‹ Choix de sermons de la jeunesse de BossuetChapitre 285 sur 460 · Ms., p. X. Add. margin · texte numérisé non relu

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vois qu'il est desséché et que vous l'avez dépouillé de son peu de bien. Mais il y a ici des questions, et sans doute des questions importantes ; tout cela pour obscurcir la vérité. C'est pourquoi saint Augustin a raison de comparer ceux qui les forment à des hommes « qui soufflent « sur de la poussière et se jettent de la terre aux yeux : » Suffi antes [in] puJverem et excitantes terram in oculos suos '/ Eh quoi ! vous étiez dans le grand chemin [a] de la charité chrétienne, la voie vous paraissait toute droite, et vous avez soufflé sur la terre : mille vaines contentions, mille questions de néant se sont excitées, qui ont troublé votre vue comme une poussière importune, et vous ne pouvez plus vous conduire; un nuage vous couvre la vérité, vous ne la voyez qu'à demi.

Mais c'en est assez, chrétiens, pour convaincre leur mauvaise vie. Car encore que nous tournions le dos au soleil et que nous tâchions par ce moyen de nous envelopper dans notre ombre, les rayons qui viennent [de] part et d'autre nous donnent toujours assez de lumière. Encore que nous détournions nos visages de peur que la vérité ne nous éclaire de front , elle envoie par les côtés assez de lumière pour nous empêcher de nous méconnaître. Accourez ici, amour-propre, avec tous vos noms, toutes vos couleurs, tout votre art et tout votre fard; venez peindre nos actions, venez colorer nos vices; ne nous donnez point de ce fard grossier qui trompe les yeux des autres; déguisez-nous si délicatement et si finement, que nous ne [nous] connaissions plus nousmêmes.

Je n'aurais jamais fait, messieurs, si j'entreprenais aujourd'hui de vous raconter tous les artifices par lesquels

Var. (a) La grande voie.

1 Conf. XII, IG.

SUR LA HAINE DE LA TÉRiVÉ. 307

l'amoiir-propre nous cache à nous-mêmes, en nous donnant de faux jours, en nous faisant prendre le change, en détournant notre attention ou en charmant (a) notre vue. Disons quelques-unes de ces finesses; mais donnons en même temps une règle sûre pour en découvrir la malice. Vous allez voir, chrétiens, comment il nous persuade premièrement que nous sommes bien convertis, quoique l'amour du monde règne encore en nous, et, pour nous pousser plus en avant, que nous sommes zélés, quoique nous ne soyons pas même charitables.

Voici comme il [s'yj^ prend pour nous convertir; prêtez l'oreille, messieurs, et écoutez les belles conversions que fait l'amour-propre. Il y a presque toujours en nous quelque commencement imparfait et quelque désir de vertu, dont l'amour-propre relève le prix et qu'il fait passer pour la vertu même. C'est ainsi qu'il commence à nous convertir. Mais il faut s'affliger de ses crimes; il trouvera le secret de nous donner de la componction. Nous serions bien malheureux, chrétiens, si le péché n'avait pas ses temps de dégoût, aussi bien que toutes nos autres occupations. Ou le chagrin, ou la plénitude fait qu'il nous déplaît quelquefois : c'est la contrition que fait l'amour-propre. Bien plus, j'ai appris du grand saint Grégoire^ que comme Dieu, dans la profondeur de ses miséricordes, laisse quelquefois dans ses serviteurs des désirs imparfaits du mal pour les enraciner dans l'humilité, aussi l'ennemi de notre salut, dans la profondeur de ses malices, laisse naître souvent dans les siens un amour imparfait de la justice, qui ne sert qu'à les enfler

Var. {a) Trompant.

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