‹ Choix de poésies;Chapitre 57 sur 78 · PRIERE DU MATIN · texte numérisé non relu

PRIERE DU MATIN

0 Seigneur, exaucez et dictez ma prière. Vous la pleine Sagesse et la toute Bonté, Vous sans cesse anxieux de mon heure dernière, Et qui m'avez aimé de toute éternité.

Car — ce bonheur terrible est tel, tel ce mystère Miséricordieux, que, cent fois médité, Toujours il confondit ma raison qu'il atterre — Oui, vous m'avez aimé de toute éternité,

Oui, votre grand souci c'est mon heure dernière. Vous la voulez heureuse et pour la faire ainsi, Dès avant l'univers, dès avant la lumière, Vous préparâtes tout, ayant ce grand souci.

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Exaucez ma prière après l'avoir formée De gratitude immense et des plus humbles vœux, Comme un poète scande une ode bien-aimée, Comme une mère baise un fils sur les cheveux.

Donnez-moi de vous plaire, et puisque pour vous plaire Il me faut être heureux, d'abord dans la douleur Parmi les hommes durs sous une loi sévère, Puis dans le ciel tout près de vous sans plus de pleur,

Tout près de vous, le Père éternel, dans la joie Éternelle, ravi dans les splendeurs des saints, 0 donnez-moi la foi très forte, que je croie Devoir souIVrir cent morts s'il plaît à vos desseins;

Et donnez-moi la foi très douce, que j'estime N'avoir de haine juste et sainte que pour moi. Que j'aime le pécheur en détestant mon crime. Que surtout j'aime ceux de nous encor sans foi;

Et donnez-moi la foi très iiumble. que je pleure Sur l'impropriété de tant de maux soufferts, Sur rinulilité des grâces et sur Theuro LAchemenl gaspillée aux efforts que je perds;

Et que votre Esi)rit Saint qui sait toute nuance Rende prudent mon zèle et sage mon ardeur : Donnez, juste Seigneur, avec la confiance. Donnez la méfiance à votre serviteur.

Que je ne sois jamais un objet de censure Dans l'action pieuse et le juste discours; Enseignez moi l'accent, montrez-moi la mesure ; D'un scandale, d'un seul, préservez mes entours;

Faites que mon exemple amène à vous connaître Tous ceux que vous voudrez de tant de pauvres fous,. Vos enfants sans leur Père, un état sans le Maître, Et que, si je suis bon, toute gloire aille à vous^

Et puis, et puis, quand tout des choses nécessaires,. L'homme, la patience et ce devoir dicté, Aura fructifié de mon mieux dans vos serres, Laissez-moi vous aimer en toute charité,

Laissez-moi, faites-moi do toutes mes faiblesses Aimer jusqu'à la mort votre perfeclion, Jusqu'à la mort des sens et de leurs mille ivresses,. Jusqu'à la mort du cœur, orgueil et passion.

Jusqu'à la mort du pauvre esprit lâche et rebelle Que votre volonté dès longtemps appelait Vers l'humilité sainte éternellement belle, Mais lui, gardait son rêve infernalement laid,

Sur son gros rêve éveillé de lourdes rhétoriques. Spéculation creuse et calculs im[)uissants Ronflant et s'étiranl en phrases pléthoriques. Ah! tuez mon esprit et mon cœui'ct mes sens!

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PlacL' à lilme qui cruio, et (jui senti' cL qui voie Que tout est vanité fors elle-même en Dieu; Place à )'i\me, Seigneur, marchant dans votre voie Et ne t(*nclant qu'au ciel, seul espoir et seul lieu!

m (]ue cette âme soit la servante très douce Avant d'(Hre Tépouse au trône non-pareil. Donnez-lui l'Oraison comme le lit de mousse Où ce petit oiseau se baigne de soleil,

La paisible oiaisun comme la fraîche ctable Où cet agneau s'ébat et broute dans les coins i)'ombre et d'or quand sévit le midi redoutable Kt que Juin fait crier l'insecte dans les foins,

1/oraison bien en vous, fiU-ce parmi la foule, J'iil-ce dans le tumulte et l'erreur des cités. Dunnez-lui Toiaison qui sourde et d'où découle l'ii ruisseau toujours clair d'austères vérités :

La mort, le noir péché, la pénitence blanche, 1/occasion à fuir et la grâce à guetter; Dunnez-lui l'oraison d'en haut et d'où s'épanche Le (leuve amer et fort (]u"il lui faut remonter :

Morlilication spirituelle, épreuve Du feu par le désir et de l'eau par le pleur Sans (in d'être imparfaite et de se sentir veuve Diiii amour (pie doil seule aviver la douleur,

Sécheresses ainsi que des trombes de sable Eu travers du torrent où luttent ses bras lourds, Un ciel de plomb fondu, la soif inapaisable Au milieu de cette eau qui l'assoiffé toujours,

Mais cette eau-là jaillit à la vie éternelle, Et la vague bientôt porterait doucement L'âme persévérante et mon amour fidèle Aux pieds de votre Amour fidèle, o Dieu clément !

La bonne mort pour quoi A'ous-Même vous mourûtes

Me ressusciterait à votre éternité.

Pitié pour ma faiblesse, assistez à mes luttes

Et bénissez l'effort de ma débilité!

Pitié, Dieu pitoyable! et m'aidez à parfaire L'œuvre de votre Cœur adorable en sauvant L'àme que rachetaient les affres du Calvaire : Père, considérez le prix de votre enfant.

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