‹ Choix de poésiesChapitre 43 sur 55 · FIGUREZ-VOUS UN PEU · texte numérisé non relu

FIGUREZ-VOUS UN PEU

Oh ! qu'une, d'Elle-même, un beau soir, sût venir. Ne voyant que boire à Mes Lèvres ! ou mourir . . .

Je m'enlève rien que d'y penser ! Quel baptême

De gloire intrinsèque, attirant un « Je vous aime » !

(L'attirer à travers la société, de loin.

Comme J'aimant la foudre ; un", deux ! ni plus, ni moins.

Je t'aime ! comprend-on ? Pour moi tu n'es pas comme Les autres ; jusqu'ici c'étaient des messieurs, l'Homme . . .

Ta bouche me fait baisser les yeux ! et ton port

Me transporte ! (et je m'en découvre des trésors . . . )

Et c'est ma destinée incurable et dernière D'épier un battement à vioi de tes paupières !

Oh ! je ne songe pas au reste ! J'attendrai, Dans la simplicité de ma vie faite exprès . . .

Te dirai-je au moins que depuis des nuits je pleure.

Et que mes parents ont bien peur que je n'en meure ? . . .

Je pleure dans des coins ; je n'ai plus goût à rien ; Oh ! j'ai tant pleuré, dimanche, en mon paroissien !

Tu me demandes pourquoi Toi ? et non un autre . . . Je ne sais ; mais c'est bien Toi, et point un autre !

J'en suis sûre comme du vide de mon cœur,

Et , . . comme de votre air mortellement moqueur . . .

— Ainsi, elle viendrait, évadée, demi morte, Se rouler sur le paillasson qu'est à ma porte !

Ainsi, elle viendrait à Moi ! les yeux bien fous Et elle me suivrait avec cet air partout !

108 ]ULES LAFORGUE

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