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TROlSIÈMi: POINT
Comme tout le bien appartient à Dieu et que l'homme n'est rien de lui-même, il est assuré, chrétiens, qu'on ne peut rien aussi attribuera l'homme, sans entreprendre [a] sur les droits de Dieu et sur son domaine souverain. Cette seule proposition, dont la vérité est si connue, suffit pour justifier ce que j'avance : que le plus grand attentat de l'honneur du monde, c'est de vouloir ôter à Dieu ce qui lui est dû, pour en revêtir la créature. En effet, si l'honneur du monde se contentait seulement de nous représenter nos avantages, pour nous en glorifier en Notre- Seigneur et lui en rendre nos actions de grâces, nous ne l'appellerions pas l'honneur du monde et nous ne craindrions pas de lui donner place parmi les vertus chrétiennes. Mais l'homme, qui veut qu'on le flatte, ne peut entrer dans ce sentiment : il croit qu'on le dépouille de ses biens quand on l'oblige de les attribuer à une autre cause; et les louanges ne lui sont jamais assez agréables, s'il n'a de la complaisance en lui-même, et s'il ne dit en son cœur ; C'est moi qui l'ai fait.
Quoiqu'il ne soit pas possible d'exprimer assez combien cette entreprise est audacieuse, il nous en faut néanmoins former quelque idée par un raisonnement de saint Fulgence. Ce grand évêque nous dit que l'homme s'élève contre Dieu en deux manières : ou en faisant ce que Dieu condamne, ou en s'attribuant ce que Dieu donne. Vous faites ce que Dieu condamne, quand vous usez mal de ses créatures; vous vous attribuez ce que Dieu donne, quand vous présumez de vous-même (b). Sans doute ces deux entreprises sont bien criminelles; mais il est aisé de comprendre que la dernière est sans compa-
Var. {n) Qu'on n'enirepicnne. — (A) De vos propres forces.
raison la plusinsolente : et encore qu'en quelque manière que riiomme abuse des dons de son Dieu, on ne puisse assez blâmer son audace, elle est néanmoins beaucoup plus* extrême (a) lorsqu'il s'en attribue* la propriété [à) que lorsqu'il en corrompt seulement l'usage. C'est pourquoi saint Fulgence a raison de dire : Detestabilis estcordis humant superhia, qua facit homo quod Deus in hominibus damnât ; sed illa'^ detestabilior, qua sibi tribuit homo quod Deus hominibus donat^ : « A la vérité, dit ce grand doc- N< teur,* encore que ce soi t(c) un orgueil* damnable(cO de ■:. * mépriser ce que Dieu commande (e), c'est {/") uneaudace « * bien plus criminelle [g] de s'attribuer ce que Dieu « donne. » Pourquoi ? Le premier est une action d'un sujet rebelle qui désobéit à son souverain, et le second est un attentat contre sa personne et une entreprise sur son trône; et si par le premier crime on tâche de se soustraire de son empire, on s'efforce par le second à se rendre en quelque façon son égal, en s'attribuant sa puissance.
Peut-être que vous croyez, chrétiens, qu'une entreprise si folle ne se rencontre que rarement parmi les hommes, et qu'ils ne sont pas encore si extravagants que de vouloir s'égaler à Dieu ; mais il faut aujourd'hui vous désabuser. Oui, oui, messieurs, il le faut dire, que ce crime, à notre honte, n'est que trop commun; depuis que nos premiers parents ont si volontiers prêté l'oreille à cette dangereuse flatterie : « Vous serez comme des dieux ^, » il n'est que trop véritable que nous voulons tous être de
Var. [a) Enorme. — (b) Le domaine. — ic) C'est. — (rf) Détestable. — {e) De faire te que Dieu défend. — (/; Mais c'est. — {(j) Beaucoup plus élranije.