‹ Choix de poésies;Chapitre 41 sur 78 · M V UT IL · texte numérisé non relu

M V UT IL

De quoi voulez-vous donc que je cause?

Du passé? Gela vous ennuierait, et pour cause. Du présent? A quoi bon, puisque nous y voilà? De l'avenir? Laissons en paix ces choses-là !

ROSALINDE

Parlez-moi du passé.

MynTiL Pourquoi?

ROSALLNDE

C'est mon caprice.

Et fiez-vous à la mémoire adulatrice Qui va teinter d'azur les plus mornes jadis Et masque les enfers anciens en paradis.

Myrtil

Soit donc! J'évoquerai, ma chère, pour vous pla.'re. Ce morne amour qui fut, hélas I notre chimère.

Regrets sans fin, ennuis profonds, poignants remords.

Et toute la tristesse atroce des jours morts;

Je dirai nos plus beaux espoirs déçus sans cesse,

Ces deux cœurs dévoués jusques à la bassesse .

Et soumis l'un à l'autre, et puis, finalement,

Pour toute récompense et tout remerciement,

Navrés, martyrisés, bafoués l'un par Tautre,

Ma folle jalousie étreinte par la vôtre.

Vos soupçons complétant l'horreur de mes soupçons,

Toutes vos trahisons, toutes mes trahisons!

Oui, puisque ce passé vous flatte et vous agrée,

Ce passé que je lis tracé comme à la craie

Sur le mur ténébreux du souvenir, je veux,

Ce passe tout entier, avec ses désaveux

Et ses explosions de pleurs et de colère,

Vous le redire, afin, ma chère, de vous plaire!

ROSALINDE

Savez-vous que je vous trouve admirable, ainsi Plein d'indignation élégante?

MyRTIL, irrité.

Merci !

ROSALINDE

Vous vous exagérez aussi par trop les choses. Ouoi! pour un peu d'ennui, quelques heures moroses, Nous lamenter avec ce courroux enfantin! Moi, je rends grAce au dieu qui me fit ce destin

D'avoir aimé, d'aimer l'ingrat, d'aimer encore L'ingrat qui tient de sots discours, et qui m'adore Toujours, ainsi qu'il sied d'ailleurs en ce pays De Tendre. Ouil Car malgré vos regards ébahis Et vos bras de poupée inerte, je suis sûre Que vous gardez toujours ouverte la blessure Faite par ces yeux-ci, boudeur, à ce cœur-là.

MyRTIL, attendri.

Pourtant le jour où cet amour m'ensorcela Vous fut autant qu'à moi funeste, mon amie. Croyez-moi, réveiller la tendresse endormie. C'est téméraire, et mieux vaudrait pieusement Respecter jusqu'au bout son assoupissement Qui ne peut que finir par la mort naturelle.

IlOSALLNDE

Fou! par quoi pouvons-nous vivre, sinon par elle?

MyRTIL, sincère.

Alors, mourons!

ROSALINDE

Vivons plutôt! Fût-ce à tout prix!

Quant à moi, vos aigreurs, vos fureurs, vos mépris, Qui ne sont, je le sais, qu'un dépit éphémère, Et cet orgueil qui rend votre parole amère, l'en veux faire litière à mon amour têtu, Et je vous aimerai quand même, m'entends-tu '^

218 les txs et les attrfs.

Myrtil Vous êtes mutinée...

ROSALLNDE

Allons, laissez-vous faire!

.M V UTIL, cédant.

Donc, il le faut!

UOSALINDE

Venez cueillir la primevère De l'amour renaissant timide après l'hiver. Ouittez ce front chagrin, souriez comme hier A ma tendresse entière et grande, encor qu'ancienne

Myutil Ahf toujours tu m'auras mené, magicienne!

(//,v sortent. Rentrent Si/lvandre et Cltlorii.)

SCENl!] IV

StLVANDRK, CllLOHIS

Non !

Si!

ClILORIS, coifiant.

SVIAANDRE

(lULOlUS

.le ne veux pas...

SyLVAIsDHE, la baisant sur la nuque.

Dites : je ne veux plus!

{La tenant embrasiéc )

Mais voici, j'ai fixé vos vœux irrésolus

Et le milan afîrcux tient la pauvre hirondelle.

Chloris

Fi! l'action vilaine! Au moins rougissez d'elle! Mais non ! Il rit, il rit !

(Pleurnichant pour rire.)

Ah, oh, hi, que c'est mal !

Sylvandre

Tarare! mais le seul état vraiment normal. C'est le nôtre, c'est, fous l'un de l'autre, gais, libres. Jeunes, et méprisant tous autres équilibres Quelconques, qui ne sont que cloche-pieds piteux, D'avoirdeuxcœurspourun,et, chère âme, un pourdeux!

Chloris

(ju^ voilà donc, monsieur l'amant, de beau langage! Vous êtes procureur ou poète, je gage, Pour ainsi discourir, sans rire, obscurément.

Sylvandre

Vous vous moquez avec un babil très charmant, Kt me voici deux fois épris de ma conquête : Tant d'éclat en vos yeux jolis, et dans la tête Tant d'esprit! Du plus fin encore, s'il vous plaît.

220 les uns et les autres.

Chloris

Et si je vous trouvais par hasard bête et laid,

Fier conquérant fictif, grand vainqueur en peinture?

Sylyandre

Alors n'eussiez-vous pas arrêté l'aventure De tantôt, qui semblait exclure tout dégoût Conr'u par vous, à mon détriment, après tout?

Chloris

O la fatuité des hommes qu'on n'évince

Pas sur-le-champ! Allez, allez, la preuve est mince

Que vous invoquez là d'un penchant présumé

De mon cœur pour le vôtre, aspirant bien-aimé.

— Au fait, chacun de nous vainement déblatère

Et, tenez, je vais vous dire mon caractère,

l*our qu'étant à la fin bien au courant de moi

Si vous soufTrez, du moins vous connaissiez pourquoi.

Sachez donc...

Sylyandre

Que je meure ici, ma toute belld,

Si j'exige.

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