SAGESSE DE LA MER
Mer féconde en sagesse, ô divine éloquence Qui prêches par la voix de^ flux et des remous, El sur chaque rocher répètes dans chaque anse Le cri perpétuel que Dieu pousse vers nous !
Gloire du mouvement, si calme en ta démence, '
Tu sais et lu nous dis que tout effort est vain, Et toujours la sereine àpreté recommence Le monstrueux labeur qui n'aura pas de fln !
Sans terme, et bien longtemps avant Taube des vies, Tu labourais déjà Tinutile devoir.
Mouvant pour les mouvoir tes forces asservies A Tordre impérieux de toujours se mouvoir.
Sous l'éblouissement du ciel ou sous la brume, f
Sans but, depuis les temps et jusqu'au fond des temps, Tu soulèves le bloc des eaux blanches d'écume, Contre la lune errante et les astres latents.
Et toujours, sur l'écueil, la falaise ou la grève. Ayant la fonction de vivre infiniment, Tu vas, Léviathan servile, et vas sans trêve, Ame inerte en un corps de rage et de tourment.
Colère sans colère, inconsciente orgie
De la toule-puissance impuissante à jamais,
Tu projettes l'effort de ta masse élargie
Sans mouiller un seul brin d'ajonc sur les sommets.
Encor ! Giflant la bise, écorchantles ténèbres, Tu vas, plus haut, plus loin, et partout à la fois, Répercuter l'écho de tes clameurs funèbres, Vers le ciel fatigué qui s'endort sur ta voix.
Jusqu'oii? Pour quoi ? Par quoi ? Force ineffable et sourde, Tu ne comprends pas plus que nous pourquoi l'on vil, Mais tu vis, et s'il faut qu'une tempête sourde. Ta vie est là, terrible et rauque, qui sévit.
— 0 colosse stupidc 1 0 ma sœur ! 0 ma mère 1 Je ne permets qu'à toi d'affirmer mon néant, Mais tu peux le crier à mon àme éphémère. Car le nain que je suis comprend ton cri géant.
Parle à l'atome, 6 toi qui grondes sous l'espace ! Éternel désespoir, parle au frêle martyr ! Toi qui nous précédais, parle à celui qui passe ! Toi qui demeureras, parle, je vais partir !
Porte-voix de la mort, hurle ma destinée ! Dis-moi l'inanité du triomphe et du deuil ; Mes vœux, disperse au vent leur poussière vannée. Je faime et te bénis d'insulter mon orgueil 1
Devant ta majesté, jai compris ma misère ; .rai méprisé mon mal devant ton vaste ennui ; Et près de ton néant sublime et nécessaire, J"ai pu loucher le mien sans m'éplorer sur lui !