‹ Choix de sermons de la jeunesse de BossuetChapitre 195 sur 460 · Ezech., xxxii · texte numérisé non relu

Ezech., xxxii

Malheur à nos lâches compagnons qui le souffrent [a] ! 11 vaut bien mieux périr, et qu'ils périssent avec nous. Ils nous jugeront quelque jour, ces hommes mortels; il faudra bien l'endurer, puisque Dieu le veut. — Ah ! quelle rage pour ces superbes ! — Mais auparavant, disent-ils, combien en mourra- t-il de notre main î ah 1 que nous allons faire de sièges vacants t et qu'il y en aura parmi les criminels, de ceux qui pouvaient s'asseoir parmi les juges ! — Puis, se tournant aux saints anges (b) : — Eh bien ! vous en avez de votre côté? est-ce que nous sommes seuls ! vous semblons-nous mal accompagnés au milieu de tant de peuples et de nations? Allez, glorifiez-vous de votre petit nombre d'élus, que vous avez à peine tirés de nos mains; mais confessez du moins que notre multitude l'emporte.

Que faisons-nous, mes frères, d'entendre parler si longtemps ces blasphémateurs ? Voyez leur rage , voyez leur envie, et comme ils triomphent de la mort des hommes. C'est là leur application, « c'est tout leur ouvrage: » Operatio eorum est hominis eversio'^. Que ne peuvent-ils aussi se venger de Dieu ? sa puissance infinie ne le permet pas. Outrés d'une rage impuissante, ils déchargent tout leur fiel sur l'homme, qui est son image; ils mettent en pièces cette image, ils repaissent leur esprit envieux d'une vaine imagination de vengeance. C'est, mes frères , cette noire envie , mère des fraudes et des tromperies, qui fait que Satan marche contre nous par une conduite cachée et impénétrable. Il ne brille pas comme un éclair, il ne gronde pas comme un tonnerre ; il ressemble à une vapeur pestilente qui se coule au milieu de l'air par une contagion insensible et imper-

Var. (a) Qui l'ont souffert. — [b) Du côté des saints anges, 1. Ter lui!., Apotucj., i\. 2'i.

îi04 SUR LES DÉMONS.

ceptible à nos sens : il inspire son venin dans le cœur; ou, pour me servir, chrétiens, d'une autre comparaison qui lui convient mieux, il se glisse comme un serpent : c'est ainsi que l'Écriture l'appelle^; et Tertullien nous décrit ce serpent par une expression admirable : Abscondat se itaqiie serpens, totamque prudentiam suam in latebrarum ambagibus, torqueat : « Il se cache autant « qu'il peut, il resserre en lui-même par mille dé- « tours sa prudence malicieuse : » c'est-à-dire qu'il use de conseils cachés et de ruses profondément recherchées. C'est pourquoi Tertullien poursuit en ces mots : « Il se retire, dit-il, dans les lieux profonds, il ne « craint rien tant que de paraître : quand il montre la « tête, il cache la queue; il ne se remue jamais tout en- « tier, mais il se développe par plis tortueux, bête enne- « mie du jour et de la clarté : » Alte habitet^ in cœca detrudatur, per anfractus seriem suam evolvat, tortuose procédât, nec semel totus, lucifuga bestia^.

C'est Satan, c'est Satan, messieurs, qui nous est représenté par ces paroles; c'est lui qui ne se déplie jamais tout entier : il étale la belle apparence, et il cache la suite funeste : il rampe quand il est loin, et il mord sitôt qu'il est proche. Prenez garde à vous, mes chers frères, crie le grand apôtre saint Paul, « prenez garde que vous « ne soyez trompés [par] Satan (a); car nous n'ignorons « pas ses pensées : » Ut non circumveniamur a Satana^ non enirn ignoramus cogitationes ejus^. Non, non, nous n'ignorons pas ses pensées; nous savons que sa malice est ingénieuse; que son esprit inventif, raffiné par un

Var. (a) Que Satan ne vous trompe.

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