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6. Les treize lignes qui suivent, ajoutées en surcharge en tête de la page 7 du manuscrit, \ ont pris après coup la place d'unp paraphrase de l'Ecclésiaste. Ce n'est qu'une esquisse, et la première phrase n'a même pas de verbe.
116 SI'R LA IROVIDENCE.
tique, dont la tigure est assez étrange: la première vue ne vous montre qu'une peinture qui n'a que des traits informes et un mélange confus de couleurs : mais sitôt que celui qui sait le secret vous le fait considérer par le point de vue ou dans un miroir tourné en cylindre qu'il applique sur cette peinture confuse, aussitôt, les lignes se ramassant, cette confusion se démêle, et vous produit une image bien proportiqnnée^ Il en est ainsi de ce monde : quand je le contemple dans sa propre vue, je n'y aperçois que désordre; si la foi me le fait regarder par rapport au jugement dernier et universel, en même temps j'y vois reluire un ordre admirable. Mais entrons profondément en cette matière, et éclaircissons par les Ecritures la difficulté proposée. Suivez, s'il vous plaît, mon raisonnement.
Remarquons avant toutes choses quie le jugement dernier et universel est toujours représenté dans les saintes Lettres par un acte de séparation. « On mettra, dit-on, les mauvais à part; on les tirera du milieu des justes ' : » et enfin tout l'Évangile parle de la sorte. Et la raison en est évidente, en ce que le discernement est la principale fonction du juge et la qualité nécessaire du jugement; de sorte que cette grande journée en laquelle le Fils de Dieu descendra du ciel, c'est la journée du discernement général : que si c'est la journée du discernement, où les bons seront séparés d'avec les impies, donc, en attendant ce grand jour, il faut qu'ils demeurent mêlés.
Approche ici, ô toi qui murmures en voyant la prospérité des pécheurs: « Ah! la terre les devrait engloutir; ah ! le ciel se devrait éclater en foudre. » Tu ne songes pas au secret de Dieu. S'il punissait ici tous les réprouvés,
1. Vovez la même comparai!^on reprise dans le Deuxième sermon, p. 138. '
1'. ilallh., XIII, 4R. i9.
la peine les discernerait d'avec les bons : or l'heure du discernement n'est pas arrivée, cela est réservé pour le jugement; ce n'est donc pas encore le temps de punir généralement tous les criminels, parce que ce n'est pas encore celui de les séparer d'avec tous les justes. « Ne « vois-tu pas, dit saint Augustin', que pendant Ihiver « l'arbre mort et l'arbre vivant paraissent égaux? ils « sont tous deux sans fruits et sans feuilles. Quand est-ce « qu'on les pourra discerner? Ce sera lorsque le prin- « temps viendra renouveler la nature, et que cette ver- « dure agréable fera paraître dans toutes les branches « la vie que la racine tenait enfermée. » Ainsi ne t'impatiente pas, ô homme de bien ! laisse passer l'hiver de ce siècle, où toutes choses sont confondues ; contemple ce grand renouvellement de la résurrection générale, qui fera le discernement tout entier, lorsque la gloire de Jésus-Christ reluira visiblement sur les justes. Si cependant ils sont mêlés avec les impies, si l'ivraie croit avec le bon grain, si même elle s'élève au-dessus, c'est-à-dire si l'iniquité semble triomphante, n'imite pas l'ardeur inconsidérée de ceux qui, poussés d'un zèle indiscret, tenteraient d'arracher (a) - ces mauvaises herbes : c'est un zèle indiscret et précipité. Aussi le Père de famille ne le permet pas : « Attendez, dit-il, la moisson', » c'est-à-dire la tin du siècle où toutes choses seront démêlées; alors ^ on fera le discernement: et « ce sera le temps de chaque chose, » selon la parole de l'Ecclésiaste *.
Var. (a) Voudraient arracher.