Ed. : g en! m es se
raencement; mais ma surprise est bientôt cess«^e, après que j'ai eu médité que ceux qui ne se connaissent point en pierreries sont trompés par le moindre éclat, et que le monde se connaît si peu en vertu, que la moindre apparence éblouit sa vue : de sorte qu'il n'est rien de si aisé à l'honneur du monde, que de donner du crédit au vice.
Cependant le pécheur triomphe à son aise, et jouit de la réputation publique. Que s'il est troublé en sa conscience [a)^ [et] se dénie à lui-même l'honneur que tout le monde lui donne à l'envi, voici un prompt remède à ce mal. Accourez ici, troupe de flatteurs, venez en foule à sa table, venez taire retentir à ses oreilles le bruit de sa réputation si bien établie : voici le dernier effort de l'honneur [pour donner] du crédit au vice. Après avoir trompé tout le monde, il faut que le pécheur s'admire lui-même; car ces flatteurs industrieux, âmes vénales et prostituées, savent qu'il y a en lui un flatteur secret qui ne cesse de lui applaudir au dedans : ces flatteurs qui sont au dehors [b) s'accordent avec celui qui parle au dedans (c), et qui a le secret de se faire entendre à toute heure : ils étudient ses sentiments, et le prennent si dextrement par son faible, qu'ils le font demeurer d'accord de tout ce qu'ils disent. Ce pécheur [d] ne se regarde plus dans sa conscience, où il voit trop clairement sa laideur : il n'aime que ce miroir qui le flatte; et, pour parler avec saint Grégoire, « s'oubliant de ce qu'il est en lui-môme, « il se va chercher dans les discours des autres, et s'ima- « gine être tel que la flatterie le représente : » Oblitm
Var. (a) Que si sa conscience le trouble par les reproches qu'elle lui fait, il se dénie... — [b) Ils. — (c) Avec lui. — (d) II.
1. Ed. : que si^ troublé en sa conscience par les reproches qu'elle lui fait.
sut, in voces se spargit aliénas^ talemqve se crédit qualem se furis audit'. Certainement Dieu s'en vengera, et voici quelle sera sa vengeance : il fera taire tous les flatteurs, et il abandonnera le pécheur superbe aux reproches de sa conscience.
Jugez, jugez, Seigneur, l'honneur du monde, qui fait que le vice plaît aux autres, qui fait même que le vice se plaît à lui-même. Vous le ferez, je le sais bien. Il viendra, le jour de son jugement; en ce jour il arrivera ce que dit le prophète Isaïe : Cessavit gandium tympanorvnrif quievit sonitus lœtantium, conticuit dulcedo citliarœ^: Enlin il est cessé, le bruit de ces applaudissements; ils se sont tus, ils se sont tus et ils sont devenus muets, ceux qui semblaient si joyeux en célébrant vos louanges, et dont les continuelles acclamations faisaient résonner à vos oreilles une musique si agréable. Quel sera ce changement, chrétiens; et combien se trouveront étonnés ces hommes accoutumés aux louanges, lorsqu'il n'y aura plus pour eux de flatteurs! L'Époux paraîtra {a] inopinément; les cinq vierges qui ont de l'huile viendront avec leurs lampes allumées; leurs bonnes œuvres brilleront devant Dieu et devant les hommes; et Jésus, en qui elles mettaient toute leur gloire, commencera à les louer devant son Père céleste. Que ferez-vous alors, vierges folles, qui n'avez point d'huile et qui en demandez aux autres, à qui il n'est point dû de louanges et qui en voulez avoir d'empruntées? En vain vous vous écrierez : Eh ! « donnez-nous de « votre huile ; » Date \nobis de oleo vestro^^'] nous désirons aussi des louanges, nous voudrions bien aussi être
Var. (a) Viendra.