Ed. : Peu s'en faut que je ne m'écrie. 6. Thren., ii
« la terre? » Et moi je dis : Est-ce là cet homme fait à l'image de Dieu, le miracle de sa sagesse, et le chefd'œuvre de ses mains?
C'est lui-même, n'en doutez pas. D'où vient donc cette discordance? et pourquoi vois-jeces parties si mal rapportées? C'est que l'homme a voulu bâtir à sa mode sur l'ouvrage de son Créateur, et il s'est éloigné du plan : ainsi, contre la régularité du premier dessein, l'immortel et le corruptible, le spirituel et le charnel, l'ange et la bête, en un mot, se sont trouvés tout à coup unis. Voilà le mot de l'énigme, voilà le dégagement de tout l'embarras : la foi nous a rendus à nous-mêmes, et nos faiblesses honteuses ne peuvent plus nous cacher notre dignité naturelle.
Mais, hélas ! que nous profite cette dignité ? Quoique nos ruines respirent encore quelque air de grandeur, nous n'en sommes pas moins accablés dessous; notre ancienne immortalité ne sert qu'à nous rendre plus insupportable la tyrannie de la mort; et quoique nos âmes lui échappent, si cependant le péché les rend misérables, elles n'ont pas de quoi se vanter d'une éternité si onéreuse. Que dirons-nous, chrétiens? que répondrons-nous à une plainte si pressante ? Jésus-Christ y répondra dans notre évangile. Il vient voir le Lazare décédé, il vient visiter la nature humaine qui gémit sous l'empire de la mort. Ah! cette visite n'est pas sans cause : c'est l'ouvrier même qui vient en personne pour reconnaître ce qui manque à son édifice; c'est qu'il a dessein de le reformer suivant son [a) premier modèle : secundum imayinem ejus qui creavit illum ^ ?
Var. (a) Le.
1, Coloss., lil, 10. — Déf., Vers. : [ « selon l'image de celui qui Va créé. » ] La traduction fait double emploi.
0 âme remplie de crimes, tu crains avec raison Timmortalité qui rendrait ta mort éternelle! Mais voici en la personne de Jésus-Christ la résurrection et la vie ^ : qui croit en lui, ne meurt pas ; qui croit en lui, est déjà vivant d'une vie spirituelle et intérieure, vivant par la vie de la grâce qui attire après elle la vie de la gloire : mais le corps est cependant [à] sujet à la mort. 0 âme, console-toi : si ce divin architecte, qui a entrepris de te réparer, laisse tomber pièce à pièce ce vieux bâtiment de ton corps, c'est qu'il veut te le rendre en meilleur état, c'est qu'il veut le rebâtir dans un meilleur ordre; il entrera pour un peu de temps dans l'empire de la mort, mais il ne laissera rien entre ses mains, si ce n'est la mortalité.
Ne vous persuadez pas que nous devions regarder la corruption, selon les raisonnements de la médecine, comme une suite Viaturelle de la composition et du mélange. Il faut élever plus haut nos esprits, et croire, selon les principes du christianisme, que ce qui engage la chair à la nécessité d'être corrompue, c'est qu'elle est un attrait au mal , une source de mauvais désirs, enlin une « chair de péché*, » comme parle le saint Apôtre. Une telle chair doit être détruite, je dis même dans les élus; parce qu'en cet état de chair de péché, elle ne mérite pas d'être réunie à une âme bienheureuse, ni d'en trer dans le royaume de Dieu * : Caro et sanguis regnum Dei possidere nonpossunt*. Il faut donc qu'elle change sa première forme afin d'être renouvelée, et qu'elle perde
Var. (a) Toujours.