‹ Choix de sermons de la jeunesse de BossuetChapitre 342 sur 460 · En. : cl i.ar · texte numérisé non relu

En. : cl i.ar

nous fait et par les événements qu'il nous envoie. Car comme il est tout ensemble et la règle immuable de l'équité et le principe universel de tout l'être (a)^, il s'ensuit nécessairement que rien n'est [b] juste que ce qu'il veut, et que rien n'arrive (c) que ce qu'il ordonne ; de sorte que les préceptes qui prescrivent tout ce qu'il faut faire, et l'ordre des événements qui comprend tout ce qui arrive, reconnaissent également pour première cause sa volonté souveraine.

C'est donc, messieurs, en ces deux manières que Dieu règle nos volontés par la sienne ; parce qu'y ayant deux choses à régler en nous, ce que nous avons à pratiquer et ce que nous avons à souffrir, il propose dans ses préceptes ce qu'il lui plaît qu'on pratique, il dispose par les événements ce qu'il veut que l'on endure, et ainsi, par ces deux moyens, il nous range parfaitement sous sa dépendance. Mais notre liberté toujours rebelle s'oppose sans cesse à Dieu, et combat directement ces deux volontés : celle qui règle nos mœurs, en secouant ouvertement le joug de sa loi; celle qui conduit les événements, en s'abandonnant aux murmures, aux plaintes, à l'impatience dans les accidents fâcheux de la vie. Et pourquoi ces murmures inutiles dans des choses résolues et inévitables ; si ce n'est que l'audace humaine^ toujours ennemie de la dcpendaBce, s'imagine faire quelque chose de libre, quand, ne pouvant éluder [d) l'effet, elle blâme du moins la disposition, et que , ne pouvant être la maîtresse (e), elle fait la mutine et l'opiniâtre?

Prenons, mes frères, d'autres sentiments: considérons aujourd'hui le Sauveur pratiquant la loi, le Sauveur abandonnant à son Père toute la conduite de sa vie; et

Vah. (a)'De l'être. — (b) ^e peut Tîtro. — (c) Ne peut arriver. — (d) Évileo^ — {»:] Et qu'elle fait la mutine,

\ Ed. • de tout être.

à l'exemple de ce Fils unique , nous qui sommes aussi les enfants de Dieu, nés pour obéir à ses volontés, adorons [a) dans ses préceptes les règles immuables de sa justice, regardons (b) dans les événements les effets visibles de sa toute-puissance. Apprenons dans ceux-là (c) ce qu'il veut que nous pratiquions avec fidélité (d), et reconnaissons dans ceux-ci ce qu'il veut que nous en durions avec patience.

Et pour ôter tout prétexte à notre rébellion, toute excuse à notre lâcheté, toute couleur à notre indulgence, la bienheureuse Marie, toujours humble et obéissante, recevant cet exemple de son cher Fils, le donne aussi publiquement à tous les fidèles. Elle porte (é) le joug d'une loi servile, de laquelle, comme nous apprend la théologie, elle était formellement exceptée (/) ; et quoiqu'elle soit plus pure et plus éclatante que les rayons du soleil, elle vient se purifier dans le temple'. Mais le temps ne me permet pas de vous décrire plus amplement cette obéissance. Voici le grand sacrifice. C'est ici qu'il nous faut apprendre à soumettre à Dieu tout l'ordre de notre vie, toute la conduite de nos affaires, toutes les inégalités de notre fortune. Voici un spectacle digne de vos yeux , et digne de l'admiration de toute la terre.

« Cet enfant, dit Siméon àlasainte Vierge [g], est établi « pour la ruine et pour la résurrection de plusieurs. 11 « est posé comme un signe auquel on contredira, et votre

Var. [a] Regardons. — {b) Remarquons. — (c) Les uns. — [d) Fo? , — (e) Subi!. — (/) En termes formels. — [g) Lui dit Simton.

l. Déf., Vers, : Après cela, chrétiens , quelle excuse pourrons-ncuc trouver pour nous exempter de la loi de Dieu, et pour colorer nos rébeilions? — Addition marginale que M. Lâchât rejette dans les no'cs avec toute apparence de raison, parce qu'elle rompt la suite du déve« oppomcnt.

« [âme] sera percée d'un glaive. » Paroles effroyables pour une mère ! Je vous prie, messieurs, de les bien entendre. Il est vrai que ce bon vieillard ne lui propose (a) rien en particulier de tous les travaux de son Fils, mais ne vous persuadez pas que ce soit pour épargner sa douleur : au contraire, c'est ce qui la porte au dernier excès [à), en ce que, ne lui disant rien en particulier, il lui laisse à appréhender toutes choses. Car est-il rien de plus rude^ni (c) de plus affreux que cette cruelle suspension d'une âme menacée d'un mal extrême (cH, sans qu'on lui explique ce que c'est? C'est là que cette pauvre âme confuse, étonnée, pressée et attaquée de toutes parts, qui ne voit de toutes parts ^ que des glaives pendant sur sa tête, qui ne sait de quel côté elle se doit mettre en garde, meurt en un moment de mille morts. C'est là que la crainte, toujours ingénieuse pour se tourmenter elle-même (e), ne pouvant savoir sa destinée, ni le mal qu'on lui prépare, va parcourant tous les maux pour faire son supplice de tous : si bien qu'elle souffre toute la douleur que donne une prévoyance assurée, avec toute cette inquiétude importune, toute l'angoisse et l'anxiété qu'apporte une juste frayeur (/"), qui doute encore et ne sait à quoi se résoudre.

Dans cette cruelle incertitude, c'est une çspèce de repos que de savoir de quel coup il faudra mourir : et saint Augustin a raison de dire, « qu'il est moin«i « dur, sans comparaison, de souffrir une seule mort

Var. (a) Explique. — [b) A l'extrémité. — (c) Et de. — (d) De quelque gr.ir; j mal, et qui ne peut savoir. — (e) Pour nous tourmener. — (/j Qui apporte une crainte douteuse, une frayeur toujours tremblante.

1 Ms., f. 115 (p. 9, du Louvre, p. 25 , des Carmélites), — Ed. î et de.

Page 1