‹ Choix de sermons de la jeunesse de BossuetChapitre 34 sur 460 · Luc, XIX · texte numérisé non relu

Luc, XIX

s'interrompre elle-même. « Ah! si tu savais, » dit mon Maître : puis, arrêtant là son discours, plus il semble se retenir, plus il fait paraître une véritable tendresse; ou plutôt, si nous l'entendons, ce « Si tu savais, » prononcé avec tant de transport, signitie un désir violent; comme s'il eût dit : « Ah ! plût à Dieu que tu susses ! » C'est un désir qui le presse si fort dans le cœur , qu'il n'a pas assez de force pour l'énoncer par la bouche comme il le voudrait, et ne le peut exprimer que par un élan de pitié. Ainsi donc la voix de ton Pasteur t'invite à la pénitence, 6 ingrate Jérusalem, trop heureuse, hélas! que tes malheurs soient plaints d'une bouche si innocente, et pleures de ces yeux divins, si ton aveuglement te pouvait permettre de profiter de ses larmes. Mais comme il prévoit que tu seras insensible aux témoignages de son amour, il change ses douceurs en menaces, et : « Viendra le temps, poursuit-il, que tu seras entièrement ruinée par tes ennemis.» Pour quelle raison ? « Parce que tu n'as pas reconnu l'heure dans laquelle je t'ai visitée. » C'est la cause ^ de leurs misères : par où nous voyons que ce discours de mon Maître 'n'est pas une simple prophétie de leur disgrâce future. Il leur reproche le mépris qu'ils ont fait de lui; il leur fait entendre que son affection méprisée se tournera en fureur; que lui-même, qui daigne les plaindre, les verra périr sans être touché de pitié, et qu'il les poursuivTa par les mains des soldats romains, ministres de sa vengeance.

Voilà dans le même discours le Sauveur miséricordieux et le Sauveur inexorable ; et c'est ce que je prétends vous faire considérer aujourd'hui avec l'assistance divine^.

1. Ed. : C'est là la cause. Bossuel avait écrit d'abord : C'est là le Bujel. 11 reprend : C'est la cause. Là est elïacé.

2. Tous les éditeuri ajoutent en cet endroit la phrase suivante : « Sachez, 0 fidèles, qu'élant, comme nous sommes, l'Israël de Dieu et les vrais enfants de la race d'Abraham , nous héritons des promessea

Ce que mon Maître a fait une fois au sujet de Jérusalem, tous les jours il le fait à notre sujet, ingrats et aveugles que nous sommes : il invite et menace, il embrasse et rejette; premièrement doux, après implacable. Je vous représenterai donc aujourd'hui, pour^ l'explication de mon texte, les larmes et les plaintes du Sauveur qui nous appellent à lui; puis la colère du même Sauveur qui nous repousse bien loin de son trône; Jésus déplorant nos maux, à cause de sa propre bonté; Jésus devenu impitoyable, à cause de l'excès de nos crimes. Écoutez premièrement la voix douce et bénigne de cet Agneau sans tache; et après vous écouterez les terribles rugissements de ce lion victorieux, né de la tribu de Juda : c'est le sujet de cet entretien.

[PREMIER POINT

Pour VOUS faire entendre par une doctrine solide combien est immense la miséricorde de notre Sauveur, je vous prie de considérer une vérité que je viens d'avancer tout à l'heure, et que j'ai prise de Tertullian. Ce grand homme nous a enseigné que Dieu a commencé ses ouvrages par un épanchementde sa bonté sur toutes ses créatures, et que sa première inclination, c'est de nous bien faire ^. Et en vérité il me semble que sa raison est bien évidente; car, pour bien connaître quelle est la première des inclinations , il faut choisir celle qui se trouvera la plus naturelle, d'autant que la nature est la racine de tout le reste. Or notre Dieu, chrétiens, a-t-il

et des menaces de ce premier peuple. » Ils n'ont pas pris garde aux indications du manuscrit. Bossuet n'effaçait point cette phrase, mais il la transportait à la fin du second point de son discours, où elle se retrouve, en effet, avec quel«iues changements. V. p. 45.

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