‹ Choix de poésiesChapitre 43 sur 130 · LA CITÉ MORTE · texte numérisé non relu

LA CITÉ MORTE

A OBORGES LORIN

Sous la tranquillité duu ciel platement bleu Oîi l'air dort, sans chaleur et sans force vitale, Une ville déserte, aux murs pâlis, s'étale. Triste comme la Mort et grande comme Dieu.

Sans ruines, debout sur la terre très plane. Elle dresse les blocs carrés de ses maisons. Et, sinistre, envahit au loin les horizons Sur qui la froide horreur des solitudes plane.

Ses boulevards sans fin fendent l'immensité

Où nul frisson vivant ne vibre et se balance,

Et, tous pareils, tous droits, courent dans le silence,

Coupant à coins égaux luniforme cité.

Tout se ressemble : un art rigide et monotone, Reniant les palais et les temples bénits, Sur un dessin unique a taillé les granits Dont la façade -lisse a des teintes d'automne.

L AME NUË

Les maisons, mornes sœurs, par groupes familiers. Massent leurs angles durs et leurs toits en terrasses, Catafalques de pierre où moisirent des races, Et qu'un ennui pesant aligne par milliers.

Pointd'herbes; point de fleurs; point d'arbre aux feuilles vertes:

Tout s'est pétrifié dans un sommeil géant,

Et l'on croit voir bailler les noirceurs du néant

Dans le cadre profond des fenêtres ouvertes.

Rien n'est clos : c'est d'un coup que la vie a quitte Ce monde fantastique où bruissait la foule; Les grands seuils inusés attendent qu'on les foule, Mais ceux qui passaient là sont dans l'éternité.

— 0 mou cœur ! Cité vide, inerte et désolée, Tu vas dormir sans trêve, et, tant que je vivrai. Mon ennui veillera sur ton sommeil navré. Comme un marbre plaintif au bord d'un mausolée.

Dors dans l'oubli calmant des rêves que j'aimais : ?sous attendrons la mort qui rajeunit les choses. Puisque tous nos espoirs, ouvrant leurs ailes roses, Dans leur vol effrayé sont partis pour jamais !

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