‹ Choix de poésiesChapitre 4 sur 130 · LA RÉPONSE DE LA TERRE · texte numérisé non relu

LA RÉPONSE DE LA TERRE

J"ai crié vers la Terre : « Aïeule, ô bonne aïeule I Déesse de nos dieux, toi la Khée et Tlsis, Toi qui fais refleurir les bleuets dans Téteule l*]t, susurrer la source au fond des oasis ;

« Toi qui donnes aux nids le dais mouv.int des feuilles, Et qui verses ta sève aux arl)res jaunissants ; Qui nourris les oiseaux des graines que lu cueilles, Et qui berces les mers entre tes seins puissants !

« Pitié, prends en pitié les martyrs que nous sommes ! Notre effort épuisé trébuche à chaque pas. Aïeule, est-ce que tout souffre autant que les hommes ? » — Mais la Terre m'a dit : « Je ne te connais pas.

« Ai-je compté les fleurs, les mouclies, les nuages, Les formes de la chair, des plantes, du métal, bes cris du vent, l'écume ou le sable des plages ? Et qu'es-tu donc, sinon leur frère et leur égal ?

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« Rien ! Et je ne sais rien de ceux que je renferme, Pas plus (juc lu ne sais Tau, poisse ou les gaîtés Des millions de corps ipii vibrent sous ton derme, Infiniment jtelits el toujours habités 1

« J'ignore tout, les noms et le nombre des races Qui pullulent do moi pour courir sur mes flancs, Et mon indilïërence etïace jusqu'aux traces De ceux qui sont passés depuis cent fois mille ans ! »

— J'ai crié vers la Terre : « Aïeule, ô dure aïeule ! 0 marâtre 1 Du moins, si ton cœur reste clos

Au râle de tes fils écrasés sous la meule.

Et si ton vieux méi)ris n'entend pas nos sanglots :

« Nous diras-lu (piel est le terme de la route, Quel mystère est caché dans la nuit du trépas, Et si c'est bien fini ipiand la chair est dissoute ? »

— Mais la Terre m\i dit : « Ta mort n'existe pas.

« N'être plus 1 Vanité d'un germe qui croit vivre ! Présomption d'atome errant dans le plein ciel 1 Orgueil stupide et fou 1 Rêve de frelon ivre ! Ce n'est pas toi qui vis, c'est l'Être universel.

« L'Être total, matière et force, esclave et maître, L'immortel incréé, le Dieu, le seul vrai Dieu, Eu qui rien ne saurait venir ou disparaître. Car il est intini dans le temps et le lieu !

« Seul, il vit. Et que l'ont un brin dherbe qu'on mange, Un soleil qui s'effrite, un homme qui s'endort? Le Dieu sent palpiter sa vie énoi-me : il change, Il respire, et son souffle est fait avec la Mort,

« La Mort, c'est la formule unique de la Vie, Le passage alterné des corps dans d'autres corps, C'est le mouvement calme et dont rien ne dévie, La résurrection des faibles dans les forts.

<( C'est la rajeunissante et la réparatrice. Aurore après le jour, printemps après l'été, La mère inépuisable et l'auguste nourrice Dont le travail fécond peuple l'éternité.

« C'est la chaîne d'amour et d'hymou (jiii nous lie : C'est par elle que tout se fond et se confond, Naît, se croise, renaît, court et se multiplie, Dans les bouillonnements de l'espace sans fond.

<( Elle accouple, elle brise, elle épure, elle émonde. Nous sommes tous égaux pour elle, et je ne suis Qu'un globule de sang dans les veines du monde. Un point d'ombre dans l'ombre insondable des nuits.

« Je m'éparpillerais dans la poussière immense, Sans troubler un instant la paix de l'ordre ancien. Et l'astre dont je suis la quinzième semence, Le Soleil s'éteindrait sans que rien en sût rien ! »

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