I Cor., VII
quantité de fois ? J'ai échappé la mort à telle et telle rencontre : c'est mal parler, «j'ai échappé la mort». J'ai évité ce péril, mais non pas la mort : la mort nous dresse diverses embûches; si nous échappons Tune, nous tombons en une autre; à la fm, il faut venir entre ses mains. Il me semble que je vois un arbre battu des vents ^ il y a des feuilles qui tombent à chaque moment; les unes résistent plus, les autres moins : que s'il y en a qui échappent de l'orage, toujours l'hiver viendra, qui les flétrira et les fera tomber. Ou, comme dans une grande tempête, les uns sont soudainement suffoqués, les autres flottent sur un ais abandonné aux vagues, et lorsqu'il croit avoir évité tous les périls, après avoir duré^ longtemps, un flot le pousse contre un écueil, et le brise ; il en est de même : le grand nombre d'hommes qui courent la même carrière fait que quelques-uns passent jusques au bout; mais après avoir évité les attaques diverses de la mort, arrivant au bout de la carrière où ils tendaient parmi tant de périls, ils la vont trouver eux-mêmes, et tombent à la fin de leur course : leur vie s'éteint d'elle-même comme une chandelle qui a consumé sa matière.
Ma carrière est de quatre-vingts ans tout au plus, et de ces quatre-vingts ans, combien y en a-t-il que je compte pendant ma vie? le sommeil est plus semblable à la mort; l'enfance est la vie d'une bête. Combien de temps voudrais-je avoir effacé de mon adolescence? et quand je serai plus âgé, combien encore? Voyons à quoi tout cela se réduit : qu'est-ce que je compterai donc? car tout cela n'en est déjà pas. Le temps où j'ai eu quelque contentement, où j'ai acquis quelque honneur? mais combien ce iemps est-il clair-semé dans^ ma vie? c'est comme des
1. Dans le sens du radical lalin , durare, se soutenir, endurer,