Bossuel avait d'abord écrit : sur. Il l'a effact
clous attachés à une longue muraille, dans quelque distance^; vous diriez que cela occupe bien de la place; amassez-les, il n'y en a pas pour emplir la main. Si j'ôte le sommeil, les maladies, les inquiétudes, etc., de ma vie : que je prenne maintenant tout le temps où j'ai eu quelque contentement =^ ou quelque honneur, à quoi cela va-t-il? Mais ces contentements, les ai-je eus tous ensemble? les ai-je eus autrement que par parcelles? mais les ai-je eus sans inquiétude? et, s'il y a de l'inquiétude, les donnerai-je au temps que j'estime, ou à celui que je ne compte pas? et ne l'ayant pas eu à la fois, l'ai-je du moins eu tout de suite? l'inquiétude n'a-t-elle pas toujours divisé deux contentements? ne s'est-elle pas toujours jetée à la traverse pour les empêcher de se toucher? Mais que m'en reste-t-il? des plaisirs licites^ : un souvenir inutile; des illicites : un regret, une obligation à l'enfer, ou à pénitence, etc. Ah! que nous avons bien raison de dire que nous passons notre temps ! nous le passons véritablement, et nous passons avec lui. Tout mon être tient à un moment; voilà ce qui me sépare du rien : celui-là s'écoule, j'en prends un autre; ils se passent les uns après les autres; les uns après les autres, je les joins, tachant de m'assurer ; et je ne m'aperçois pas qu'ils m'entraînent insensiblement avec eux, et que je manquerai au temps, non pas le temps à moi.
Yoilà ce que c'est que de ma vie; et ce qui est épouvantable, c'est que cela passe à mon égard; devant Dieu cela demeure, ces choses me regardent. Ce qui est à moi, la possession en dépend du temps, parce que j'en dépends moi-même; mais elles sont à Dieu devant moi,