‹ Choix de sermons de la jeunesse de BossuetChapitre 55 sur 460 · Deut., xxviii · texte numérisé non relu

Deut., xxviii

une extrême nécessité, et dans une famine désespérée. D'où vient que l'enfant prodigue, si vous y prenez garde, sortant de la maison paternelle, arrive en un pays où il y a une horrible famine^; et le mauvais riche, enseveli dans les flammes, demande et demandera éternellement une goutte d'eau, qui ne lui sera jamais accordée^. C'est la véritable punition des damnés, toujours tourmentés d'une faim et d'une soif si enragée, qu'ils se rongent et se consument eux-mêmes dans leur désespoir. Que si vous voulez voir une image de l'état où ils sont, jetez les yeux sur cette nation réprouvée, enclose dans les murailles de Jérusalem.

Il n'est pas croyable combien il y avait de monde renfermé dans cette ville : car outre que Jérusalem était déjà fort peuplée, tous les Juifs y étaient accourus de tous côtés, alin de célébrer la Pâque, selon leur coutume. Or chacun sait la religion de ce peuple pour toutes ses cérémonies. Comme donc ils y étaient assemblés des millions entiers, l'armée romaine survint tout à coup et forma le siège, sans que l'on eût le loisir de pourvoir à la subsistance d'un si grand peuple. Ici je ne pilis que je n'interrompe mon discours pour admirer vos conseils, ô éternel Roi des siècles, qui choisissez si bien le temps de surprendre vos ennemis. Ce n'était pas seulement les habitants de Jérusalem; c'était tous les Juifs que vous vouliez châtier. Voilà donc, pour ainsi dire, toute la nation enfermée dans une même prison, comme étant déjà par vous condamnée au dernier supplice : et cela dans le temps de Pâques, la principale de leurs solennités; pour accomplir cette fameuse prophétie, par laquelle vous leur dénonciez « que vous changeriez leurs fêtes en

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