‹ Choix de poésiesChapitre 80 sur 130 · AU LARGE · texte numérisé non relu

AU LARGE

Le venl s'est endormi sons la nnit qni sendorl : L'océan lassé renonce à Teilort.

La nier se berce au loin, ténébreuse et plaintive : Est-il vrai qu'on vive et faut-il qu'on vive ?

La voile pend au mât comme un drapeau mouillé : Mon être oublieux se sent oublié.

Nul horizon ; le ciel se confond avec l'onde : Par delà le gouffre, il y a le monde.

Sur la mer qui se plaint, la barque s'alanguit : Des plaintes encore et partout la nuit.

Un tlot toujours changeant, un cri toujours le même Suis-je sûr d'aimer les choses que j'aime ?

Comme lèvent et leau ma volonté sendorl, Au roulis que l'ont les Ilots et la mort :

N'est-ce pas, vieille mer inutilement triste, Que je suis une omljre et que rien n'existe?

NE BLASPHÉMONS J.\JMA1S

Ne blasphémons jamais les mensonges d'hier, Et respectons en eux notre extase et nos cultes ; Si Terreur était douce, aimons-la d'un cœur fier ; Ce qui fut du bonheur doit mourir sans insultes !

Remercions notre hôte et le banquet fini : Si le vin fut douteux, l'ivresse était sincère. Et que le savoureux mensonge soit béni. Puisqu'il fit de la joie avec notre misère !

Le rêve était joyeux, acceptons le réveil.

Le jour fut beau, pourquoi la rancune et la plainte ?

Si nos yeux n'ont pas vu les taches du soleil,

Le soleil est sans tache et sa lumière est sainte !

Le bonheur, c'est d'y croire, et nous avons bien cru Que toute vérité soit faite de mensonges, Qu'importe ? Rendons grâce au chemin parcouru, Pour l'instant d'oasis qu'ont traversé nos songes !

Saluons le passé qui fut clément pour nous, VA ne transformons pas la prière en blasphème ; Vénérons nos dieux morts et restons à genoux : Les dieux qui ne sont plus furent les dieux quand même

dO

I4r) SEUL

RENONCFJfENT

Ah I tout est vu, tout es.t cherché : dressons des lits ! Dressons des lits, le rêve est plus grand que le monde ! A quoi bon promener notre erreur vagabonde ? L'horizon n'a plus rien de caché dans ses plis.

Tous les jours sont vécus, tous les faits accomplis : Regardons l'océan sans y jeter la sonde ; Nous savons trop, la mer n'est plus assez profonde Et nos cœurs trop savants n'ont besoin que d'oublis.

Ne vivons plus. Songeons que d'autres ont pu vivre : Et puisqu'il est trop tard pour qu'un Dieu nous délivre, Berçons jusqu'au sommeil nos désirs conquérants.

Évoquons le voyage en dormant sur la grève :

La terre est trop petite et nos vœux sont trop grands !

N'essayons plus. Dressons nO'^ lits. Dormons un rêve.

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