‹ Choix de poésiesChapitre 62 sur 81 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

M. Deutscourt, son Fkère Cadet

M. Deutscourt

Mon triomphe s'apprête, et ma gJoire s'achève. On verra si nos pJans ne sont point un vain rêve. Le projet, cependant, était audacieux, Le sort en a trahi de moins ambitieux ; La roche Tarpéiemie...

Le Cadet

Est près du Capitole 1

M. Deutscourt

Mais, si l'on tombe anasi, c'est du ciel L..

Le Cadet

Ça console !

M. Deutscourt

Ah bah ! ne craignons rieii ; nous sommes dans le poit.

{Il rêve un moment.)

Ecoute, mon cadet ; je veux te faire un sort ; Car, quoique parvenu, je suis encor bon frère : Je te reçois ici comme surnuméraire.

Le Cadet Où cela conduit-il ?

90 GÉHAKD DK NERVAL

M. Deutscoubt

A de bons résultats :

C'est comme qui dirait ca(kt dans les soldats.

Le Cadet

Il n'en existe plus.

JL Deutscourt

Nous en verrons encore.

Les aînés n'étaient plus : monseigneur les restaure. Ah ! messieurs les cadets, tremblez i vous n'aurez rien... Mais plutôt soyez gais, car c'est pour votre bien. Le monde a, voyez- vous, un attrait bien perfide ; Mais la religion vous prend sous son égide. Vous avez faim ? L'Eglise engraisse ses enfants. Vous n'avez point d'asile ? Allez dans les couvents ; C'est là que vous pourrez mener vie agréable. Prier le ciel pour nous qui nous donnons au diable...

Le Cadet

Comment ! mon frère aîné ?... Voici bien du nouveau.

M. Deutsoourt

Oui ; pourquoi t'étonner d'un projet aussi beau ? n prendra : tu verras si ma nouvelle est fausse ; Monseigneur l'a fait cuire, et j'en ai fait la sauce. Le dîner qu'aux ventrus nous offrons aujourd'hui A notre noble cause assure leur appui.

Ah ! nous avons compris les besoins de l'époque !

Le Cadet

On rira ; c'est absurde !

M. Deutscourt

Ah ! parbleu, qu'on s'en moqus...

MONSIEUR DEUTSCOURT 91

Que nous importe, à nous ? Les rieurs pleureront, ("oiunie a dit Mazarin .' Ils chantent, ils paîront !

Le Cadet

Oui, mais nos pairs sont là ; cette assemblée augusti;

Refusera ses voix à ce projet injuste ;

Fît les nobles fauteurs, et leurs subordonnés.

Resteront à la porte avec un pied de nez.

Va, tôt ou tard le temps confondra l'artifice ;

Nous vivons sous un prince ami de la justice ;

n a déjà montré, par d'équitables lois,

Qu'il maintiendrait la Charte et maintiendrait nos droits ;

Le colosse puis.sant, qui pèse sur la France,

S'écroulera ; tous ceux qu'opprime sa puissance,

Contemplant de leur roi la juste majesté,

Se promettront la gloire et la félicité.

SCEXE V Les Mêmes, le Sous-Chef

Ciel ! qu'as tu donc, sous-chef ? Quel trouble !

Le Sous-Chef

0 destinée !

0 trop malencontreuse et fatale journée !

M. Deutscourt

Assieds-toi, conte-nous...

Le Sous-Chef, d'un ton tragique.

Infandum !... Sed..., quanquam...

Meminisse horret..., lucta... incipiam ! La soupe n'était plus, et les bouches bourrées Avaient, sans dire un mot, envalii les entrées. Tout à coup, monseigneur .se lève avec éolat.

Et, d'un bras intréi>ide... il découvre le plat ! On sert. — Qu'est-ce ? — On l'ignore, et chacun, d'un r ir

louche.

Porte, en la flairant bien, la cuiller à sa bouche. « Des lentilles I » Grand Dieu ! tout le monde, à ce mot. Frémit. « Nous offre-t-on la fortune du pot ? Se sont-ils écriés. Quelle horrible imposture ! Nous ont-ils invités pour nous faire une injure ? 4 Monseigneur est confus ; ses illustres amis Regardant l'assemblée avec des yeux sm-pris ; L'im oppose à ce bruit, que chaque instant redouble, Un air indifférent qu'a démenti son trouble; Un marin, l'œil fixé sur les deux précédents, Reste la bouche ouverte et la cuiller aux dents ; Pendant qu'un autre encor, sentant la conséquence. S'appuyait siur son Tttrc, et fumait d'importance. Enfin, c'est un tumidte .'... On se lève en jurant. . Presque tous sont partis... Monsieur V indifférent Fait pour les retenir un effort inutile ; Et lui-même, en pleiu-ant, suit la foule indocile. L'après-dinée en vain promettait à la fois Lecture édifiante et le prince iroquois ; Tout s'enfuit... Resté seul, monseigneur est perplexe Bt veut...

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