‹ Choix de poésies;Chapitre 59 sur 78 · UN CONTE · texte numérisé non relu

UN CONTE

.1 J. K. IlNi/snidiis.

Simplement, comme on verse un parfum sur une flamme Et comme un soldat répand son sang pour la patrie, Je voudrais pouvoir mettre mon cœur avec mon ûme Dans un beau cantique à la sainte A'ierge Marie.

Mais je suis, hélas! un pauvre pécheur trop indigne, Ma voix hurlerait parmi le chœur des voix des justes : Ivre encore du vin amer de la terrestre vigne, VMc })Ourrait olTenser des oreilles augustes.

Il faut un cœur pur comme l'eau qui jaillit des roches, il faut qu'un enfant vêtu de lin soit notre emblème, Ouun agneau hélant n'éveille en nous aucuns reproches, Hue l'innocence nous ceigne un brûlant diadème,

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Il faut tout cela pour oser dire vos louanges, 0 vous Vierge Mère, ô vous Marie Immaculée, Vous blanche à travers les battements d'ailes des anges, Qui posez vos pieds sur notre terre consolée.

Du moins je ferai savoir à qui voudra l'entendre Comment il advint qu'une âme des plus égarées, Grâce à ces regards cléments de votre gloire tendre, Revint au bercail des Innocences ignorées.

Innocence, ô belle après l'Ignorance inouïe, Eau claire du cœur après le feu vierge de l'âme, Paupière de grâce sur la prunelle éblouie, Désaltèremcnt du cerf rompu d'amour qui brame 1

Ce fut un amant dans toute la force du terme :

Il avait connu toute la chair, infâme ou vierge,

Et la profondeur monstrueuse d'un épiderme,

Et le sang d'un cœur, cire vermeille pour son cierge!

(le fut un athée, et qui poussait loin sa logique Tout en méprisant les fadaises qu'elle autorise, Et comme un forçat qui remâche une vieille chique Il aimait le jus flasque de la mécréantise.

Ce fut un brutal, ce fut un ivrogne des rues, Ce fut un mari comme on en rencontre aux barrières; Bon que les amours premières fussent disparues. Mais cela n'excuse en rien l'excès de ses manières.

(](} fut, et quel préjudice! un Parisien fade, Vous savez, de ces provinciaux cent fois plus pires Oui pi'vMinent au sérieux !a plus sotte cascade Sans s'apercevoir, ô leur i\nie, que tu respires;

Race de théâtre et de boutique dont les vices Llux-niémes, avec leur odeur rance et renfermée, Lèveraient le cœur à des sauvages leurs complices, Kace de trottoir, race d'égout et de fumée!

I^ntln un sot, un infatué de ce temps bote

(Dont l'esprit au fond consiste à boire de la birre)

Et par-dessus tout une folle tête in(|uiète,

L'n cœur à tous vents, vraiment mais vilement sincère.

Mais sans doute, et moi j'inclinerais fort à \o croire, Dans (juebiue coin l)ien discret et sûr de ce cœur même, Il avait gardé comme qui dirait la mémoire I) avoir été ces petits enfants que Jésus aime.

Avait-il, — et c'est vraiment plus vrai que vraisemblable. Conservé dans le sanctuaire de sa cervelle \ olre nom, Marie, et votre titre vénérable, Comme un mauvais prêtre ornerait encor sa chapelle ?

Ou tout bonnement peut-être qu'il était encore, Malgi(' (oui son vice cl lout son crime et tout le reste, (let homme très simple qu'au moins sa candeur décore Un comparaison «l'un monde autour que Dieu déteste.

Toujours est-il que ce grand pécheur eut des conduites Folles à ce point d'en devenir trop maladroites, Si bien que les Tribunaux s'en mirent, — et les suites I Et le voyez-vous dans la plus étroite des boîtes?

Cellules! Prisons humanitaires! Il faut taire Votre horreur fadasse et ce progrès d'hypocrisie... Puis il s'attendrit, il réfléchit. Par quel mystère, 0 Marie, ù vous, de toute éternité choisie?

Puis il se tourna vers votre Fils et vers sa Mère. Oh qu'il futheureux, mais, là, promptement, tout de suite! Oue de larmes, quelle joie, ô Mère! et pour vous plaire, Tout de suite aussi le voilà qui bien vite quitte

Tout cet appareil d'orgueil et de pauvres malices, Ce qu'on nomme esprit et ce qu'on nomme la Science, Et les rires et les sourires où tu te plisses, Lèvre des petits exégètes de l'incroyance!

Et le voilà qui s'agenouille et, bien humble, égrène Entre ses doigts fiers les grains enflammés du liosaire, implorant de Vous, la Mère, et la Sainte, et la Heine. L'afl'ranchissement d'être ce charnel, ô misère!

0 qu'il voudrait bien ne plus savoir plus rien du monde, Qu'adorer obscurément la mystique sagesse, (Jii'aimer le cœur de Jésus dans Texlase profond»'. Dp penser à vous en même temps pendant la Messe.

280 AMOIR.

0 faites cola, faites cette grt\ce à cette àme, 0 vous, Vierge Mère, o vous, Marie Immaculée, Toute en argent parmi l'argent de Tépitlialame, Oui posez vos pieds sur notre terre consolée.

BOUKNEMOUTH

A Francis Poiclevin.

Le long Ijois de sapins se tord jusqu'au rivage, L'étroit bois de sapins, de lauriers et de pins, Avec la ville autour déguisée en village : Chalets éparpillés, rouges dans le feuillage, Et les blanches villas des stations de bains.

Le bois sombre descend d'un plateau de bruyère, Va, vient, creuse un vallon, puis monte vert et noir Et redescend en fins bosquets où la lumière Filtre et dore l'obscur sommeil du cimetière Qui s'étage bercé d'un vague nonchaloir.

•^HJ AMOUR.

A gauclie la tour lourde {eWe attend une flèche) Se dresse d'une église invisible d'ici, L'eslacade très loin; haute, la lour, et sèche : C'est bien l'anglicanisnie impérieux et rèche A qui l'essor du cœur vers le ciel manque aussi.

Il fait un de ces temps ainsi que je les aime, Ni brume ni soleil ! le soleil deviné, Pressenti, du brouillard mourant dansant à môme Le ciel très haut qui tourne et fuit, rose de crème; L'atmosphère est de jxMle et la mer d'or fané.

1)(* la lour protestanf(^ il pail u'i chant de cloche, Puis deux et trois et (piatre, et puis huit à la fois, Instinctive harmonie allant de proeiie en proche, i'inthousiasme, joie, appel, douleur, reproche, Avec de l'or, du bioiizc et du feu dans la voix;

Bruit immense et bien doux que le long bois écoute! La Musique n'est pas plus belle. Cela vient Lentement sur la m(M- (jiii chante et frémit toute, Comme sous une aruK'c au i)as sonne une l'oute Dans récho (ju'un combat d"avant-gar(l(» retient.

La sonnerie est moite. Une rouge trahiée

De grands sanglots palpite et sV'tcint sur la mer.

L'éclair froid d'un couchant de la nouvelle année

Lnsîinglante là-bas la ville couronnée

De nuit tombante, et vibre à l'ouest encor clair.

Le soir se fonce. Il fait glacial. J^'es'tacadc Frissonne et le ressac a gémi dans son bois Chanteur, puis est tombé lourdement en cascade Sur un rh^'thmc brutal comme l'ennui maussade Qui martelait mes jours coupables d'autrefois :

Solitude du cœur dans le vide de l'âme, Le combat de la mer et des vents de l'hiver, L'Orgueil vaincu, navré, qui râle et qui déclame, Et celte nuit oii rampe un guet-apens infâme, Catastrophe flairé(% avant-goût de l'Enfer!...

Voici trois tintements comme trois coups de flûtes, ïi'ois encor, trois encor! TAngélus oublié S(' souvient, le voici qui dit : Paix à ces luttes! Le Verbe s'est fait chair pour relever tes chutes, Une vierge a conçu, le monde est délié!

Ainsi Dieu parle par la voix de Sa chapelle Sise à mi-cùto à droite et sur le bord du bois... 0 Home, o Mère! Ci'i, geste cpii nous rapj)cllc Sans cesse au bonheur seul et donne au cœur rebelle Et tiiste le conseil ])rati(jue de la Croix.

— La nuit est de velours. L'estacade laissée Tait par degrés son bruit sous Teau qui refluait, l'ne route assez droil(3 heureusement tracée (iiuide jusque chez moi ma retraite pressée Dans ce noir absolu sous le long bois muet.

Jiinvi.T IS77.

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