Louis XIV. alors âgé de vingt-deux ans
pour laisser croître sans mesure l'amour qu'il a pour ses sujets; aimer mieux étendre ses bienfaits que ses conquêtes; trouver plus de gloire dans les douceurs de la paix que dans le superbe appareil des triomphes; et se plaire davantage à être le père de ses peuples qu'à être le victorieux de ses ennemis ? C'est Dieu qui a inspiré ce sentimen t.
Qui ne bénirait ce grand roi? Qui ne bénira tout ensemble la main sage et industrieuse!... Parlons, parlons et ne craignons pas. Je sais combien les prédicateurs doivent être réservés sur les louanges : mais se taire en cette rencontre, ce ne serait pas être retenu, mais en quelque sorte envieux de la félicité publique... Elle viendra, elle viendra accompagnée de toutes ses suites.
Çà, çà, peuples, qu'on se réjouisse f et s'il y a encore quelque maudit reste de la malignité passée, qu'elle tombe aujourd'hui devant ces autels, et qu'on célèbre hautement ce sage ministre^ qui montre bien, en donnant la paix, qu'il fait son intérêt du bien de l'État et sa gloire du repos des peuples. Je ne brigue point de faveur, je ne fais point ma cour dans la chaire (a) : à Dieu ne plaise! Je suis Français et chrétien : je sens, je sens le bonheur public ; et je décharge mon cœur devant mon Dieu sur le sujet de cette paix bienheureuse, qui n'est pas moins le repos de l'Église que de l'État.
Mes frères, c'est assez dire, il faut que nos vœux achèvent lereste. C'est nous, c'est nous, mes frères, qui devonscommencer la réjouissance. C'est à Nathan le prophète, c'est à Sadoc le grand prêtre, c'est aux prédicateurs, c'est au sacrificateur du Très-Haut à sonner de la trompette dc-
Var. (û) Je ne demande pas qu'on le rapporte.
1. Le cardinal de Mazarin, si odieux au temps de la Fronde, qu'on avait laissé rentrer en France par lassitude, et auquel il était juste do pardonner bien des torts pour l'habileté avec laquelle il avait né^^ocio les lrait(fS de Wcstphalie (1G48) et celui des Pyrénées (1G59).
vant le peuple, et de crier les premiers : Vivat rex Salomon^ : « Vive le roi, vive le roi, vive Salomon le paci- « lique! » Qu'il vive, Seigneur, ce grand monarque; et pour le récompenser de cette bonté qui lui a fait aimer la gloire de la paix, plutôt que celle des conquêtes {a), qu'il jouisse longtemps, heureusement, de la paix qu'il nous a donnée; qu'il ne voie jamais son État troublé, ni sa maison divisée ; que le respect et l'amour concourant ensemble, la fidélité [b] de ses peuples soit inviolable, inébranlable ; et enfin, pour retenir longtemps la paix sur la terre, qu'il fasse régner la justice, qu'il fasse régner les lois, qu'il fasse régner Jésus-Christ, que je prie de nous donner à tous son royaume, à qui appartient tout honneur et gloire, qui, avec le Père et le Saint- Esprit, vit et règne maintenant et aux siècles des siècles.
Var. (a) Préférer le litre de Dacifia ^e à celui de victorieux el de conquérant. — {b) L'obéissance.