‹ Choix de sermons de la jeunesse de BossuetChapitre 442 sur 460 · Ed. : gui dévorent · texte numérisé non relu

Ed. : gui dévorent

qu'elle aura été détrempée dans la (a) source même des grâces : car il est juste et très-juste que tout et les grâces mêmes tournent en amertume à un cœur ingrat. 0 poids des grâces rejetées, poids des bienfaits méprisés, plus insupportable que les peines mêmes , ou plutôt, et pour dire mieux, accroissement infini dans les peines ! Ah f mes frères, que j'appréhende que ce poids ne tombe sur vous, et qu'il n'y tombe bientôt !

Et en effet, chrétiens, si la grâce refusée aggrave le poids des supplices, elle en précipite le cours : car il est bien naturel ' qu'un cœur épuisé par l'excès de son abondance, fasse tarir la source des grâces pour ouvrir tout à coup celle des vengeances; et il faut, avant que [de] finir, prouver encore en un mot cette vérité.

Dieu est pressé de régner sur nous; car à lui, comme vous savez, appartient le règne, et il doit à sa grandeur souveraine de l'établir promptement. Il ne peut régner qu'en deux sortes, ou par sa miséricorde, ou par sa justice : il règne sur les pécheurs convertis par sa sainte miséricorde; il règne sur les pécheurs condamnés par sa juste et impitoyable vengeance. Il n'y a que ce cœur rebelle qu'il presse et qui lui résiste, qu'il cherche et qui le fuit, qu'il louche et qui le méprise, sur lequel il ne règne ni par sa bonté, ni par sa justice, ni par sa grâce, ni par sa rigueur : il n'y souffre que des rebuts plus indignes que ceux des Juifs dont il a été le jouet.

Ah I ne vous persuadez pas que sa toute-puissance endure longtemps ce malheureux interrègne. Non, non, pécheurs, ne vous trompez pas, le royaume de Dieu approche : Appropinquavit^. Il faut qu'il y règne sur nous par l'obéissance à sa grâce, ou bien il y régnera par l'au-

Var. (a) De.

Page 1