SCENE III
M. RcQEB. Le Pauvre dxj Poxt des Arts
Le Pauvre
Bon monsieur^charitable...
M. Roger
On n'a rien à vous faire.
Ah ! cependant, bonhomme, écoutez donc.
Le Pauvre
M. Roger
Voudriez- vous pas être académicien ?
Le Pauvre
Oui, si la place est bonne.
Eh bien ?
l'acaj)kui£ 107
M. Roger Ali ! très buiiae.
Le PArvRE
Et les iiacres ?
M. Roger
Quinze cents francs.
Le Pauvre
C'est peu.
M. Roger
Puis da'itres avantages.
Le Pauvre
On est entretenu, logé, nourri V
M. Roger
Mais, non :
Vous avez cependant certains tours de bâton, Un jeton jiar séance, et puis...
Le Pauvre
Maigre salaire ; -Mais c'est encore assez, si Ion n'a rien à faire.
M. Roger
Ah ! mon Dieu, presque rien : donner la chasse aux gens Qui pour titre au fauteuil n'ont rien que des talens ; Flatter les grands seigneurs, faire honneur à leur tible. Les égayer, leur plaire et leur paraître aimable ; Des jésuites \ainqueurs soutenir les tréteaux, Les prôner à toute heure, et baiser leurs ergots . Des idoles du jour imiter les grimaces... Moyennant quoi, l'on a des dîners et des places : Ainsi de suite.
108 gérard de nerval
Le Pauvre Et puis est-ce tout ?
A peu près.
Sauf quelque chose encor que vous saurez après.
Le Pauvre
Ecoutez donc, monsieur, je suis un pauvre diable, Et la place pour moi serait certes sortable : Mais je ne voudrais pas, je vous en fais l'aveu, Accepter votre argent, sans remplir votre vœu : Ce vœu ne me plaît point ; car j'ai de la décence ; Dans mon petit état j'aime l'indépendance. Ainsi, portez ailleurs de pareils arguments... Je suis pauvre, il est vrai, mais j'ai des sentiments.