‹ Choix de poésiesChapitre 39 sur 81 · PROLOGUE DANS LE CIEL · texte numérisé non relu

PROLOGUE DANS LE CIEL

Lè Seigneur, les Bandes Célestes PUIS Méphistophélès.

Les trois archanges s'avancent

Raphaël

Le soleil répand sa lumière

En chantant le Dieu qu'il chérit

Rapide comme le tonnerre.

Sa vaste cour s'arrondit

O Dieu ! tes regards adorables

Soutiennent tout de leur amour ;

Et tes œuvres inépuisables

Sont belles comme au premier jour.

Gabriel

Dans son cours incompréhensible, La terre, roulant alentour.

Voit le jour fuir la nuit paisible, Et la nuit fuir l'éclat du jour ; Contre des rocs, les mers profondes Elèvent leurs flots irrités...

Mais, sous l'éternel cours des mondes. Mers et rochers sont emportés.

Michel

Souvent s'élance la tempête, Des flots aux rocs, des rocs aux flots ; Alors, la terre, sa conquête.

S'entoure d'un vaste chaos.

La foudre, qui brûle les villes.

Fuit en grondant du ciel obscur ..

Mais, ici, tes élus tranquilles.

Seigneur, adorent ton jour pur.

Tous LES Trois

O Dieu ! tes regards adorables Soutiennent tout de leur amour ; Et tes œuvres inexplicables Sont belles comme au premier jour.

Méphistophélès

Seigneur, puisque tu me demandes Comment tout se passe chez nous.

Et que tu me vois sans courroux Pénétrer quelquefois dans les célestes bandes. Je viens t'entretenir, et parler de mon mieux. Pourtant, ne me fais pas un crime

De ce. que mon langage est un peu moins sublime

Que celui de tous ces messieurs -.

Dire tous ces grands mots, autant vaut ne rien dire ;

Quand ma voix les prononcerait,

Je serais sûr de bien te faire rire,

Si pourtant ta grandeur ici me le permet.

Sur les mondes roulants, le soleil et la terre.

Ainsi je ne te dirai rien ; Mais tu sauras, que dans cette dernière. Les hommes se tourmentent bien. Le petit dieu du monde est toujours aussi drôle Qu'au jour de la création, Tant bien que mal, jouant son rôle ; Mais, du flambeau divin, qu'il appelle raison, Xe faisant bien souvent usage.

Que pour ajouter à ses maux.

Et pour abaisser ton image Au rang des plus vils animaux.

Pour moi, je comparerais l'homme (Sauf le respect que je te dois) Aux insectes pattus, que cigales il nomme ; De prés en prés, de bois en bois. Dansant toujours la même danse.

Et chantant la même romance :

Ah ! qu'il ressemble bien à ces animaux-là ! Hors de chez soi, sans cesse il faut qu'il coure...

Et s'il ne faisait que cela !...

Mais non, pas un fumier où son nez ne se fourre.

Le Seigneur

N'en as-tu pas à dire plus ?

Ne viendras-tu jamais ici que pour médire. Et sur la terre, enfin, n'est-il que des abus ?

Méphi stophélè s

Oui, seigneur Dieu; là- bas, tout va de mal en pire. Et tes créatures, ma foi.

Sont aujourd'hui si misérables,

40 GÉBARD DE NEBVAL

Que c'est bien conscience à moi De tourmenter de pauvres diables.

Connaiâ-tu Faust ?

Le Seigneur

Méphistophélès

Docteur ?

Le Seionbitb

Mon serviteur.

^^ MépmsTOPHÉiiis

n vous sert en effet d'une étrange façon ; Rien ne se sent chez lui des choses de la terre.

Ni ses actes, ni ses discours ;

Et son esprit plane toujours

Dans un espace imaginaire.

II prétend de la terre avoir tous les plaisirs,

Du ciel, les plus belles étoiles ; n veut de la nature arracher tous les voiles. Mais rien ne peut là-bas contenter ses désirs.

Le Seigneur

Si, troublé comme il l'est, il me reste fidèle. Je pourrai lui donner le bonheur qu'il appelle Dans l'arbrisseau qui commence à verdir. Un jardinier, prudent et sage.

Voit les fleurs, les fruits, le feuillage. Comme récompense à venir.

MÉPin STOPHÉLÈ s

Gageons que des élus encor je le retranche. Puisque vous y comptez si bien ; Mais, sur le temps et le moyen.

Il favit me donner carte blanche.

Âh bol

FAUST à^

Le Seioneub

Oui, je veux bien te le livrer Aussi longtemps qu'il aura vie, Car tout^voyageur peut errer.

Page 1