COMPLAINTE
DE CETTE BONNE LUNE Orj entend les Etoiles :
Dans l'giron
Du Patron, On y danse, on y danse,
Dans l'giron
Du Patron, On y danse tout en rond.
— Là, voyons, mam'zell' la Lune, Ne gardons pas ainsi rancune ; Entrez en danse, et vous aurez Un collier de soleils dorés.
— Mon Dieu, c'est à vous bien honnête, Pour une pauvre Cendrillon ;
Mais, me suffit le médaillon Que m'a donné ma sœur planète.
— Fi ! votre Terre est un suppôt De la Pensée ! Entrez en fête ; Pour sûr, vous tournerez la tête Aux astres les plus comme il faut.
— Merci, merci, je n'ai que ma mie, Juste que je l'entends gémir !
— Vous vous trompez, c'est le soupir Des universelles chimies !
— Mauvaises langues, taisez-vous !
Je dois veiller. Tas de traînées, Allez courir vos guilledous !
— Va donc, rosière enfarinée ! Hé ! Notre-Dame des gens saouls, Des filous et des loups-garous !
Metteuse en rut des vieux matous !
Coucou !
Exeunt les étoiles. Silence et Lune. On entend
Sous l'plafond
Sans fond.
On y danse, on y danse,
Sous l'plafond
Sans fond.
On y danse tout en rond.
COMPLAINTE DES PIANOS qu'on entend dans les quartiers aisés
Menez l'âme que les Lettres ont bien nourrie, Les pianos, les pianos, dans les quartiers aisés ! Premiers soirs, sans pardessus, chaste flânerie, Aux complaintes des nerfs incompris ou brisés.
Ces enfants, à quoi rêvent-elles, Dans les ennuis des ritournelles ?
— « Préaux des soirs.
Christs des dortoirs !
« Tu t'en vas et tu nous laisses, Tu nous laiss's et tu t'en vas, Défaire et refaire ses tresses.
Broder d'éternels canevas. »
Jolie ou vague .-' triste ou sage ? encore pure ?
O jours, tout m'est égal .'' ou, monde, moi je veux .''
Et si vierge, du moins, de la bonne blessure,
Sachant quels gras couchants ont les plus blancs aveux ?
Mon Dieu, à quoi donc rêvent-elles 7 A des Roland, à des dentelles ?
— « Cœurs en prison, Lentes saisons !
« Tu t'en vas et tu nous quittes, Tu nous quitt's et tu t'en vas !
Couvents gris, chœurs de Sulamites, Sur nos seins nuls croisons nos bras. »
Fatales clés de l'être un beau jour apparues ;
Psitt ! aux hérédités en ponctuels ferments,
Dans le bal incessant de nos étranges rues ;
Ah ! pensionnats, théâtres, journaux, romans !
Allez, stériles ritournelles, La vie est vraie et criminelle.
— « Rideaux tirés, Peut-on entrer ?
« Tu t'en vas et tu nous laisses.
Tu nous laiss's et tu t'en vas, La source des frais rosiers baisse.
Vraiment ! Et lui qui ne vient pas ...»
Il viendra ! Vous serez les pauvres cœurs en faute. Fiancés au remords comme aux essais sans fond. Et les suffisants cœurs cossus, n'ayant d'autre hôte Qu'un train-train pavoisé d'estime et de chiffons
Mourir ? peut-être brodent-elles, Pour un oncle à dot, des bretelles .''
— « Jamais ! Jamais !
Si tu savais !
« Tu t'en vas et tu nous quittes, Tu nous quitt's et tu t'en vas !
Mais tu nous reviendras bien vite Guérir mon beau mal, n'est-ce pas ? »
Et c'est vrai ! L'idéal les fait divaguer toutes. Vigne bohème, même en ces quartiers aisés. La vie est là ; le pur flacon des vives gouttes Sera, comme il convient, d'eau propre baptisé.
Aussi, bientôt, se joueront-elles De plus exactes ritournelles.
« — Seul oreiller !
Mur familier !
« Tu t'en vas et tu nous laisses.
Tu nous laiss's et tu t'en vas.
Que ne suis-je morte à la messe !
O mois, ô linges, ô repas !
Rue Madame.