‹ Choix de sermons de la jeunesse de BossuetChapitre 152 sur 460 · Viv. : trop tard · texte numérisé non relu

Viv. : trop tard

l'extrême rigueur de ce dernier jour. Oui, j'atteste le Dieu vivant qui donne dans tous les siècles des marques de sa vengeance : les châtiments exemplaires qu'il exerce sur quelques-uns ne me semblent pas si terribles que l'impunité de tous les autres. S'il punissait ici tous les criminels, je croirais toute sa justice épuisée, et je ne vivrais pas en attente d'un discernement plus redoutable (a). Maintenant sa douceur même et sa patience ne me permettent pas de douter qu'il ne faille attendre un grand changement (ô). Non, les choses ne sont pas encore en leur place fixe^ Lazare souffre encore, quoique innocent; le mauvais riche, quoique coupable, jouit encore de quelque repos : ainsi ni la peine ni le repos ne sont pas encore où ils doivent être; cet état est violent, et ne peut pas durer toujours. Ne vous y fiez pas, ô hommes du monde; il faut que les choses changent. Et en etfet admirez la suite: « Mon fils, tu as reçu des biens en ta vie, « et Lazare aussi a reçu des maux. » Ce désordre se pouvait souflVir ^ durant les temps de mélange, où Dieu préparait un plus grand ouvrage ; mais sous un Dieu bon et sous un Dieu juste une telle confusion ne pouvait pas [c) être éternelle. C'est pourquoi, poursuit Abraham, maintenant que vous êtes arrivés tous deux au lieu de votre éternité, mine autem, une autre disposition se va commencer, chaque chose sera en sa place, la peine ne sera plus séparée du coupable à qui elle est due, ni la consolation refusée au juste qui l'a espérée : Nnnc autem hic consûlatu}^ tu vero crueiaris. Voilà, messieurs, le conseil

Var. (a) Terrible. — {b) De douter de la sévérité de son jiigemeiil. — (c) Ne peut pas.

1. Ed. : Elles n'ont pas encore leur temps arrêté. Phrase reprise de la première rédaction. (Var., C.)

2. Ms., f. 189, 1». 15. Voy. au Complément des Variantes (C) la reproduction du f. 183.

de Dieu exposé fidèlement par son Écriture : voyons main tenant en peu de paroles quel usage nous en devons faire; c'est oar où je m'en vais conclure.

SECOND POINT

Quiconque est persuadé qu'une sagesse divine le gouverne et qu'un conseil immuable le conduit à une fin éternelle, rien ne lui paraît ni grand ni terrible que ce qui a relation à l'éternité : c'est pourquoi les deux sentiments que lui inspire la foi de la Providence, c'est premièrement de n'admirer rien, et ensuite de ne rien craindre de tout ce qui se termine en la vie présente.

Il ne doit rien admirer, et en voici la raison. Cette sage et éternelle Providence qui a fait, comme nous avons dit, deux sortes de biens, qui dispense des biens mêlés dans la vie présente, qui réserve les biens tout purs à la vie future, a établi cette loi: qu'aucun n'aurait de part aux biens suprêmes, qui aurait trop admiré les biens médiocres. Car Dieu veut, dit saint Augustin, que nous sachions distinguer entre les biens qu'il répand dans la vie présente, pour servir de consolation aux captifs, et ceux qu'il réserve au siècle à venir, pour faire la félicité de ses enfants : Aliud [est] solatium captivorum^ aliud gaudium liberorum^, ou, pour dire quelque chose de plus fort, Dieu veut que nous sachions distinguer entre les biens vraiment méprisables qu'il donne si souvent à ses ennemis, et ceux qu'il garde précieusement pour ne

1. s. Aiiq. in Ps., cxxwi, n» 5. Déf. Vers. : La sage et véritable libéralilé veut qu'on sache distinauer ses do7is , ou pour dire... Addition marginale qu'il ne paraît pas possible d'insérer dans le texte, où elle fait double emploi avec ce qui suit.

les communiquer qu'à ses serviteurs : Hœc omnia tribuit etiam malis^ ne magni pendantur a bonis ^ dit saint Augustin ^

Et certainement, chrétiens, quand, rappelant en mon esprit la mémoire de tous les siècles, je vois si souvent les grandeurs du monde entre les mains des impies; quand je vois les enfants d'Abraham et le seul peuple qui adore Dieu relégué en la Palestine [a], en un petit coin de l'Asie, environné des superbes monarchies des Orientaux infidèles ; et pour dire quelque chose qui nous touche de plus près, quand je vois cet ennemi déclaré du nom chrétien (6), soutenir avec tant d'armées les blasphèmes de Mahomet contre l'Évangile, abattre sous son croissant la croix de Jésus-Christ notre Sauveur, diminuer tous les jours la chrétienté par des armes si fortunées; et que je considère d'ailleurs que tout déclaré (c) qu'il est contre Jésus-Christ, ce sage distributeur des couronnes le voit du plus haut des cieux assis sur le trône du grand Constantin, et ne craint pas de lui abandonner un si grand empire, comme un présent de peu d'importance: ah ! qu'il m'est aisé de comprendre qu'il fait peu d'état de telles faveurs et de tous les biens qu'il donne pour la vie présente (d) \ Et toi, ô vanité et grandeur humaine, triomphe d'un jour, superbe néant, que tu parais peu à ma vue, quand je te regarde par cet endroit I

Mais peut-être que je m'oublie, et que je ne songe pas où je parle, quand j'appelle les empires et les monarchies un présent de peu d'importance. Non, non, messieurs, je ne m'oublie pas; non, non, je n'ignore pas (e) combien

Var. (a) En Jud<'e. — {b) De J.-C. et de son Église. — (c) Furieux — frémissant. — [d) Qu'en \^y\\6. il fait peu d'élal de loiilc celle pompe qui nous éblouit. — (e) Je sais,

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