe 1 »

— La terre fait mûrir le raisin dans ma vigne.

Et la terre ne m'entend pas.

Mais elle va sonner, l'heure des glas funèbres Où Torgueil dessillé voit clair dans les ténèbres : Les Règnes, doucement, reprendront mes lambeaux ; Ils en feront des fleurs pour nourrir les abeilles. Et mon sang rajeuni coulera dans les treilles Pour griser des peuples nouveaux 1

L AME NUE

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