LA STATUE
En ce temps-là, Jésus descendit aux Enfers, Et comme il remontait vers le jour, à travers La sourde profondeur des ombres souterraines. Il vit, dans le mystère où fermentent les graines, S'abritant du soleil et de Thomme, un objet Livide, et que la nuit sépulcrale rongeait. Emprisonné parmi les racines d'un arbre.
Or, cette chose était une femme de marbre. Nue, étoilant ses doigts sur son buste penché. Si noble que sa chair écartait le péclié. Et qui faisait prier à force d'être belle.
Lorsque le Rédempteur se trouva devant elle,
La femme se dressa toute grande, et parla,
Lente, triste, et tandis qu'elle parlait, voilà
Que ses membres rompus tombaient dans les ténèbres ;
Mais toujours, du monceau de ces blancheurs funèbres,
L'inexorable voix du marbre s'exhalait :
L ESPOIR DU MONDE
— « Dieu des bourreaux, pasteur de la nuit et du laid,
Roi des jours sans beauté chez les peuples sans gloire,
Prince des temps qui n'ont ni rêve ni mémoire
Et qui, sans avenir, massacrent le passé,
Qui brisent en un soir tout ce qu'avaient dressé.
En vingt siècles, l'effort de l'homme el son génie,
0 Christ, regarde-moi, qui fus ta sœur bénie,
Et vois ce que tes fils ont fait de ma splendeur!
« Je suis Vénus. Ma grâce était une candeur;
Le marbre de mes flancs restait chaste et sans blâme;
Un homme l'avait fait du meilleur de son àme.
Homme-dieu, comme un Christ, apôtre do sa foi,
Et c'est de l'Idéal qu'il façonnait en moi!
J'étais fleur : j'honorais la lumière sacrée ;
J "apportais, au pays terrestre, l'Empyrée,
Et Ton concevait Dieu rien qu'en me regardant !
Car le sublime, ô Christ, n'est jamais impudent;
Jamais le beau, qui porte un sacre, n'est coupable!
L'Art est divin. La forme est du Verbe palpable,
Et la Beauté du corps est sœur de la Vertu !
« Jésus! Mon marbre pur, tes gens l'ont abattu.
Ils m'ont jeté la fange et la pierre des routes;
Mes nymphes aux bras fins sont en poussière, toutes.
Et ce meurtre du rythme, on l'a commis pour toi !
Dieu de bonté dont Ihomme a fait un dieu d'effroi,
Dieu qui voulais fonder et pour lequel on brise,
Prends garde à toi ! Ceux-là qui ne m'ont pas comprise.
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Rêveur, ne rêve pas qu'ils te comprendront mieux ! Tu parles à leurs cœurs ; je parlais à leurs yeux; Ta parole et mon corps sont trop fiers pour ces hommes Ils abhorrent en nous l'Idéal que nous sommes, ! Et ceux qui m'ont détruite, ô Christ, t'aboliront ! »
Elle dit, et Jésus pensif baissait le front.
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