II Cor., vr.i
vres portent fout le fardeau, et que tout le poids des misères aille fondre sur leurs épaules ! S'ils s'en plai^fnent et s'ils en murmurent contre la Providence divine. Seigneur, permettez-moi de le dire^ c'est avec quelque couleur de justice : car étant tous pétris d'une même masse, et ne pouvant pas y avoir grande différence entre de la boue et de la boue, pom^quoi verrons-nous d'un côté la joie, la faveur, l'affluence; et de l'autre la tristesse, et le désespoir, et l'extrême nécessité, et encore le mépris et la servitude? Pourquoi cet homme si fortuné vivrait-il dans une telle {a) abondance, et pourraitil contenter jusqu'aux désirs les plus inutiles d'une curiosité étudiée, pendant que ce misérable, homme toutefois aussi bien que lui, ne pourra soutenir sa pauvre famille, ni soulager la faim qui le presse? Dans cette étrange inégalité, pourrait-on justifier la Providence de mal ménager les trésors (b) que Dieu met entre des égaux, si par un autre moyen elle n'avait pourvu au besoin des pauvres, et remis quelque égalité entre les hommes? C'est pour cela, chrétiens, qu'il a établi son Église, où il reçoit les riches, mais à condition de servir les pauvres; où il ordonne que l'abondance supplée au défaut, et donne des assignations aux nécessiteux sur le superflu des opulents. Entrez, mes frères (e), dans cette pensée (d) : si vous ne portez le fardeau des pauvres, le vôtre vous accablera; le poids de vos richesses mal dispensées vous fera tomber dans l'abîme : au lieu que, si vous partagez avec les pauvres le poids de leur pauvreté, en prenant part [e] à leur misère, vous mériterez tout ensemble de participer à leurs privilèges.
Var. (a) Si grande. — {b) Les faveurs. — {c) Messieurs. — (r') Ce sentiment. — (e) Communiquant.
1. Ces mots : contre la Providence divine, cl Va^Oiirovhc faniilii'îre t Scioneur, permeticz-moi de le dire, sont ajoutés après coup.
178 SUR L'ÉMINENTB DIGNITÉ
[TROISIÈME POINT
Sans cette participation des privilèges des pauvres, il n'y a aucun salut pour les riches; et il me sera aisé de vous en convaincre, en insistant toujours aux mêmes principes. Car s'il est vrai, comme je l'ai dit, que l'Église est la ville des pauvres, s'ils y tiennent les premiers rangs, si c'est pour eux principalement que cette cité bienheureuse a été bâtie, il est bien aisé^ de conclure que les privilèges leur appartiennent. Dans tous les royaumes, dans tous les empires, il y a des privilégiés, c'est-à-dire des personnes éminentes qui ont des droits extraordinaires : et la source de ces privilèges, c'est qu'ils touchent de plus près, ou par leur naissance ou par leurs emplois, à la personne du prince. Cela est de la majesté, de l'état et de la grandeur du souverain, que l'éclat qui rejaillit de sa couronne se répande en quelque sorte sur ceux qui l'approchent. Puisque nous apprenons par les saintes Lettres que l'Église est un royaume si bien ordonné, ne doutez pas, mes frères, qu'elle n'ait aussi ses privilégiés. Et d'où se prendront ces privilèges, sinon de la société avec son prince, c'est-à-dire avec Jésus-Christ? Que s'il faut être uni avec le Sauveur, chrétiens, ne cherchons pas dans les riches les privilèges de la sainte Église. La couronne de notre monarque est une couronne d'épines : l'éclat qui en rejaillit («), ce sont les afflictions et les souffrances. C'est dans les pauvres, c'est dans ceux qui souffrent, que réside la majesté de ce royaume spirituel. Jésus étant l^i-méme pauvre et
Var. {n) Et ce qui nous rend ses semblables.
1. Il faut ici quitter la première rédaction (Ms.,f. -388. Complément des Variantes : B), pour un feuillet intercalé (f. 385, p. 13, 14).
indigent, il était de la bienséance qu'il liât société avec ses semblables, et qu'il répandît ses faveurs sur ses compagnons de fortune. Qu'on ne méprise plus la pauvreté, et qu'on ne la traite plus de roturière. Il est vrai qu'elle était de la lie du peuple : mais le Roi de gloire l'ayant épousée, il l'a anoblie par cette alliance, et ensuite il accorde aux pauvres [a] tous les privilèges de son empire. Il promet le royaume aux pauvres, la consolation à ceux qui pleurent, la nourriture à ceux qui ont faim, la joie éternelle à ceux qui souffrent.
Si tous les droits, si toutes les grâces, si tous les privilèges de l'Évangile sont aux pauvres de Jésus-Christ, ô riches f que vous reste-t-il, et quelle part aurez-vous dans son royaume? Il ne parle de vous dans son Évangile que pour foudroyer votre orgueil : Vœ vobis, [divitibus'^ !] « Malheur à vous, riches! » Qui ne tremblerait à cette sentence? Qui ne serait saisi de frayeur? Contre cette terrible malédiction, voici votre unique espé rance(è). Il est vrai, ces privilèges sont donnés aux pauvres; mais vous pouvez les obtenir d'eux, et les recevoir de leurs mains : c'est là que le Saint-Esprit vous renvoie pour obtenir les grâces du ciel. Voulez- vous que vos iniquités vous soient pardonnées? « Rachetez-les, dit-il, « par aumônes: » Peccata tua eleemosynis i^edime^. Demandez-vous à Dieu sa miséricorde? cherchez-la dans les mains des pauvres, en l'exerçant envers eux ; Beati miséricordes^ :[<i Heureux ceux qui soni miséricordieuxo »] Enfin, voulez-vous entrer au royaume? Les portes, dit Jésus-Christ, vous seront ouvertes, pourvu que les pau-
Var. («) Il les gratifie de. — [b] Voire seule espéranceé