L'ÉVOCATION
L'Esprit (1)
En ces lieux quelle voix m'appelle ?
Faust
Epouvantable vue !
L'Esprit
Tu m'as évoqué puissamment Du sein de ma sphère éternelle ; Quoi donc ?
Faust
-Ah ! je ne puis supporter ta présence !
L'Esprit
Eh bien, en ce moment.
Qu'à tes vœux je puis condescendre.
Crains-tu de me voir, de m'entendre ?... Faust, que me veux-tu ?... me voici. — 0 surhumaine créature.
Réponds, pourquoi trembler ainsi ?
(1) L'esprit seul pane en vers.
Qu'as-tu fait de ce cœur de flamme, Qui créait un monde nouveau ?
Qu'as-tu fait encor de cette âme, Qui l'éclairait d'un jour si beau ? — Si cette âme sublime et fière Se flatta de nous ressembler, Homme-dieu pourquoi donc trembler Devant ton égal et ton frère, — Ou me trompé-je ?... Réponds-moi : Est-ce là la voix qui lii'appelle ?... L'âme qui m'attire vers elle ?...
Célèbre Faust, est-ce bien toi ? Hélas ! un souffle de magie Te rejette dans le néant ; Et ce que je crus un génie N'est qu'un vers timide et rampant !
Faust
Dois-je te céder, vision de flamme ? Je suis Faust, je le suis je suis ton égal !
L'Esprit
Dans les vagues de l'existence.
Mon orageuse activité Vient ou fuit, vers les cieux s'élance, Ou replonge avec volupté.
Naissance, mort, voilà ma sphère ; Je suis l'éternel mouvement.
Je suis cette trame légère.
Et qui varie à tout moment.
Divin manteau, voilant sans cesse La majesté de notre roi...
L'esprit que conçoit ta faiblesse... Mais tu n'es point égal à moi !
' Il disparait.
44 GÉBAKD DE NERVAL
Faust porte la coupe à sa houche. ; son des cloches et chant des chœurs.
Chœtjb des Anges
Christ vient de ressusciter ; Joie à la race mortelle !
H veut en elle effacer La tache originelle.
ChŒTTB DBS FEMMES
Oins d'une huile sainte.
Ses membres chéris,
Dans la funèbre enceinte.
Furent ensevelis :
LÀ, des vierges fidèles Les^ont ceints d'un hnceul béni ; Mais, ô Dieu ! quels tourments pour elles !... Le Christ, hélas ! le Christ n'est plus ici !
Chœur des Anges
Christ est ressuscité.
Gloire à l'âme fidèle, A l'âme dont le zèle Répond avec humiUté A l'injure la plus cruelle !
Chœttb des disciples
Quittant du tombeau
Le séjoiu- funeste.
Au parvis céleste
Il monte plus haut :
Vers les gloires éternelles ;
Tandis qu'il s'élance à grands pas.
Ses disciples fidèles
Languissent ici-bas :
Hélas ! c'est ici qu'il nous laisse
Sous les traits brûlants du malheur :
0 divin maître, ton bonheiu- Est cause de notre tristesse.
Chœur dbs ânqes
Christ vient de ressusciter ; 0 vous que sa voix appelle, Des disciples troupe fidèle, C'est vers lui qu'il faut monter : Vous, que sa parole touche, Vous, qu'inspire son renom.
Vous, prophètes, dont la bouche.
Le célèbre nuit et jour...
Montez, troupe fidèle.
Au céleste séjour
Où sa voix vous appelle !