‹ Choix de poésiesChapitre 65 sur 81 · NAPOLEON · texte numérisé non relu

NAPOLEON

Un roc était assis au milieu des orages.

Et les aigles de mer dans ses antres sauvages

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Allaient seuls déposer leur nid et leur amour, Tandis que les pétrels, fatigués des tempêtes. Couronnaient de ses pics les grisâtres arêtes Au soleil maudit d'un beau jour.

Parfois on entendait les échos du roc sombre Répondre au canon lent d'un navire qui sombre, Et puis les flots roiJants de l'abîme béant Reprenaient leur murmure, et, creusant le rivage, Caressaient sans relâche une tombe sauvage Où gisaient les os d'un géant.

Son ombre se plaisait au choc de la tourmente ; Il préférait au| briut d'une eau douce et dormante Le caprice des mers et leur chant éte/nel. Il voyait, sans songer à la foule alarmée. Dans chaque haute vague, un général d'armée; Dans chaque flot, un colonel.

Car il n'avait point pris au lait d'une mamelle Le tendre amour du cœur ou la douceur, femelle. Mais il avait sucé la moelle du lion ; Et son cœur ceint d'acier, aussi bien que sa taille, Moissonnait plus d'humains en un champ de bataille Que n'en sema Deucalion.

>5é pauvre, noble et tier comme un seigneiu* d'Espagne, II eûit vendu sa sœur pour entrer en campagne, Et marché siu* sa mère au feu de l'ennemi. Des noms d'usupateiu* et de tyran farouche. Jamais de tous ces noms dont s'indigne la bouche Son oreille n'avait frémi.

Ses yeux lançaient du feu comme fait un cratère. Pom: son ambition, c'était peu de la terre. Et l'empereur avait voulu se faire dieu; Et les rois, attelés ainsi que des génisses, Devaient traîner son char aux sanglants sacrificea Avec du sang jusqu'au moyeu.

Les peuples, fatigués de l'idole sanglante, Ckjurbaient pourtant leur front et leur tête tremblante Et tendaient en martyrs leur gorge au coup fatal. D'autres en vain brûlaient leurs enfants et leurs femmes, Comme si le phénix pouvait craindre les flammes Ou le démon son air natal.

Mais ses guerriers, un jour, ayant trop bu de gloire, Comme un mets sans saveur boudèrent la victoire; Et faillirent devant leur ennemi mortel. Puis, redoutant encor ses dents et sa morsure. Livrèrent muselé le faux dieu sans blessure. Après avoir brisé l'autel.

Et toi qui l'as livré, toi qui l'as fait descendro. Pour le canoniser, tu vas chercher sa cendre, O peuple de Français ! peuple caméléon. Tu demandes aux vents de taire leur haleine. Pour aller arracher au roc de Sainte- Hélène Les restes de Napoléon !

Encore si c'était, en un jour de victoire, Un remords dans ton cœur remué par la gloire. Mais vouloir marier Bonaparte à la Paix ! Pour reprendre ses os au delà de la ligne Armer tranquillement un beau vaisseau de ligne Et les quêter à des Anglais !

Encore si c'était son fils ou bien son frère, Qui, redevenu roi dans un jour de colère. De l'exil d'un héros vînt demander raison ; Mais sur son cénotaphe évoquer Ja pensée Quand son neveu, sorti d'une émeute insensée. Le verra passer en prison !

Pourtant il va venir et de l'Eglise antique A deux larges battants s'ouvrira le portique

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Aux applaudissements d'un peuple de vingt ans, Tandis que ses soldats, vieux restes des mitrailles, Essaîront d'échauffer encore leurs entrailles Au son qui flétrit leur printemps !

Payez donc des bouffons pour pleurer sur sa tombe, Pour qu'on y vienne en deuil et qu'une larme y tombe, n en a trop coulé sur ses pas triomphants. Faites \m mausolée et placez-y son urne ; Dea mères sont encore à qui ce fier Saturne Venait dévorer leurs enfants ]

Puis les badauds iront le voir aux Invalides, Mais sans pensée au cœxir, avec des airs stupides. Comme ils vont, le dimanche, à la barrière, au bal ; Et les provinciaux de la place Vendôme Iront voir le grand homme enterré sous le dôme. Puis dîner au Palais-Royal.

Et, s'il prend fantaisie à quelque homme célèbre. Habillant Bonaparte en oraison funèbre.

De le vêtir encor de quelque habit nouveau. De célébrer en lui, que sais-je ?... la clémence. On entendra partout la voix d'un peuple immense Qui viendja lui crier : « Bravo ! »

Pauvre peuple ! aboyeur contre la tjrrannie. Ces beaux flatteurs de rois t'ont fait cette avanie De te faire encenser d'un tyran sans remords. Parmi ses généraux ils t'ont montré tes frères ; Qu'ils comptent la sueur, l'or, le sang et les guerres, Et les noms dé ceux qui sont moits !

Le monde est ainsi fait : qu'une tour féodale. De ses barons hautains expiant le scandale En un jour de justice ait eu son châtiment : Le poète viendra visiter sa ruine ; Et sur les deux beaux yeux d'une simple héroïne. Fera quelque conte charmant.

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Et tous ces grands meneurs qui poussent à l'émeute, D'un peuple dans la rue iront pousser la .meute. Et l'électriseront au bruit de ton grand nom ! Tandis que tes vieux os frémiront de colère De ne pouvoir répondre au désir populaire Avec du sabre et du canon !

Dans ton cercueil, en vain, tu frémiras de rage, Car ton destin était de vivre dans l'orage ; V^ivant, des flots de sang ruisselaient à tes pieds ! Dans ton cercueil anglais, tu flairais les tempêter ; Maintenant par le peuple, aux flots à mille têtes, Tes crimes seront expiés.

Car avec un coup d'œil on dirige une armée ; Si, contre un bon vaisseau la tempête est formée. Le hardi matelot des vagues se défend ; Mais rien, quand pour penser il quitte sa charrue. Et qu'altéré de poudre il descend dans la rue, N'arrête un peuple triomphant.

L'flCflDEniE

ou LES MEMBRES INTROUVABLES

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