‹ Choix de poésiesChapitre 56 sur 81 · DERNIÈRE SCENE · texte numérisé non relu

DERNIÈRE SCENE

Faust, Marguerite, Méphistophélès

(Marguerite est endormie dans sa prison ; Faust entre guidé par Méphistophélès, qui reste à la porte pour Vattendre).

Faust

Dans ce séjour d'effroi souffre celle que j'aime, Et c'est moi qui sur elle attirai l'anathème.

bb GERARD DK NKRVAL

Tout son crime pourtant fut une douce erreur : Je tremble d'approcher... Un sentiment d'horreur... Oh ! ne balançons plus ; hâtons sa délivrance ! Chaque instant de retard ajoute à sa souffrance. Marguerite !

Mabouebite, a'émillant.

On m'appelle... Il faut déjà mourir... Déjà !

Faust

Rassure-toi : je viens te secourir.

Marguerite, ne le reconnaissant pas et dans le délire.

Prends pitié de mon sort si ton cœur est sensible.

Hélas ! je suis si jeune, et la mort est terrible :

J'ai passé d'heureux jours... ils sont loin maintenant ;

J'ai vu tout mon bonheur fuir avec mon amant...

Car j'étais belle aussi, c'est ce qui m'a perdue ;

Ma guirlande de fleurs s'est flétrie et rompue ;

Je vois que tout cela n'est que songe, qu'erreur...

{Faust veut détacher ses chaînes.

Mais pourquoi me saisir avec cette fm-eur ?

Que t'ai-je fait ? Pourquoi vouloir agir en maître ?

Je ne te connais point... ni ne veux te connaître.

Faust

Doucement ! Tes gardiens vont s'éveiller au bruit.

Marguerite

Eh bien, laisse-moi seule... A peine il est minuit ; Je voudrais reposer au moins jusqu'à l'aurore, Demain, pour mon supplice, il sera temps encore.

Faust, ô part.

Ciel, comment l'arracher à cet égarement ?

(Haut)

Je viens briser tes fers ; c'est moi, c'est ton amant, Je te supplie...

(Il se jette à ses pieds.)

Marguerite, s" agenouillant aussi.

Oh ! oui, prions les saints ensemble ; Que, pour nous protéger, notre voix les rassemble ; Qu'ils chassent les démons par des signes sacrés !... Car, près de cette porte, au bas de ces degrés, Je les vois !... Entends-tu de l'infernal empire Et les cris de souffrance et l'efEi'oyable rire ? Il nous attend, il s'ouvxe... Ah ! la terre a frémi !...

Faubt, à haute voix.

IMarguerite !

Marguerite, attentive.

C'était la voix de mon ami !

A son accent si doux, ah ! je l'ai reconnue ; Elle s'est fait entendre à mon âme éperdue ; Au milieu de ces cris qui me glacent d'effroi... n ne peut-être loin !

Faust

Marguerite, c'est moi !

Marguerite, avec joie.

C'est toi... Mais je m'abuse...

(Elle le touche.)

Oh non ! j'en suis certaine :

C'est toi ! plus de prison ! plus de maux ! plus de chaîne ! Tu viens me délivrer ? Eh bien, je suis tes pas. Mais je suis faible encor..., soutiens-moi de ton bras.

68 GÉBABD DE NERVAL

Ah ! aou3 sommes sauvés ! A la fin je respire ;

A notre liberté tout me semble sourire...

Dieu ! que de souvenirs dans ces champs, dans ces bois !

Tiens, ici je te vis pour la première fois.

Là, mes aveux naïfs ont payé ta tendresse ;

Là, tu reçus hier ma première caresse...

Faust

Viens, échappe à la mort, quitte ces lieux !

Marguerite

Pourquoi, Mon ami, j'aime tant à rester avec toi !

{Elle veut i,' embrasser.)

Faust

Au nom de cet amour, hâte-toi ae me suivre. Ou ton refus tous deux au supplice nous livre. Hâte-toi !

Maroubrite

Dieu ! ta main semble me repousser ; Ta bouche comme hier, ne sait plus m'embrasser : Dis-moi quel changement, quelles peines secrètes Rendent tes baisers froids et tes lèvres muettes. Que vois-je ? Tu voudrais t' arracher de mes bras... Qui m'a ravi ton cœur ?... Tu ne me réponds pas ?

Faust

Peux-tu douter de moi ? Tu m'es toujours plus chère ; Mais viens, fais quelques pas, c'est ma seule prière.

Marguerite

Tu détaches mes fers, tu t'approches de moi, O Faust ! à mon aspect ne sens-tu pas d'effroi ? Sais-tu ce que je sens ?

Faust

Viens, la nuit est moins sombre.

Mabouebite

Vois le long de ces murs se dessiner une ombre. C'est celle de ma mère : ah ! mon bras criminel Fit prendre à sa faiblesse un breuvage mortel !

{Elle passe sa main sur ses yeux.)

Chassons ce souvenir de mon âme flétrie. Mon ami, donne-moi ta main, ta main chérie,

Contre mon cœur ! Que vois- je ? Elle est humide, ô Dieu...

Ah ! je sais : c'est du sang... un sang bien précieux...

Mabouekttb

Non, tu dois virre encore.

Laisse-là le passé, le passé que j'abhore ;

Tu me ferais mourir.

J'attende de ton amour un service nouveau- Car, sans toi, qui voudrait m'élever un tombeau ? Deux autres sont encor confiés à ton zèle : Dans le premier ma mère, et mon frère auprès d'elle ; Moi, quelques pas plus loin, personne auprès de moi... Ah ! j'espérais un jour reposer avec toi. Mais c'eût été trop doux ; je n'y dois plus prétendre.

Faust

Tu m'aimes ! à mes vœux pourquoi ne pas te rendre ? Viens.

Mabouerite

Dehors ?

Faust

A la vie.

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Marguerite

Oh non ! c'est au trépas ; La justice divine y veille sur mes pas. Et même en ce moment... Quel bruit !... je crois entendre. Sui la place déjà la foule vient m'attendre ; La cloche de la mort a trois fois résonné, Poiu: mon triste départ le signal est donné. On mp bande les yeux... et pour faveur dernière. Au pied de l'échafaud j'achève ma prière. Wy voici : c'en est fait !... la hache..., le bourreau !... Ah ! le monde est déjà muet comme un tombeau !

Faust

Ciel ! pourquoi suis-je né ?

MÉPHiSTOPHÉLÈs, entr'ouvrant la forte.

Voici déjà l'aurore ; Cessez de vains retards qui vous perdraient encore.

Marguerite, le voyant.

Que vois-je ? Loin d'ici ! c'est l'ennemi de Dieu ! C'est moi qu'il veut ravir... Chassez-le du saint îiôu ! Quand il pa-le, ô terreur ! ses lèvres conviilsées Vomissent tout l'enfer.

Faust, voulant V entraîner.

Viens, il faut que tii vives.

Marguerite, résistant.

Non!

Faust, la saisissant.

H faut surmonter un puéril effroi.

JIarguerite 0 justice de Dieu ! je m'abandonne à toi.

Méphistûphélès, à Fuitat.

t Viens ! viens ! ou je te livre à la mort avec elle !

Marguerite

Mon Dieu ! je t'appartiens ; anges, troupe immortelle. Sauvez-moi de l'enfer, combattez la fureur !

La cloche funèbre sonne ; des soldats entrent et Ventraînent au supplice.

Faust ! je subis mon sort; le tien... me fait ho»reur !

ÉLÉQIE5 NATIONALES

ET

5ATIRE5 POLITIQUES

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