‹ Choix de sermons de la jeunesse de BossuetChapitre 87 sur 460 · Act., XVII · texte numérisé non relu

Act., XVII

soient composées? Et si nous ne sommes pas capables de ce^ grandes et importantes raisons, l'expérience du moins ne devrait-elle pas nous avoir appris, qu'ayant plusieurs désirs qui nous sont pernicieux à nous-mêmes, la véritable sagesse n'est pas de les savoir contenter, mais de les savoir modérer ? Eh Dieu ! que serait-ce des choses humaines, si chacun suivait ses désirs? D'où vient que les Néron, les Caligula et ces autres monstres du genre humain, se sont laissé aller à des actions si brutales et si furieuses? n'est-ce pas par la licence effrénée de faire tout ce quilsont voulu? pour nous faire voir, chrétiens, qu'il n'y a point d'animal plus farouche ni plus indomptable que l'homme, quand il se laisse dominer à ses passions. Par conséquent il est nécessaire de donner quelques bornes à nos désirs par des règles fixes et invariables : et d'autant que nous avons tous la même raison, et qu'étant d'une même nature, il est entièrement impossible que nous ne soyons destinés à la même fin, il s'ensuit de là, par nécessité, que ces règles que nous poserons doivent être communes à tous les hommes. Or vous allez voir, chrétiens , par un raisonnement invincible, qu'il n'y en peut avoir d'autres que la loi de Dieu.

Où notre désordre^ paraît plus visible, c'est que nous sommes toujours hors de nous; je veux dire que nos occupations et nos exercices, nos conversations et nos divertissements nous attachent aux choses externes. J'en ai déjà dit quelque chose au commencement de ce discours, et je le répète à présent pour en tirer d'autres con-

1. Toul ce qui suit (soixante-huit lignes) a été barré après coup dans le manuscrit. Bossuet se proposait évideniinent d'abréger en chaire celte parîie du second point, comme on va le voir abréger l'exord»,' sur 'e papier. Au contraire, il souligne (f. 43G-37) de longs passages qu'il lui paraissait convenable de conserver.

séquences; mais ne m'obligez pas, chrétiens, de rentrer encore une fois dans le particulier de nos actions, pour vous faire voir cette vérité trop constante^. Que chacun s'examine soi-même, et il reconnaîtra manifestement qu'il n'agit que par des motifs tirés purement de dehors; et toutefois la première chose que la règle doit faire en nos âmes, c'est de nous ramener en nous-mêmes. Tous avez fait, dites-vous, une grande affaire, vous avez trouvé le moyen d'amasser beaucoup de richesses, vous êtes entré dans les bonnes grâces d'une personne considérable qui vous peut rendre de grands services: et je veux encore supposer, si vous le voulez, que vous vous soyez rendu maître de tout le monde : votre âme n'en est pas en meilleure assiette; vos mœurs n'en sont pas pour cela ni plus innocentes, ni mieux ordonnées, a Je ne suis « point dans l'intrigue, dit le grave Tertullian, dans le « docte livre de Pallio ; on ne me voit [pasj m'empresser « près la personne des grands; je n'assiège ni leurs « portes, ni leur passage ; je ne me romps point l'estomac « à crier au milieu d'un barreau; je ne vas ni aux mar- « chés, ni aux places publiques; j'ai assez à travailler en « moi-même; c'est là ma grande et ma seule affaire : » In me unicmn negotium mihi est^. C'est qu'il pensait bien sérieusement à régler son intérieur; et le premier eifet, comme je disais , de cette résolution , c'est de nous rappeler en nous-mêmes ^.

Mais s'il ne faut autre chose, l'orgueil, toujours empressé, se présentera aussitôt à nos yeux. Voyez cet orgueilleux, comme il se contemple, avec quelle complaisance il se considère de toutes parts; l'orgueil le fait

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