‹ Choix de poésies;Chapitre 46 sur 78 · SCENE YIII · texte numérisé non relu

SCENE YIII

Sylvandre, Rosalinde

Sylva NDPE Et voilà mon histoire en deux mots.

ROSALLXDE

Elle est telle Que j'y lis à l'envers l'histoire de Myrtil. Par un pressentiment inquiet et subtil Vous redoutez l'amour qui venait et sa lèvre Aux baisers inconnus encore, et lui qu'enfièvre Le souvenir d'un vieil amour désenlacé, Stupide autant qu'ingrat, il a peur du passe, Et tous deux avez tort, allez Sylvandre.

Sylvandri-:

Dites

Qu'il a tor

llOSALLNDE

Non, tous deux, et vous n'êtes pas quittes. Et tous deux soufTrirez, et ce sera bien fait.

Sylvandre

Après tout je ne vois que très mal mon forfait Et j'ignore très bien quel sera mon martyre

(Minaudant.)

A moins que votre cœur...

IlOSALLNDE

Vous avez tort de rire.

SVLVAXDRE

Je ne ris pas, je dis posément d'une part,

Que je ne crois point lant criminel mon départ

D'avec Cbloris, coquette aimable mais sujette

A caution, et puis, d'autre part je projette

D'être heureux avec vous qui m'avez bien voulu

Recueillir (juand brisé, dt'semparé, moulu,

lîerné par ma maîtresse et planté là par elle,

.l'allais probablement me brûler la cervelle

Si j'avais eu quelque arme à feu sous mes dix doigts.

Oui je vais vous aimer, je le veux (je le dois

l']n oulre), je vais vous aimer à la folie...

Donc, arrière regrets, d(''pil, mélancolie!

Je serai votr(î chien féal, ton petit loup

IJien doux...

ROSALLN'DE

Vous avez tort de rire, encore un coup.

Sylvandre

Encore un coup, je ne ris pas. Je vous adore,

J'idolâtre ta voix si tendrement sonore,

J'aime vos pieds, petits à tenir dans la main,

Qui font un bruit mignard et gai sur le chemin

Et luisent, rêves blancs, sous les pompons des mules.

Quand tes grands yeux, de qui les astres sont émules,

Abaissent jusqu'à nous leurs aimables rayons,

Comparable à ces fleurs d'été que nous voyons

Tourner vers le soleil leur fidèle corolle

Lors je tombe en extase et reste sans parole.

Sans vie et sans pensée, éperdu, fou, hagard,

Devant l'éclat charmant et fier de ton regard.

Je frémis à ton souffle exquis comme au vent l'herbe,

0 ma charmante, ù ma divine, ù ma superbe,

Et mon àme palpite au bout de tes cils d'or ..

— A propos, croyez-vous que Chloris m'aime encor?

llOSALINDE

Et si je le pensais?

SvLVAiNDaE

Question saugrenue En efl'et!

IlOSALLNDE

Voulez-vous la vérité bien nue?

SVLVANDRE

rs'on! Que me fait? Je suis un sot, et me voici Confus, et je vous aime uniquement.

ROSALINDE

Ainsi, Cela vous est égal qu'il soit patent, palpable, Kvidonl, que Chloris vous adore...

SVLVANDRE

Du diable Si c'est possible! Elle! Elle! Allons donc!

(Soucieux tout à coup, à pari.

Hélas!

ROSALIKDE

Quoi, \ uus on doutez?

Sylvandue

Ce cœur volage suit sa loi, Elle leurre à présent Myrtil...

llOSALINDE, pasiiounément.

Elle le leurre, Dites-vous? Mais alors il l'aime!...

SVLVANDHE

Que je meure Si je comprends ce cri jaloux!

ROSALINDE

Ah, taisez-vous

Sylvandre Un trompeur! une folle!

Rosalinde

Es-tu donc jaloux De Myrtil, toi, hein, dis?

Sylvandre, comme frappé subitement d'une idée douloureuse.

Tiens! la fâcheuse idée Mais c'est qu'oui! me voici l'àme tout obsédée...

RoSALLNDE presque joyeuse.

Ah, vous êtes jaloux aussi, je savais bien !

SyLVAKDRE, à part.

1^'eignons encor.

(A Rosalinde.)

Je vous jure qu'il n'en est rien Et si vraiment je suis jaloux de quelque chose, Le seul Myrtil du temps jadis en est la cause.

Rosalinde

Trêve de compliments fastidieux. Je suis Très triste, et vous aussi. Le but que je poursuis Est le vôtre. Causons de nos deuils identiques. Des malheureux ce sont, il paraît, les pratiques,

Cela, dit-on, console. Or nous aimons toujours

Vous Ghloris. moi Myrtil, sans espoir de retours

Apparents. Entre nous la seule difTérence

C'est que l'on m'a trahie, et que votre soufTrance

A vous vient de vous-même, et n'est qu'un châtiment.

Ai-je tort?

Sylvandre

Vous lisez dans mon cœur couramment, (^hère Chloris, je t'ai méchamment méconnue! Qui me rendra jamais la malice ingénue, Et ta gaité si bonne, et ta grAce, et ton cœur?

Rosalindf:

Et moi, par un destin bien autrement moqueur, Je pleure après Myrtil infidèle...

SVLVANDRE

Infidèle!

Mais c'est qu'alors Chloris l'aimerait. 0 mort d'elle ! J'enrage et je gémis! Mais ne disiez-vous pas Tantôt qu'elle m'aimait encore. — 0 cieux, là-bas, Regardez, les voilà.

HOSALINDE

Qu'est-ce qu'ils vont se dire?

{Ils remontent le théâtre.)

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