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LA CITADELLE

Si lu veux être grand, bâtis ta citadelle. Loin de tous et trop haut, bàtis-la pour toi seul. Qu'elle soit imprenable et vierge, et qu'autour d'elle Le mont fasse un rempart et la neige un linceul.

Bàtis-la sur l'orgueil vertigineux des cimes, Parmi les chemins bleus de Taigie et de l'éclair, Reine de marbre blanc dans une cour d'abimes, Lys de pierre, tleuri dans les splendeurs de l'air.

Si haut vers Dieu, si loin de ta fange première, Si loin, si haut, que les cités, clignant des yeux, Pensent voir un rayon de plus dans la lumière Et ne sachent s'il vient de la terre ou des cieux.

C'est là qu'il faut bâtir l'asile de ton âme ;

Et pour que ton désir y soit la seule loi.

Que rien n'accède à lui de l'éloge ou du blâme ,

Grave sur ton seuil blanc le mot magique : « Moi» »

Puis, cent verrous, et clos ta porte au vent qui passe I Ferme tes quatre murs au quadruple horizon, Et si le toit te pèse, ouvre-le vers l'espace Pour que Tàme du ciel entre dans ta maison !

Alors, au plus secret de la mystique enceinte, Tu dresseras Tautel de fer, prêtre ébloui, L'autel de fer et d'or où ta volonté sainte Doit célébrer ton rêve et s'adorer en lui.

Chante ! Nul n'entendra ton hymne, et que t'importe ? Chante pour toi ; ton couir est l'écho de ton cœur I Les déserts élargis rendront ta voix plus forte. Les déserts chanteront pour te répondre en chœur.

Chante l'amour sacré qui vibre dans les moelles ! Chante pour le bonheur de l'entendre chanter, Chante pour l'infini, chante pour les étoiles, El ne demande pas aux hommes d'écouler !

Seul ! Divinement seul ! Car l'exil, c'est du rêve ; C'est le lait de la force et le pain des vertus ; C'est l'essor idéal du songe qui s'élève, Et le seuil retrouvé des paradis perdus.

Tu n'as qu'une pairie au monde, c'est toi-même ! Chante pour elle, et sois ton but, et sois ton vœu ! Chante, et quand tu mourras, meurs dans l'orgueil suprêmf D'avoir vécu ton àme et fait vivre ton Dieu I

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