Ed. : passage. Variante condamnée par Bossucl
342 SUR LA HAINE DE LA VEraTE-
la bonne foi est un grand docteur qui laisse peu d'embarras et de questions indécises.
Mais notre corruption ne nous permet pas de marcher par des voies si droites : nous formons notre conscience au gré de nos passions; et nous croyons avoir tout gagné, pourvu que nous puissions nous tromper nousmêmes. Cette sainte violence, ces maximes vigoureuses du christianisme, qui nous apprennent à combattre en nous la nature trop dépravée, sont abolies parmi nous. Nous faisons {a) régner en leur place un mélange monstrueux de Jésus-Christ et du monde; des maximes moitié saintes et moitié profanes, moitié chrétiennes et moitié mondaines : ou plutôt toutes mondaines, toutes profanes, parce qu'elles ne sont qu'à demi chrétiennes et à demi saintes. C'est pourquoi nous ne voyons presque plus de piété véritable : tout est corrompu et falsifié, et si Jésus-Christ revenait au monde, il {b) ne connaîtrait plus ses disciples, et ne verrait rien dans leurs mœurs qui ne démentit hautement la sainteté de sa doctrine^.
TROISIÈME POINT
Parmi ces désordres infinis, et pendant que nos passions et nos intérêts nous séduisent de telle sorte que nous éteignons dans nos consciences les lumières de la vérité,
Var. (a) Voyons. — (b) Il ne verrait rien dans nos mœurs.
1. Déf., Vers. ; Aitendi et ausmltavi; nemo quod bonitm est loquitiir nullus est qui agat pœnitentiam super peccato suo , dicens : Quid feci? Omnes conicrsi sutit ad cursum suiim , quasi equus impetu vadens ad prœlium {Joan., vu, 5) : « [Je les ai considérés, etc.] La traduction n'est pas de Bossuet , le texte indiqué en marge ne peut être inséré dans le discours, dont il rompt la suite.
2. Ms., f. 29, au v» (p. 22). Déf., p. 605 (Vers., p. 50; Viv.. p. 112)
SUR LA HAINE I E LA VÉRITÉ. hi^i
nous aurions besoin, chrétiens, que de puissants avertissements pénétrassent vivement notre consience (a) et la rappelassent à [elle-même], comme disait ce prophète: Redite, prœvaricatores, ad crn^ : [« Rentrez dans votre cœur, violateurs de la loi » ]. Mais, ô malheur des malheurs! au lieu de ces charitables avertissements, la flatterie nous obsède et nous environne; je dis les grands et les petits: car les hommes sont si faibles, qu'ils [ont] [b] une condescendance presque universelle, et qu'ils répandent les flatteries sur toutes les têtes. Nous achevons de nous perdre parmi les complaisances que l'on a pour nous, les flatteurs nous donnent le dernier coup; et, comme dit saint Paulin, « ils mettent le comble à l'iniquité par leurs louanges injustes et artificieuses : » Sarçinam peccatorum pondère indebitœ laudis accumulant^.
Que dirai-je ici, chrétiens, et quel remède pourrai-je trouver à un poison si subtil et si dangereux? Il ne suffit pas d'avertir les hommes de se tenir sur leurs gardes : car qui ne se tient pas pour tout averti? où sont ceux qui ne craignent pas les embûches de la flatterie? Mais celle de la cour est si délicate, qu'on ne peut presque éviter ses pièges : elle imite tout de l'ami, jusqu'à sa franchise et sa liberté; elle sait non-seulement applaudir, mais encore résister et contredire, pour céder plus agréablement en d'autres rencontres; et nous voyons tous les jours que pendant que nous triomphons d'être sortis des mains d'un flatteur, un autre nous engage insensiblement, quenousne croyons plus flatteur, parce qu'il flatte d'une autre manière : tant la séduction est puissante, tant l'appât est délicat et imperceptible.
Var. (a). Nous pénétrassent le cœur et le rappelassent à lui-même. — {b) Le monde est si faible qu'il a.