‹ Choix de poésies;Chapitre 56 sur 78 · lADIS KT NAGUÈRE · texte numérisé non relu

lADIS KT NAGUÈRE

D/i soli'il et de bi nnlnre:

Doux à lliomme et proclamant Dieu Pour l'extase de r/njmue pure Jusqu'à la douceur du ciel bleu.

XAGUÈiii:. 259

GRIMEN AMOllIS

^l Villiers de l'Isle-Adam.

Dans un palais, soie et or, dans Ecbatane, De beaux démons, des Satans adolescents, Au son d'une musique mahométane Font litière aux sept péchés de leur cinq sens.

C'est la fête aux sept Pèches : oh! qu'elle est belle! Tous les désirs rayonnaient en feux brutaux; Les Appétits, pages prompts que Ion harcelle, Promenaient des vins roses dans des plateaux;

Des danses, sur des rhythmcs d'épithalames, Bien doucement se pùmaient en longs sanglots J'^t de beaux chœurs de voix d'hommes et de femmes Se déroulaient, palpitaient comme des flots,

2G0 JADIS ET X.V(îUÈRi:.

Et la bonté qui s'en allait de ces choses Était puissante et charmante tellement Que la campagne autour se fleurit de roses Et que la nuit paraissait en diamants.

Or le plus beau d'entre tous ces mauvais anges Avait seize ans. Sous sa couronne de fleurs, Les bras croisés sur les colliers et les franges, Il rêve, l'œil plein de flammes et de pleurs.

En vain la fête autour se faisait plus folle, En vain les Satans, ses frères et ses sœurs, Pour l'arracher au souci qui le désole L'encourageaient d'appels, de bras caresseurs,

Il résistait à toutes cAlincries

Et le chagrin mettait un papillon noir

A son beau front tout chargé d'orfèvreries.

0 l'immortel et terrible désespoir!

Il leur disait : 0 vous, laissez-moi tranquille' Puis les ayant tous baisés bien tendrement Il s'évada d'avec eux d'un geste agile I^eur laissant aux mains des pans de vêtement.

I^e voyez-vous sur la tour la i)lus céleste Du liant palais avec une torche au j^oing; H la brandit comiuo un héros fait d'un ceste. D'en bas. on croit que c'est une aube qui point.

NAGUÈRE. 261

Qu'est-ce qu'il dit de sa voix profonde et tendre Qui se marie au claquement clair du feu Et que la lune est extatique d'entendre : « 0 je serai celui-là qui sera Dieu 1

« Nous avons tous trop souffert, anges et hommes,

« De ce conflit entre le Pire et le Mieux.

« Humilions, misérables que nous sommes,

« Tous nos élans, dans le plus simple des vœux.

(• Assez et trop de ces luttes trop égales! « Il va falloir qu'enfin se rejoignent les « Sept péchés aux Trois Vertus Théologales, « Assez et trop de ces combats durs et laids !

t Et pour réponse à Jésus qui crut bien faire « En maintenant l'équilibre de ce duel, « Par moi l'Enfer dont c'est ici le repaire « Se sacrifie à l'Amour universel !

La torche tombe de sa main éployée.

Et l'incendie alors hurla s'élevant, Querelle énorme d'aigles rouges noyée Au remous noir de la fumée et du vent.

L'or fond et coule à flots et le marbre éclate. C'est un brasier tout Sj)lendeur et tout ardeur, La soie en courts frissons comme de la ouate Vole à flocons tout ardeur et tout splendeur.

2C)2 JADIS ]•: T N A ( ; u È r y .

Et les Satans mourants chantaient dans les flammes Ayant compris comme ils s'étaient résignés! Kt de beaux chœurs de voix d'hommes et de femmes Montaient parmi l'ouragan des bruits ignés.

Et lui, les bras croisés d'une sorte fière, Les yeux au ciel où le feu monte en léchant, Il dit tout bas une espèce de prière Qui va mourir dans l'allégresse du chant.

Il (lit tout bas une sorte de prière Les yeux au ciel où le feu monte en léchant.., Ouand retentit un affreux coup de tonnerre Et c'est la fin d(^ l'allégresse et du chant.

On n'avait pas agréé le sacrifice, Quelqu'un de fort et de juste assurément Sans peine avait su démêler la malice Vl[ l'artifice en un orgueil qui se ment.

Et du palais aux cent tours aucun vestige^ Hien ne resta dans ce désastre inouï, Afin que par le plus elTrayant prodige Ceci ne fùl qu'un vain songe évanoui...

Et c'est la nuil, la nuit bleue aux mille étoiles. Une campagne évangélique s'étend Sévère et douce, et vagues comme des voiles, Les branches d'arbre onl l'air daller s'agitant,

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De froids ruisseaux coulent sur un lit de pierre, Les doux hiboux nagent vaguement dans l'air Tout embaumé de mystère et de prière; Parfois un flot qui saute lance un éclair;

La forme molle au loin monte des collines Comme un amour encore mal défini Et le brouillard qui s'essore des racines Semble un efl'ort vers quelque but réuni.

Et tout cela, comme un cœur et comme une àme, Et comme un verbe, et d'un amour virginal Adore, s'ouvre en une extase et réclame Le Dieu clément qui nous gardera du mal.

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