SCENE IX
Les précédents, Chloris, Mvrtil
Chloris Allons, encore un peu de franchise, beau sire Ténébreux. Avouez votre cas tout à fait. Le silence, n'est-il pas vrai? vous étouffait, Et l'obligation banale oij vous vous crûtes D'imiter à tout bout de champ la voix des flûtes Pour quelque madrigal bien fade à mon endroit Vous étouffait, ainsi qu'un pourpoint trop étroit? Votre cœur qui battait pour elle dut me taire Par politesse et par prudence son mystère; Mais à présent que j'ai presque tout deviné, Pourquoi continuer ce mutisme obstiné?
Parlez d'elle, cela d'abord sera sincère. Puis vous souffrirez moins, et, s'il est nécessaire De vous intéresser aux souffrances d'autrui, J'ai besoin, en retour, de vous parler de lui!
jMyrtil Eh quoi, vous aussi, vous!
Chloris
Moi-même, hélas! moi-môme Puis-je encore espérer que mon bien-aimé m'aime? Nous étions tous les deux Sylvandre, si bien faits
L'un pour l'autre! Quel sort jaloux, quel dieu mauvais rit ce malentendu cruel qui nous sépare? Hélas ! il fut frivole encor plus que barbare El son esprit surtout fit que son cœur pécba.
Myrtil
Espérez, car peut-être il se repent déjà, Si j'en juge d'après mes remords...
(// saufilolc.)
Et mes larmes!
(Syliandrc et Chloris se pressent la main.) R0S.\LLNDE, survenant.
Les pleurs délicieux! Cher instant plein de charmes!
M V UTIL
(l'est affreux!
CULORIS
0 douleur!
ROSALINDE, sur la poinle du pied cl très bas.
Chloris!
Chloris
Vous étiez là !
UOSALINDE
Le sort capricieux qui nous désassembla A remis, faisant trêve à son ire inhumaine, Syivandre en bonnes mains, et je vous le ramène
Jurant son grand serment qu'on ne l'y prendrait plus. Est-il trop tard ?
SyLVANDRE, à Chloris.
0 point de refus absolus!
De grâce ayez pitié quelque peu. La vengeance Suprême c'est d'avoir un aspect d'indulgence, Punissez-moi sans trop de justice et daignez Ne me point accabler de traits plus indignés Que n'en méritent — non mes crimes — mais ma tèle Folie, mais mon cœur faible et lûche...
{Il tombe à ger.oux.)
Chloris
Ètes-vous béte?
Relevez-vous, je suis trop heureuse à présent Pour vous dire quoi que ce soit de déplaisant I t je jette à ton cou chéri mes brus de lierre. Nous nous expliquerons plus tard (Et ma première Ouerelle et mon premier reproche seront pour L'air de doute dont tu reçus mon pauvre amour Qui, s'il a quelques tours étourdis et frivoles, N'en est pas moins, parmi ses apparences folles, Quelque chose de tout dévoué pour toujours) Donc, chassons ce nuage^ et reprenons le cours De la charmante ivresse où s'exalta notre âme.
(.4 liosaliiiile.)
Et quant à vous, soyez sûre, bonne Madame, De mon amitié franche — et baisez votre sœur.
(Les deux femmes s'embrassent.)
240 les uns et les autres.
Sylvandre 0 si joyeuse avec toute cette douceur!
ROSALINDE, à Myrlil.
Hue diriez-vous, Myrlil, si je faisais comme elle?
Myrtil Dieux! elle a pardonné, clémente autant que belle.
[A Rosalinde.)
0 laissez-moi baiser vos mains pieusement!
Rosalinde
\'oilà qui finit bien et c'est un cher moment Hue celui-ci. Sans plus parler de ces tristesses. Soyons heureux.
(.1 Chloris et à Sylvandre.)
Sachez enlacer vos jeunesses, Doux amis, et joyeux que vous êtes, cueillez La fleur rouge de vos baisers ensoleillés.
(Se tournant vers Myrlil.)
Pour nous, amants anciens sur qui gronda la vie, Nous vous admirerons sans vous porter envie, Ayant, nous, nos bonheurs discrets d'après-midi.
(Tuus les pcisoimaycs de la Scène I"> reviennent se yroiipcr comme au lever du rideau.)
Et voyez, aux rayons du soleil attiédi,
Voici tous nos amis qui reviennent des danses
Comme pour recevoir nos belles confidences.