‹ Choix de sermons de la jeunesse de BossuetChapitre 153 sur 460 · In Ps„ Lxxii, n» li · texte numérisé non relu

In Ps„ Lxxii, n» li

grand et combien auguste est le monarque qui nous honore de son audience ' ; et je sais assez remarquer combien Dieu est bienfaisant en son endroit, de confier («) à sa conduite [b) une si grande et si noble partie du genre humain, pour la protéger par sa puissance. Mais je sais aussi, chrétiens, que les souverains (c) pieux, quoique dans l'ordre des choses humaines ils ne voient rien de plus grand que leur sceptre, rien de plus sacré que leur personne, rien de plus inviolable que leur majesté, doivent néanmoins mépriser le royaume qu'ils possèdent seuls, au prix d'un autre royaume dans lequel ils ne craignent point d'avoir des égaux, et qu'ils désirent même, s'ils sont chrétiens, de partager un jour avec leurs sujets, que la grâce de Jésus-Christ et la vision bienheureuse aura rendus leurs compagnons : Pbts amant illud regnum in quo non timent habere comortes^ ,

Ainsi la foi de la Providence, en mettant toujours en vue aux enfants de Dieu la dernière décision, leur ôte l'admiration de toute autre chose; mais elle fait encore un plus grand effet : c'est de les délivrer de la crainte. Que craindraient-ils, chrétiens? rien ne les choque, rien ne les offense, rien ne leur répugne. Il y a cette différence remarquable [d] entre les causes particulières et la cause universelle du monde, que les causes particulières se choquent les unes les autres : le froid combat le chaud, et le chaud attaque le froid. Mais la cause première et universelle, qui enferme dans un même ordre et les

Var. (a) En confiant. — (b) A ses soins. — (c) Monarques. — (ci) Mémorable.

1. La Gazette de France ne mentionne la présence de Louis XIV ni au sermon du mercredi 8, ni à celui du vendredi 10 mars. Qu'il y ait assisté ou non , Bossuet compose son sermon comme si le roi devait l'enlendre.

cap. XXIV.

l')2 SUR LA PROVIDENCE.

parties et le tout, ne trouve rien qui la combatte, parce que si les parties se choquent entre elles, c'est sans préjudice du tout; elles s'accordent avec le tout, dont elles font l'assemblage par leur discordance (a) ^ Il serait long, chrétiens, de démêler ce raisonnement; mais, pour en faire l'application, quiconque a des desseins particuliers, quiconque s'attache aux causes particulières, disons encore plus clairement, qui veut obtenir ce bienfait du Prince, ou qui veut faire sa fortune par la voie détournée [ô), il trouve d'autres prétendants qui le contrarient, des rencontres inopinées qui le traversent : un ressort ne joue pas à temps, et la machine s'arrête; l'intrigue n'a pas son effet; ses espérances s'en vont en fumée. Mais celui qui s'attache immuablement au tout et non au\ parties, non aux causes prochaines, aux puissances, à la faveur, à l'intrigue, mais à la cause première et fondamentale, à Dieu, à sa volonté, à sa providence, il ne trouve rien qui s'oppose à lui ni qui trouble (c) ses desseins : au contraire tout concourt et tout coopère à l'exécution de ses desseins, parce que tout concourt et tout coopère, dit le saint apôtre, à l'accomplissement de son salut: et son salut est sa grande affaire; c'est là que [d] se réduisent toutes ses pensées : Diligentibus Deum omnia cooperantur in bonuni ^.

S' appliquant de cette sorte à la Providence, si vaste, si étendue, qui enferme dans ses desseins toutes les causes et tous les effets, il s'étend et se dilate lui-même, et il apprend à s'appliquer en bien toutes choses. Si Dieu lui envoie des prospérités, il reçoit le présent du ciel avec sou-

Var. [a) Par leur contrariété et leur discordance. — {b) Par le moyen de ce ministre. — (c) Contrarie. — (r/j A laquelle se réduisent.

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