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SCENE PREinERE

M.DEarsooTJRT,SDxFRèaE Cadet, LbSous-Chîf, CtrisiîfiERS, Marmitons, FouBNtssKtrRS, etc.

Le Sous-Chef

Puisque l'astre éclatant qui nous donne le jour D'un repas solennel annonce le retour.

Chef, nous venons en toi présenter notre hommage Au ministre puissant dont ta gloire est l'image.

M. Deutscourt

Cuisiniers, fournisseurs, je suis content de vous ;

Nos affaires vont bien, en dépit des jaloux ;

Et d'excellents dîners, remèdes efficaces,

De nos derniers échecs ont effacé les traces.

Quelques mauvais esprits ont en vain prétendu

Que nous dévorons tout, que l'Etat est perdu.

Que notre pot-au-feu cuit aux dépens des autres,

Et bientôt cuira seul ; que, hors nous, et les nôtres

Tous les français rentiers, perdant leurs capitaux.

Iront, vides de sang, garnir les hôpitaux :

Quelle horreur ! Cependant qu'ont les Français à craindre ?

De mauvais procédés ils n'ont point à se plaindre ;

De tous leurs envoyés nous nous sommes chargés ;

Ne sont-ils pas nouris et quelquefois logés ?

Et n'avons-nous pas même, en mainte circonstance,

Offert de les blanchir, s'ils n'étaient blancs d'avance ?

Qui, comme nous encore, avec un tel succès,

A su faire fleurir le commerce français ?

Ces vins que la province à nos celliers envoie.

Ces produits de Strasbourg, de Bayonne et de Troie,

De toute autre cuisine orgueilleux ornements.

Ne sont de nos valets que les vils aliments.

Des mets plus délicats à nos palais conviennent ;

Du Périgord jaloux les fruits nous appartiennent.

Ces fruits, que le gourmet sait priser aujourd'hui.

L'étranger voudrait bien les emporter chez lui ;

]\Iais il ne l'aura point, cette plante chérie.

Ce précieux produit du sol de la patrie !

Français, gardons nos droits, frustrons-en nos voisins,

C'est assez qu'on leur donne et nos blés et nos vins ;

Xon, ces mets délicats que nous offre la terre

N'iront point engraisser les porcs de l'Angleterre ;

Les nôtres désormais en auront le régal.

I MONSIEUR DEUTSCOUKT 81

(î Montrons que nous avons l'esprit national ! . 3es bienfaits éclatants qu'à peine on appiécie, I ^bntre notre puissance ont excité l'envie.

De nos bruyants amis l'héroïque valeiu-, èiDevant tant d'enncniis, sent glacer son ardeur. ^'Monseigneur, au lever, m'a fait, avec prudence, 1 Dans son appartement admettre en sa piésence ; ' Kt, maîtrisant à ])eine un trop juste courroux ; ^ . Il est temps, m'a-t-il dit, de frapper les grands coups. ^De plus puissants efforts sont enfin nécessaires ; ■ Assemble, ce matin, mes bureaux culinaires ;

Je veux, désappointant mes nombreux ennemis, (iD'un splendide repas réveiller mes amis. iTu sais, ainsi que moi, que ces messieurs du centre

I Sont des gens de tout c<cur, mais ont le cœur au ventre ; tjTrop longtemps, par un mets à grands frais acheté.

Nous avons cru flatter leur sensualité ;

Leur palais est usé ; leur goût blasé sommeille ;

II nous faut inventer un mets qui les réveille. Il m'est venu, Deutscourt, un singulier projet ; Je ne redoute point d'en gonfler mon budget ; Je m'appauvrirais peu par de telles vétilles !

Les mets qu'il faut offrir, c'est... — Eh. quoi ? Des lentilJe.--.

— Des lentilles, grand Dieu, repris-je tout surpris.

— Oui, Deutscourt. Tous diront que le mets est exquis. Mais les montrer à nu serait une imprudence ;

D faut adroitement en sauver l'apiDarence.

— Je comprends, monseigneur, ai-je alors répondu. Je vais me signaler, et tout n'est pas perdu ;

On verra si mon art brave les destinées.

Ou si, dans les fourneaux, j'ai perdu trois années».

Cuisinici's, fournisseurs, l'honneur en est à nous ;

Votre zile m'annonce im triomphe bien doux.

Trop longtemps dans nos murs a régné l'anarclùs.

Ces temps là reviendraient ; sauvons la monarchie 1

Et que notre bourgeois, grandi par nos succès.

Soit le restaurateur du royaume français.

De nos amis, qu'arrête une ind'gne é^uvante,

Gorgeons la conscience' affamée et béante ;

82 GÉr.ARD DE NERVAL

Et, comme au triple chien qui garde les damnés, Jetons-lui les gâteaux au sommeil destinés !

Toiis sortent, hors M. Deu'scourt et son frèr

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