Viv. : perdus
que ''ans vos témoignages irrépréhensibles; et ainsi par vrire assistance j'ai résolu de tourner mes pas du côté de vos témoignages : Cogitavi vias meas : d'autant plus que je n'y vois pas seulement la lumière qui éclaire mes ignorances; mais j'y reconnais encore la seule règle infaillible qui peut composermes désordres. C'est la seconde partie.
SECOND POINT
Il était impossible que l'ignorance profonde qui règne dans les chose-^^ humaines ne précipitât nos affections dans un étrange dérèglement : car de même que le pilote, à qui les tempêtes et l'obscurité ont ôté [a) le jugement tout ensemble avec les étoiles qui le conduisaient, abandonne le gouvernail et laisse voguer le vaisseau (b) au gré des vents et des ondes (c) ; ainsi les hommes par leurs erreurs ayant perdu les véritables principes par lesquels ils se devaient gouverner, ils se sont laissé emporter à leurs fantaisies : chacun s'est fait des idoles de ses désirs, et par là les règles des mœurs ont été entièrement perverties. Combien voyons-nous de personnes qui voudraient que l'on nous laissât vivre chacun comme nous l'entendrions, que l'on nous eût défaits de tant de lois incommodes! c'est ainsi qu'ils appellent les saintes institutions de la loi divine : et si nous n'osons pas peut-être en parler si ouvertement, au moins ne vivons-nous pas {d) d'autre sorte que si nous étions imbus de cette créance. Notre règle, quoi que nous puissions dire, est de suivre nos passions; ou si nous les réprimons quelquefois, c'est par d'autres plus violentes, et en cela même moins raisonnables. Nous ne mettons pas la prudence à faire le
Var. {a) Fait perdre. — {b) Navire. — (c) Eaux. — (d) Certain. ment nous ne vivons pas.
choix de bonnes et vertueuses inclinations ; ce n'est pas là l'air du monde, ce n'est pas notre style ni notre méthode. Mais après que nos inclinations premières et dominantes sont nées en nous, je ne sais comment, par dès mouvements indélibérés et par une espèce d'instinct aveugle, chose certainement qui n'est que trop véritable; (juand nous savons faire le choix des moyens les plus propres pour les acheminer à leur fin, nous croyons avoir bien pris nos mesures : c'est ce c{ue nous appelons une conduite réglée, tant l'usage véritable des choses est corrompu parmi nous. Ou bien, comme, dans une telle diversité de désirs aveugles et téméraires, il y en a beaucoup qui se contrarient, les faire céder au temps et aux occurrences présentes, par exemple, quitter pour un temps les plaisirs pour établir sa forlune, c'est aller adroitement à ses fins, c'est avoir la science du monde et savoir ce que c'est que de vivre. Mais de remonter à la source du mal, et de couper une bonne fois la racine des mauvaises inclinations, c'est à quoi personne ne pense. 0 pauvres mortels abusés! Eh Dieu! qui nous a jetés* dans de si fausses persuasions? Et comment ne voyonsnous pas « qu'étant d'une race divine, » comme dit l'apôtre saint Paul % il faut prendre de bien plus haut la règle de nos aiîaires? Car s'il est vrai ce que nos pères ont dit contre les sectateurs d'Épicure et l'école des libertins, que de même que cet univers est régi par une Providence éternelle, ainsi les actions humaines, quelque extravagance qui nous y paraisse, sont conduites et gouvernées par une sagesse infinie, n'est-il pas absolument nécessaire qu'elles aient une règle certaine sur laquelle elles
1. Les onze lignes qui suivent sont barrées dans le manuscrit (f. 434). Bossuet, toutefois, ne les a pas remplacées, et elles sont utiles pour lier ce qui précède et ce qui suit.