ECRIT EN
A Edmond LrpclU'tier,
J'ai naguère habité le meilleur des chAteaux
Dans le plus fin pays d'eau vive et de coteaux :
Ouatre tours s'élevaient sur le front d'autant d'ailes^
Et j'ai longtemps, longtemps habité l'une d'elles.
Le mur, étant de brique extérieurement,
Luisait rouge au soleil de ce site dormant,
31ais u'i lait de chaux, clair comme une aube qui pleure,
'iVndail légèrement la voiUe intérieure.
0 (liane des yeux qui vont parler au cœur,
0 réveil pour les sens éperdus de langueur,
Tiloire des fronts d'aïeuls, orgueil jeune des branches.
innocence et fierté des choses, couleurs blanches!
Parmi iIq^^ escaliers en vrille, tout aciers
Et cuivres, luxes brefs encore émaciés,
Cette blancheur bleuâtre et si douce, à m'en croire,
(Jue relevait un peu la longue plinthe noire,
S'emplissait tout le jour de silence et d'air pur
Pour que la nuit y vînt rêver de pâle azur.
Une chambre bien close, une table, une chaise,
Un lit strict où l'on pût dormir juste à son aise,
Du jour suffisamment et de l'espace assez,
Tel fut mon lot durant les longs mois là passés,
Et je n'ai jamais plaint ni les mois ni l'espace,
Ni le reste, et du point de vue où je me place,
Maintenant que voici le monde de retour,
Ah vraiment, j'ai regret aux deux ans dans la tour!
Car c'était bien la paix réelle et respectable,
Ce lit dur, cette chaise unique et cette table,
La paix où l'on aspire alors qu'on est bien soi,
Cette chambre aux murs blancs, ce rayon sobre et coi,
Qui glissait lentement en teintes apaisées
Au lieu de ce grand jour'diffus de vos croisées.
Car à quoi bon le vain appareil et l'ennui
Du plaisir, à la fin, quand le malheur a lui,
(Et le malheur est bien un trésor qu'on déterre)
Et pourquoi cet effroi de rester solitaire
Qui pique le troupeau des hommes d'à présent,
Comme si leur commerce était bien suffisant/
Questions! Donc j'étais heureux avec ma vie,
Reconnaissant de biens (pic iml, certes, n'envie.
(0 fraîcheur de sentir qu'on n'a pas de jaloux!
() bonté d'être cru plus uiallieur(Mix (jue tous!)
.le partageais les jours de cette solitude
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Entre ces deux bienfaits, la prière et l'étude, Que délassait un peu de travail manuel. Ainsi les Saints! J'avais aussi ma part de ciel, Surtout quand, revenant au jour, si proche encore. Où j'étais ce mauvais sans plus qui s'édulcore En la luxure lâche aux farces sans pardon, Je pouvais supputer tout le prix de ce don : rs'étrc plus là, parmi les choses de la foule, S'y dépensant, plutôt dupe, pierre qui roule, Mais de fait un complic(' à tous ces noirs péchés, N'être plus là, compter au rang des cœurs cachés, Des cœurs discrets que Dieu fait siens dans le silence. Sentir qu'on grandit bon et sage, et qu'on s'élance Du |>lus bas au plus haut en essors bien réglés. Humble, prudent, béni, la croissance des blés! — D'ailleurs nuls soins gênants, nulle démarche à faire. Deux fois le jour ou trois, un serviteur sévère Apportait mes repas et repartait muet.
Nul bruit. Ilien dans la tour jamais ne remuait Qu'une horloge au cœur clair qui battait à coups larges. C'était la liberté (la seule!) sans ses charges, C'élail la dignité dans la sécurité!
0 lieu presque aussitôt regretté que quitté, Ch.'Ueau, chAleau magi(jue où mon àme s'est faite, Frais séjour où se vint apaiser la tempête De ma laisoM allant à vau-l'eau dans mon sang, (ibàleau, château (|iii luis tout rouge et dors tout blanc, Comme un bon fruit (l(> (|iii ]v goùl est sur mes lèvres Et désaltère encore l'arrière-soif des fièvres,
AM(JL"K. 275
0 sois béni, château d'où me voilà sorti Prêt à la vie, armé de douceur et nanti De la Foi, pain et sel et manteau pour la route Si déserte, si rude et si longue^ sans doute...
(Stickney, Angleterre.)